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le questionnaire des 11.

Le dernier questionnaire auquel j’ai répondu sur ce blog date de mars 2009, c’est déjà une bonne excuse pour en faire un autre. Et puis BillieOh m’a encouragée à répondre à ses questions.

1. Qu’est ce qui peut te faire sortir de ton lit plein d’entrain le matin ?
La perspective d’un bon petit déjeuner (oui, tout simplement). S’il n’est pas en déplacement (donc la majeure partie du temps), c’est mon amoureux qui prépare le petit déjeuner (en fonction de ce que j’ai dit avoir envie de manger), s’occupe de l’enfant s’il y a école, etc. Quand l’un ou l’autre me signale que tout est prêt, je sors de mon lit. Lorsque mon amoureux est absent, en revanche, je me lève difficilement et je ne fais pas toujours l’effort de boire autre chose qu’une tasse de thé, à moins d’être affamée. Quoi qu’il en soit, je me lève assez facilement avec entrain, alors que je ne vais jamais me coucher avec entrain.

2. Si tu ne devais plus partir en vacances qu’à un seul endroit, où irais-tu ?
Depuis que j’ai quitté la maison de mes parents, je ne pars pas vraiment en vacances, je rejoins plutôt quelqu’un quelque part (autrefois une amie ou mon amoureux, maintenant ma famille). Je suppose que si je ne pouvais plus partir qu’à un seul endroit, je serais donc contrainte d’aller chez mes parents entre la mer et la pinède. Sans eux, si je ne pouvais me rendre qu’à un seul endroit, j’hésiterais entre le Japon, l’Islande et l’Australie (lieux où je ne suis jamais allée et que je veux voir depuis plusieurs années).

3. As-tu déjà lu un bouquin qui t’ait profondément déstabilisé ? si oui lequel ?
La maison des feuilles* est celui qui me vient d’emblée à l’esprit. Il ne fait pas partie de mes livres préférés mais j’ai été déstabilisée en découvrant ses pages. Récemment, j’ai également été déstabilisée par le tome 1 du Journal d’un copiste**. Même à la fin du livre, j’étais incapable de prévoir ce qu’allait faire le personnage principal alors qu’il m’avait déjà surprise à plusieurs reprises.

4. Qu’est ce que tu te retrouves à toujours photographier malgré toi ?
Le ciel et, en général, ça donne de mauvaises photos. Ou alors des bouteilles vides de bière et de vin. En fait, j’ai dans l’idée de me rappeler de celles que j’ai particulièrement aimées. Et puis ensuite, comme je retarde toujours le moment de transférer mes photos, je supprime en priorité celles-là pour faire de la place sur ma carte et photographier mon enfant.

image1

(En réalité, cette photo a été prise par Muji mais j’avais oublié de la mettre sur Twitter avec la précision #samedisoircestpinard, surtout qu’elle a été bue un dimanche pour accompagner le délicieux coq au vin que nous avions préparé, mon amoureux et moi.)

5. Quel est le souvenir le plus heureux de ton existence ?
Mon fils était né le matin même. Mon amoureux avait prévu de m’amener tous les jours des repas qu’il cuisinerait pour m’éviter la nourriture fade de l’hôpital. Au déjeuner, parce qu’il avait passé la matinée avec moi et notre nouveau-né, il nous avait fait livrer des sushis (je m’étais privée d’en manger pendant la grossesse en répétant que je me jetterai sur des sushis après l’accouchement). Au dîner, en revanche, il était revenu avec un bœuf bourguignon et une bonne bouteille de vin rouge, en oubliant les assiettes. Nous étions dans la salle de l’hôpital, aussi moche que tout l’établissement, avec nos assiettes et nos gobelets en plastique, sous les néons. A côté de nous, notre nourrisson dormait. J’ai su que j’avais le bébé le plus magnifique au monde et le compagnon le plus extraordinaire qui existe. Je n’en ai pas douté depuis, malgré les larmes continuelles deux jours après. Je crois que même lorsque j’ai pris mon premier ecsta à Londres, j’étais moins euphorique que lors de ma première journée à la maternité, moi qui ne supporte pas les hôpitaux.

6. Dans quelle situation détestes-tu te retrouver ?
Dans toute situation où j’ai honte. Je ne supporte pas d’être prise en pitié parce que j’ai l’air malade ou malheureuse (cela ne m’arrive plus depuis très longtemps, heureusement) car en réalité, j’ai honte d’être malade ou malheureuse. Il y a aussi beaucoup de situations dans lesquelles j’ai honte de ce que je dis ou de ce que je fais (et que je ressasse pendant des semaines, c’est horrible) alors que je m’aperçois ensuite que personne n’y a vraiment prêté attention.

