Archives mensuelles : décembre 2006

décousue – absente – reflets

Prunelles humides, démarche légère, envie de virevolter, fourmillements au bout des doigts…Je peux presque apercevoir le liquide pétillant circuler dans mes veines, se répandre dans chaque parcelle de mon corps, par tous les pores de ma peau…
J’entends d’une oreille ironique les deux adolescentes (14-15 ans) qui pouffent bruyamment derrière moi
[- Ma mère des fois elle me demande : à qui tu parles ? Et je lui réponds : bin j’en sais rien. Et là elle s’énerve et elle s’inquiète, elle dit qu’il faut que je fasse attention, et tout ça. Elle est trop nulle tsé, comme si tu pouvais te faire agresser virtuellement. Jte jure quoi. J’lui fais : mais d’t'façon si le type est nul ou qu’il est trop moche, jle bloque, c’est pas compliqué. Elle m’fait : c’est pas bien de parler à des inconnus. Attends j’parle pas aux inconnus dans la vraie vie, moi, c’est que sur internet.
- Ma mère c’est pareil. Elles sont super relou tsé elles captent rien.
- Mais MSN ça m’a trop manqué quand je l’ai pas eu pendant une soirée, tsé, mais dingue quoi.
- Ah nan mais c’est trop clair, MSN c’est trop bien. Les amis sur MSN y sont mieux que dans la vraie vie]

puis la dispute entre un homme et une femme dans la ruelle à proximité
[- puisque je te dis que je ne le pensais pas !
- Alors pourquoi tu l’as dit ?
- Merde chais pas moi pour déconner
- tu trouves ça bien de déconner à propos de mon poids ?! Putain tu sais que je souffre à faire ce régime de merde et tu me demandes si j’ai grossi ?! ça ne se voit pas que j’ai perdu 3 kilos ?!
- putain si ça se voit, chuis désolée]

Des bêtises, balivernes, bagatelles, dans l’air glacé sous les lampadaires.
La crêpe au chocolat chaude et fondante me réchauffe les doigts et le palais, j’aimerais dévorer jusqu’à son odeur sucrée, trop éphémère.
A cet instant je suis une narratrice omnisciente, comme si je pouvais tout embrasser du regard, ces passants, leurs vies, les lieux dans lesquels ils se rendent, ceux dont ils viennent, des lumières aux collines obscure, du premier au dernier pont sur le fleuve, et même l’infinité du ciel. Illusion due à l’exaltation éthylique, à la fatigue, à la fièvre, à tout ce qui m’a comme extirpé de mon corps. Je ne sens plus mes muscles ni mes organes, la lourdeur des membres à soulever et à mouvoir. Ne reste que la chair, sensible à l’air qui m’imprègne : sa température, ses odeurs, ses couleurs, son mouvements incessant, les cinq sens en éveil. Le monde m’apparaît souvent tellement plus beau lorsque je ne m’y sens plus inclue…

Ce soir j’ai cédé à cette vieille habitude : diffuser mes secrets aux inconnus, ceux que je tais à mes proches. Ce n’est pas nouveau chez moi, mais c’est devenu rare. Je m’épanche sur un bout de comptoir délavé, dans des oreilles anonymes, face à des yeux qui ne déshabillent que ma peau, sans se soucier de ce qui bat en dessous. Aucune crainte d’être jugée, je ne suis qu’une passante parmi d’autres, d’ailleurs mon interlocuteur aura tout oublié lorsque le jour se lèvera, il ne voit en moi que l’espace que je pourrais potentiellement prendre entre ses draps, une présence et de la chaleur tant que durera l’ivresse ; moi, je sais déjà que je ne le verrai jamais en dehors de ce bar, je ne connaîtrais même pas l’étreinte de ses bras, le goût de sa salive, ni même la texture de ses lèvres, je m’éloignerai avant d’être possédée. Alors il n’y a rien à redouter, les inhibitions peuvent se dérouler comme des pelures d’oignon au fur et à mesure des verres. L’alcool découpe les couches successives, irrégulièrement, par à-coups, entre flots de confidences et hésitations pudiques, mais quand le voile se soulève un peu trop, il n’est plus possible de le rabbattre. Mise à nue je ne frémis pas, puisque je ne m’appartiens plus vraiment, j’observe les entrailles de l’extérieur, rien n’est important. La confession sans la pénitence.
Mais un zeste d’acidité perdure après, quand vient le moment d’y repenser avec des regrets. “La prochaine fois je ne…”, c’est comme le “une dernière cigarette et j’arrête”, je fais toujours passer mes espoir pour des décisions. Je ne déçois que ceux qui y croient à ma place. Pourtant je leur ai déjà avoué que mes paroles ne sont que du vent, celui qui me pousse vers. Pour me donner l’illusion d’aller quelque part, de progresser. Ce souffle n’est viscéralement destiné qu’à moi-même, mes mots ne sont que des souhaits. Je n’y peux rien si vous les prenez trop au sérieux, il est pourtant impossible d’emprisonner ou d’alourdir une simple brise. Je ne sais pas être sérieuse, pas plus que je ne sais être sage…