7. Tu trouves pas qu’on s’en tamponne de l’accent circonflexe ?
Sauf erreur de ma part, il cesse d’être obligatoire (ce qui ne signifie pas qu’on ne peut pas l’utiliser) sur les lettre i et u, sauf quand il marque une terminaison verbale, qu’il s’agit d’un nom propre, ou qu’il modifie le sens du mot. Résumons : il n’est plus obligatoire quand il ne sert à rien et de toute façon, chacun fait comme il veut. Alors oui, je m’en fous. Cela dit, quand mon fils sera à l’école, si je dois surveiller ses devoirs, je ne sais pas si je saurais m’empêcher de mettre un accent circonflexe sur le i de « apparaître » s’il n’en met pas, par habitude.
J’aime moins les modifications de type orthographique, je trouve que « nénuphar » est plus joli à regarder que « nénufar » mais je ne saurais dire pourquoi. A côté de ça, je suis convaincue depuis longtemps que le « i » de « oignon » est ridicule.

8. De quoi te crois-tu incapable ?
De me passer définitivement de charcuterie et de fromage. Ne plus jamais manger de steak, de frites, de chocolat, de gâteau, de café, et même de thé (j’en bois pourtant entre 5 et 10 tasses par jour), je pourrais. Mais la charcuterie et le fromage, je crains de ne pas y arriver. Je suis certainement incapable aussi de faire volontairement souffrir mon fils, de survivre à sa mort, de découper une feuille de papier sans que ça zigzague à un endroit ou à un autre et de manger une banane en entier sans vomir, entre autres. Je me crois incapable – et je le suis – de beaucoup d’autres choses.

9. Qu’est ce que t’apporte l’écriture ? Sur ton blog, penses-tu à l’avance à ce que tu vas écrire ou est-ce spontané ?
Je n’écris pas toujours pour la même raison, ni de la même manière. Parfois, j’ai un événement et un souvenir précis à raconter et j’y pense à l’avance. Parfois, j’ai simplement envie d’écrire sans avoir la moindre idée de ce que je vais écrire et je pars au hasard. La plupart du temps, dans cette dernière situation, c’est vers la fin du texte que je comprends ce que je voulais écrire et d’où venait ce besoin.
Donc ce que cela m’apporte varie selon les jours. Laisser des traces de ce que je vis pour ne pas l’oublier (et, puisque c’est un blog, savoir peut-être si ça entre en résonance avec d’autres vécus), me défouler, avoir envie d’écrire quelque chose de joli ou d’émouvant, mettre de l’ordre dans mes idées, etc.

10. A quel événement historique aurais-tu aimé assister ?
J’ai beau réfléchir, je n’en trouve aucun. Le problème, c’est que tous les événements historiques que je connais me sont devenu trop familiers pour que je me mette réellement à la place de celui qui y assiste. Par exemple, l’événement auquel ont assisté mes parents et qui les a le plus marqués : les premiers pas sur la lune (sur la télé du voisin parce que tout le monde n’avait pas encore la télé, etc.). J’ai tant vu les images et entendu les premiers mots que je suis incapable de savoir ce que ça me ferait d’y assister. A la limite, je crois que je préférerais être la personne qui provoque l’événement historique, qui le vit en tant qu’actrice et non en tant que spectatrice.

11. Si un… être omnipotent… se matérialisait devant toi et te proposait d’exaucer un vœu, n’importe quoi…que demanderais-tu ?
C’est une situation que j’imaginais déjà lorsque j’avais 6 ans, qu’il s’agisse d’une fée ou d’un génie. A de nombreuses reprises, au cours de ma vie, j’ai réfléchi au vœu que je choisirais si j’avais cette opportunité, ne serait-ce que pour savoir ce que je voulais. Alors quand je pense à tout ce que j’ai souhaité par le passé, je suis heureuse de ne pas avoir croisé un tel être. Sinon, maintenant, je regretterais sans doute mon vœu d’antan. A l’heure actuelle, je souhaiterais que mon enfant fasse de meilleurs choix que moi et vive une existence moins compliquée. Si le vœu ne devait concerner que moi (pourtant, ce que vivent les personnes auxquelles je tiens modifie ma vie), je demanderais à cet être surpuissant de me donner assez de chance ou de talent pour vivre de l’écriture. Et dans dix ans, ce souhait me paraîtra peut-être ridicule.

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Il paraît que je dois écrire 11 choses que vous ne savez pas sur moi. J’ai déjà écrit des choses que vous ne saviez pas sur moi ici, ainsi que dans une note FB après avoir été désignée par une amie. Cela dit, c’est marrant, même après avoir passé plus de 10 ans à raconter ma vie, je peux encore trouver facilement 11 choses inédites à mon sujet (enfin je crois).

1. Quand j’avais 11 ans, j’ai écrit une histoire. Au début, on croyait que l’héroïne était aveugle. Puis on pensait qu’elle était déprimée et enfermée dans un placard. A la fin, on comprenait qu’elle s’était suicidée et qu’elle était dans un cercueil. Comme j’aimais bien mon texte, je l’ai fait lire à ma mère, qui m’a dit : « j’aimerais tant que tu ne vois pas tout en noir ». En fait, je n’avais connu aucune dépression mais une de mes amies souffrait de cette maladie. 15 ans après, j’ai appris qu’elle s’était suicidée. J’aurais préféré inventer une fin heureuse.

2. Je n’ai jamais été constipée. (Quoi ? Le transit intestinal, c’est souvent une affaire très confidentielle.) (Soit dit en passant, tant qu’on parle de cette zone, je n’ai jamais eu d’hémorroïdes non plus).

3. Enceinte, je n’avais pas « d’envie de femme enceinte », mais j’avais des dégoûts vis à vis de certains aliments, notamment les crevettes et les homards. Après ma grossesse, j’ai ressenti la même chose mais j’en ai mangé quand même puisque j’aimais ces crustacés auparavant. A chaque fois, j’ai été malade. J’ai donc abandonné l’idée d’en manger. C’est à croire que la grossesse m’a rendue allergique à certains fruits de mer.

4. Quand j’étais toute petite, mon père m’avait offert un bracelet « d’esclave » en argent, avec de l’ébène. Je ne le quittais jamais et j’ai oublié pourquoi j’y tenais à ce point. Ce qui est fou c’est qu’il grandissait avec moi ou que mes poignets ne grossissaient pas (ils sont toujours extrêmement fins). Pourtant, un soir après un départ en vacances, sans doute une dizaine d’années après ce cadeau, lors d’une nuit dans un Formule 1, il m’a gênée pour dormir. Je l’ai enlevé pour la première fois. Le lendemain matin, je l’ai oublié dans le F1. A la première pause sur l’autoroute, en cachant difficilement mes larmes, j’ai attiré ma mère à l’écart pour le lui dire. En douce, elle a appelé l’hôtel. Personne ne l’avait trouvé. Elle m’a juré qu’elle ne dirait rien à mon père. Comme il ne m’en a jamais parlé (il soulignait souvent sa présence sur mon poignet, amusé qu’il y soit toujours), je sais pourtant qu’il sait.

5. Je n’aime aucun des films d’Eric Rohmer (tous mes amis aiment alors je les regarde tous une fois malgré tout). Pardon. (Je les aime bien quand même dans le sens où si j’ai du mal à trouver le sommeil, le ton du narrateur me berce et m’aide à m’endormir).

6. Ma routine beauté : un nettoyage de peau au Sebium H20, une CC Cream bio quand je vais faire du sport. Sinon, la CC Cream, puis le fond de teint Clinique Equilibre, puis la poudre Lingerie de peau de Dior, une peinture à paupière de chez MAC et un mascara aléatoire (j’ai de longs cils et n’importe quel mascara le montre).

7. A part pendant ma grossesse et juste après, voilà maintenant 20 ans que je pèse entre 50 et 54 kilos selon les semaines, jamais plus, jamais moins (je mesure 164,5 cm). Par conséquent, les fringues en taille 36 que je mettais au lycée me vont toujours et c’est parfois rigolo de les ré-enfiler pour rire (mon absence de style n’est plus exactement la même quand même). Mon poids, c’est certainement la seule chose stable dans ma vie, c’est rassurant.

8. Avant d’avoir un enfant, je pensais qu’une gifle ne tuait personne et qu’un recours à la violence physique pouvait se justifier quand la communication avait échoué. Maintenant, cette idée m’est intolérable.

9. Je suis allergique à la pénicilline. Quand j’en prends, je commence par avoir des boutons, puis ma peau gonfle et il faut alors intervenir très rapidement sinon je risque la mort. (Avant mon accouchement, ma gynécologue m’a répété : « précisez bien que vous êtes allergique à ce médicament ». En me renseignant par moi-même, j’ai compris que l’avertissement était lié au streptocoque B. Heureusement, j’y ai échappé.)

10. Lors de ma première relation avec mon amoureux, celle qui a débouché sur une rupture de quelques mois, j’ai découvert que j’étais abandonnique (ce n’est pas un auto-diagnostic), à cause de l’absence de longue durée de ma mère pendant ma petite enfance (la pauvre, elle luttait pour survivre contre une tumeur dans un hôpital au bout du monde). J’ai compris que cela expliquait mes échecs relationnels par le passé. Je crois que j’ai à peu près réussi à en guérir, même si.

11. Petite, mon doudou était une panthère rose que j’appelais Pinkie (je prononçais « Piki ») et mon chat d’alors m’a délivrée de ma dépendance à cette peluche en la déchirant et en urinant dessus, mais je lui en ai beaucoup voulu (au chat).