Le vert de l’absinthe coulant sur le sucre m’a rappelé ce jour où nous étions assis dans l’herbe. Je n’arrive plus à me souvenir vraiment où nous étions précisément, je sais seulement que ce n’était pas l’endroit où nous avions prévu d’aller. C’était au printemps, ou alors en été ? Il faisait déjà chaud, j’étais bien, toi aussi je crois, t’en souviens-tu encore ? C’était sur l’île ou juste à côté, il me semble. Tu te demandais pourquoi il était impossible de se faire rire en se chatouillant soi-même, pourquoi il fallait nécessairement que le geste vienne d’un autre. Tu t’es lancé dans un raisonnement maladroit avant de dire “oh et puis on s’en fout, je m’ennuie moi-même”. En effet, j’avais décroché en cours de route, je m’étais perdue dans tes yeux clairs, l’azur lumineux, les feuilles que je découpais en morceaux infimes, les dessins que les branches formaient au dessus de nous… Mais en réalité, ce phénomène des chatouilles me paraissait logique même si j’étais incapable de l’expliquer, tout ce qui vient d’autrui modifie nos perceptions de toute façon. Saisir l’une de mes mains avec mon autre main ne me procurera pas le même effet que nos doigts les uns dans les autres, caresser mes propres cheveux ne me fera pas frissonner, et s’il est possible de se donner à soi-même du plaisir, ce ne sera jamais pareil qu’à d’eux, c’est une évidence.
Je me rappelle d’un livre lu pendant mes études, j’ai oublié le nom du philosophe. En tout cas il expliquait que l’homme avait la possibilité, comme les animaux, de se toucher lui-même ; sauf qu’en plus, il était aussi capable de se reconnaître dans une glace, d’avoir conscience de son image (maintenant on sait que certains animaux se reconnaissent aussi, mais peu importe). Selon cet écrivain l’homme était donc capable de vivre sans l’autre, contrairement aux animaux, parce qu’il était naturellement enclin à vivre tel Narcisse, amoureux de son reflet. Je n’avais pas été convaincue du tout par ce raisonnement… Je le suis de moins en moins au fur et à mesure de mes rencontres. J’y pense encore en écoutant cet étranger parler de son existence avec une indifférence feinte. Son ton voudrait être neutre, il n’est que maussade ; ses haussements d’épaule se veulent désinvoltes, mais dans ce geste raide, je vois surtout tous les poids qu’il ne parvient pas à soulever ; sa moue méprisante vis à vis des événements graves de sa vie ne reflète que le dégoût qu’il éprouve pour lui-même… Peut-être se croit-il réellement aussi libre qu’il le prétend, peut-être en est-il persuadé à force de le répéter à haute voix… En le regardant en tout cas, je ne vois que ses chaînes. Quand je suis partie, il a essayé de me faire rester mais sans grande conviction, comme on récite une formule toute faite sans y penser. Nous le savions tous les deux, son jeu de séduction n’était qu’un prétexte, aussi vide et creusé que les bouteilles sur cette table, sur des milliers d’autres tables dans des milliers d’autre bars peuplés de milliers d’autres silhouettes, un vulgaire samedi soir.

En gravissant les marches, je revoyais les valises portées par deux personnes dans le métro le matin même. Des grosses valises très remplies et des animaux de compagnie en cage, ils devaient donc partir pour longtemps, peut-être très loin. En les croisant je me suis dit “moi aussi je veux m’en aller”. L’intonation de cette envie m’a amusée, c’était comme un caprice, comme une petite fille regardant jalousement le jouet de sa copine. Moi aussi j’en veux un : un billet d’avion, une grosse valise, une personne pour m’accompagner, un endroit où aller pendant très longtemps, dis maman tu m’offres un trajet sans retour pour Noël ? Non, je veux un retour en réalité. Je me suis extraordinairement attachée à cette ville même si c’est sans doute la seule ville dans laquelle je n’ai précisément rien qui me retienne. N’est-ce pas bizarre ? Ailleurs j’avais toujours des amis très proches, une université, éventuellement un amoureux, de la famille… Et je me sens chez moi là où je suis étrangère. Mais quelquefois malgré tout, je voudrais bien : une grosse valise à mes pieds, mon chat dans une cage et mon billet d’avion à la main. Surtout quand je suis écrasée sous des matinées blêmes et des néons blafards.

Dans ma chambre, par hasard, j’ai découvert un grand trou rempli de tuyaux caché par une plaque posée devant. Elle n’était pas scellée. Il sagissait d’une toile en réalité, blanche d’un côté et peinturlurée en bleu de l’autre, le bleu contre le trou. Après l’avoir enlevée pour observer cet amas de canalisations, je l’ai reposée en sens inverse avant de m’éloigner. Mais je ne suis pas allée très loin. Il a fallu que je revienne pour la remettre exactement comme elle était (le blanc à l’extérieur, le bleu vers l’intérieur). Ce geste était absurde, j’en avais pleinement conscience, pourtant je n’ai pas pu m’en empêcher. Je me suis moquée de moi-même : “t’as peur de quoi ? Si tu le mets dans l’autre sens un sort va s’abattre sur toi ? Des êtres malfaisants vont sortir du trou pour venir te dévorer pendant la nuit ?” C’est ridicule.

Je suis aussi irrationnelle que lucide.

sue perdue dans Manhattan

(petite photo extraite du film “Sue perdue dans Manhattan” d’Amos Kollek)

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When people run in circles it’s a very very mad world

Ma nuit ressemblait à un road-movie insolite. A certains moments je conduisais, à d’autres j’étais à l’arrière d’une voiture, il faisait nuit mais les rues étaient très éclairés. Je ne connaissais pas la ville, elle semblait sortir d’un film américain. Des gens autour de moi, apparaissaient et disparaissaient. Je fixais la main de mon voisin sans la reconnaître, “il n’a pas les mains aussi larges et boursouflées d’habitude”, ses doigts ne cessaient d’enfler sous ma yeux, j’ai regardé ailleurs parce que j’étais certaine qu’il allait m’étrangler : ses mains allaient augmenter tant que je continuerai à les voir, et quand elles seraient aussi larges que sa tête, elles se presseraient autour de mon cou. Je racontais ma vie à un homme encagoulé avant de m’apercevoir qu’en fait, je faisais la biographie de ma mère, cette constatation me troublait désagréablement. Plus tard je somnolais contre la banquette en cuir, son odeur me rappelait quelque chose, un souvenir vague, je ne parvenais pas à le faire remonter à la surface et cette absence m’agaçait. En fond sonore il y avait “In the backseat” d’Arcade Fire. Etrangement, j’ai l’impression que cette chanson a évité de faire de ce trajet nocturne un cauchemar.

En réalité, ce morceau était diffusé par mon réveil mais je l’ai entendu plusieurs fois avant d’émerger de ce rêve cotonneux et flou. Réalisant mon retard – 10 minutes de sommeil en trop – je me suis levée brusquement en fracassant mon crâne contre la poutre juste au dessus. J’étais pourtant relativement fière d’avoir, jusqu’à présent, réussi à échapper à cet accident prévisible. Ma gorge est douloureuse, mes poumons sifflent, il y a des hélicoptères dans mes oreilles et une hache plantée au sommet de ma tête. C’est reparti pour une bronchite asthmatiforme qui bien sûr s’infectera à cause du tabac. Je me rapproche de façon évidente de la toux chronique de la fumeuse, comme maman, c’est merveilleux. Quand je pense que pendant toute mon enfance je lui ai repproché de fumer et je me suis énervée à chaque fois qu’elle toussait. Quand je songe à la façon dont, du haut de mes 10 ans, je clamais fièrement : moi je ne serais jamais dépendante à rien, je refuse d’avoir la moindre dépendance. Ptite conne, va.

Le Chat doit avoir les gènes d’une taupe, dés qu’il voit un trou il s’y faufile. J’avais déjà remarqué son attirance pour le minuscule espace sombre situé sous le placard, mais de toute évidence il était trop large pour passer. Ce matin, alors que je cherche vainement si, dans ma penderie, je dispose d’un vêtement qui ne soit ni froissé ni tapissé de poils de chat, je le vois soudain s’applatir, les quatres pattes écartées et les oreilles baissées, littéralement mon félin se transforme en crêpe qui rampe sous le placard. Presque choqué par son aspect grotesque au moment de sa métamorphose, j’éclate d’un rire entrecoupé de toussements dignes d’une tuberculeuse. Ensuite je ressens une légère inquiétude : pourra-t-il ressortir ? S’il a réussi à entrer, il peut sortir. Raisonnement stupide : je sais pourtant qu’un chat qui monte à un arbre s’avère souvent incapable d’en descendre, par exemple. Quelques minutes plus tard, des miaulements plaintifs confirment mes doutes. A plat ventre devant le trou, je me sens totalement ridicule en m’entendant lui expliquer : “allez fais la crêpe, c’est pas compliqué de faire la crêpe, allez allez les quatre pattes comme ça, en angle droit”, mais le chat est trop paniqué pour faire preuve de réflexion. Je finis par l’extirper de là en me faisant griffer comme à chaque fois que je rampe à son secours. A peine sorti, il part en courant se cacher ailleurs, et s’il pouvait, je sais qu’il serait rouge de honte. Et moi je suis extremement en retard.

Dehors, tout est recouvert d’une gigantesque volute translucide. A chaque fois que je vois ce genre de paysage, je repense à la météo certains jours en Normandie : “beau temps après dissipation des brumes matinales”, lesquelles brumes s’estompaient juste avant que la nuit ne tombe, en réalité. J’ai l’intuition qu’aujourd’hui elles ne se dissiperont pas du tout. Bonjour à l’épicier qui me salue chaque matin, affection pour le chien horriblement laid que sa maîtresse promène dans la rue et confirmation de mon retard (je ne le croise que lorsque je suis en retard), descendre les marches quatre à quatre… De plus en plus lassée par ces matinées prévisibles à la minute près. Je sais déjà la tête que les gens auront dans le métro et même, à peu de choses près, quel conducteur sera dans le bus ce matin. En arrivant, je les entends me répéter une dizaine de fois “tu es très blanche, est-ce que ça va ?” “T’as l’air fatigué” Je sais, je suis malade et j’ai une gueule de déterrée, inutile d’en rajouter. Parfois je rêve d’une journée pendant laquelle les gens me diraient “tu es resplendissante ! T’as l’air en pleine forme aujourd’hui !” juste pour savoir ce que ça fait. Même quand je vais très bien, j’ai toujours un air maladif. Mon Petit Vieux Préféré m’offre des bonbons et me sert une dose abondante d’alcool parce que “ça tue tous les microbes”. Je ne sais pas si mes microbes y résistent, mais ça achève sans aucun doute mon restant d’énergie et ma capacité à coordonner mes gestes. Lutte contre la somnolence à coup de cafés et de vitamines C. Finit tremblante avec l’estomac révulsé. Se demande si cette journée va réellement se terminer un jour. Titre, auteur, édition, notes, cotation – titre, auteur, édition, notes, cotation – titre, auteur, édition, notes, cotation… Au moins et c’est déjà ça, j’ai toujours été excellente en travail à la chaîne, c’est un don chez moi : agir et même écrire sans penser le moins du monde à ce que je suis en train de faire. Pensées apparemment décousues : L’image d’une connaissance précède celle d’un pin dégoulinant de résine. Je crée un lien : certaines personnes sont comme la résine du pin, ça sent bon, ça dégouline mielleusement, mais après ça pègue sur les doigts et on ne s’en débarrasse plus…

Depuis quelques jours, à 13 heures 30, je vois passer un chat abandonné, noir avec une épaisse et longue fourrure. Il est amusant de par sa façon de sautiller délicatement entre les herbes pour ne pas salir ses poils soyeux. Dés que je tente de le caresser, il me regarde d’un air méfiant avant de s’échapper. En général, les chats viennent toujours naturellement vers moi, et mon incapacité à apprivoiser celui-ci me déçoit. Hier, il y a eu un léger progrès, il m’a fait les yeux doux avant de s’approcher de quelques pas, pour mieux s’enfuir. Aujourd’hui, la distance s’est considérablement retrécie entre nous ; il s’assoit et me fixe – magnifique regard jaune pailleté – mais le simple geste d’écraser ma cigarette provoque sa disparition précautionneuse entre les brouissailles.

Un garçon me demande “Bon donc on fait comme prévu, je viens chez toi ?” Quoi ? Est-ce que je serais victime de pertes de mémoire ? je n’ai pas pu lui faire une telle proposition. Devant mon air étonné, il précise “enfin je me disais que tu serais d’accord pour que je vienne chez toi”. Non non, moi pas du tout d’accord. On ne se connaît même pas, on se contente de se dire bonjour parce qu’on travaille au même endroit. De toute façon, voila ce que je sais de toi : tu ne supportes pas les gens qui fument, tu penses que l’alcool devrait être prohibé, et tu n’aimes pas la musique. Autant te dire que tu ne me supporteras pas du tout, donc on va se contenter de se souhaiter une bonne journée en se croisant dans les couloirs. Plus tard, un autre garçon affirme : “alors ce soir, je prends le bus avec toi et comme ça je vais chez toi”. Mais pourquoi veulent-ils tous aller chez moi ? Non, je n’invite pas toutes les personnes qui travaillent autour de moi à venir chez moi. “Tu me donnes ton numéro ?” Pour quoi faire ? “Bin pour te téléphoner” Pourquoi me téléphoner ? “Bin pour te parler.” On se voit 5 jours par semaine ici, qu’est-ce que tu me dirais de plus par téléphone ? “Euh…” Evidemment je sais très bien ce que tu me dirais de plus et je n’ai aucune envie de l’entendre.

Sur la route, frissonnements, fièvre et mauvaise humeur, extrêmités du corps gelées, même pas la concentration suffisante pour continuer ce livre pourtant assez génial, le bras replié sous ma tête trop lourde, mes yeux errent sur un paysage morne. Je vois : une gamine d’une dizaine d’années très maquillée, lèvres rouges framboise et regard fardé de noir infiniment triste, minijupe et blouson en cuir, pas vraiment une lolita, plutôt une Courtney Love miniature qui aurait encore de l’acné et aucune forme pour remplir son décolleté ; un homme qui vocifère face à une grille en fer forgé ; des amoureux enlacés qui mélangent goulûment leurs lèvres ; une vieille dame tellement voutée qu’elle a la tête au niveau des genoux – et je redresse machinalement mon dos par réflexe – avec un panier rempli de légumes rouges verts oranges violets ; un petit garçon qui fait semblant de fumer en soufflant la buée sortant de sa bouche – si à son âge il est déjà fasciné par le geste ça promet pour la suite – il amène ses doigts à ses lèvres avant d’expirer avec un air extatique ; un adolescent avec la dégaine d’un rappeur, chaîne en or et regard agressif provocant compris dans la panoplie ; des dizaines de stéréotypes…
Je niche mon visage entre mes bras croisés collés contre le courant d’air sous la vitre, et ferme les yeux sur Mad World tout en me demandant si c’est par masochisme que j’ai réintégré cette chanson à la playlist de mon baladeur puisque je sais à quel point, depuis maintenant quatre ans, elle me rend triste à chaque écoute.

J’ai besoin de vacances et de repos (d’où le choix du clip ci-dessous). Gurérir/survivre en comptant les jours, vacances : J-7, Londres : J-12…

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