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Mes questions à ceux qui n’ont pas encore joué ou qui veulent rejouer (par exemple Eléo ?).

1. Est-ce qu’il y a une oeuvre d’art (disque, film, peinture ou même livre) qui a changé ta vie, selon toi ?
2. Dis-moi quel est le personnage littéraire, parmi les livres que tu as lus, auquel tu d’identifies le plus ?
3. SI jamais tu pouvais changer une décision que tu as prise dans ta vie, le ferais-tu ?
4. As-tu déjà fait une collection (de timbres, de cartes, de photos, de disques…) ?
5. Quel est ton remède quand tu as le hoquet ?
6. Si tu devais rencontrer un personnage historique, lequel choisirais-tu ?
7. Si tu avais la possibilité d’interpréter un héros ou une héroïne, dans un livre ou dans un film, qui serais-tu ?
8. Quelle est ta citation préférée ?
9. As-tu des racines quelque part (l’impression d’appartenir à un lieu en particulier) ?
10. Si tu as besoin de te réconforter après une très mauvaise journée, quel est ton remède ?
11. Est-ce que tu penses que la vie c’est comme une dent, ou que c’est plutôt comme une boîte de chocolats ?

* Mak Z. Danielewski, Seuil, 2002
** François Szabowski, Forges de Vulcan, 2011

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Page 123 [Tristant Egolf - Le seigneur des porcheries]

WaXou m’avait désignée le 2 décembre 2008 (!) pour obéir à cet énoncé : “ouvrir le livre de son choix à la page 123 et citer les cinq lignes qui débutent justement à la cinquième ligne, en prenant soin de préciser titre, auteur, éditeur et année d’édition de l’ouvrage.” J’avais participé cinq mois auparavant, alors j’ai laissé passer quelques semaines… Donc :

“C’était étrange d’avoir un moment à soi – et pas seulement un moment, mais une pleine réserve de moments à venir, et dont aucuns ne voulaient lui faire la peau. S’il en avait eu la force, il en aurait rassemblé quelques-uns et les aurait serrés dans une boîte à cachets, pour plus tard.”

“Le seigneur des porcheries”, Tristan Egolf, Gallimard (Folio), 1998.

Il y a les livres que je lis parce que quelqu’un me les prête, il y a ceux dont j’ai entendu parler ou qui m’ont été recommandés, et puis il y a ceux que je prends sans raison apparente. Celui-là ne vient pas d’une bibliothèque, je l’ai acheté, ce que je fais rarement. Je ne savais rien de lui. J’ignorais qu’il s’agissait du premier roman d’un écrivain américain qui s’est suicidé il y a 4 ans. En fait, c’est la couverture qui a attiré mon attention, d’abord en raison du titre, puis de cette image à la couleur chaude passée : un homme à l’allure rustique et aux mains de travailleur dont on ne sait s’il s’essuie la bouche ou s’il réprime une envie de vomir. Ensuite j’ai lu la première phrase :

“Il arriva un moment où, après que l’étripage Baker/Pottville se fut calmé, alors que les vingt ou trente derniers citrons de l’usine de volailles de Sodderbrook, Hessiens du Coupe-Gorge, trolls de Dowler Street et autres rats d’usine des quartiers est de Baker étaient fourrés dans les paniers à salade du shérif Tom Dippold et expédiés vers les abattoirs bourrés à craquer de Keller & Powell, que les feux d’ordures de Main Street aient été détrempés et écrasés au milieu des ruines fumantes du Village des Nains, que le gymnase avait été noyé de gaz et envahi par une équipe d’agents de police des contés avoisinants, mal équipés et plus que sidérés, que les pillages dans Geiger Avenue s’étaient calmés, que l’émeute à l’angle de la 3e rue et de Poplar Avenue avaient été maîtrisés, qu’une bande de conducteurs d’engin indignés de l’excavation n°6 d’Ebony Steed avait depuis longtemps rendu sa visite de représailles mal inspirées aux rats de rivière de la Patokah en une bruyante et lourde procession de pick-up Dodge, et que le reste de la communauté était si complètement enseveli sous ses propres excréments que même les journalistes de Pottville 6 durent admettre que Baker semblait atteindre l’arrivée des quatre cavaliers de l’Apocalypse – il arriva ce moment où, dans cet ensemble braillard, tout ce qui restait de citoyens avertis et sobres dans le comité de Green surent exactement qui était John Kattenbrummer et ce qu’il signifiait.”

Non, je n’ai pas oublié de point, c’est vraiment la première phrase. Dans ma vie de grande lectrice qui a lu un nombre incalculable de “1ere phrase” (sans forcément aller plus loin dans sa lecture), je dois dire que le choc provoqué par celle-ci a été intense et que j’ai hésité à aller plus loin. Cette ouverture est géniale, mais rebutante. En pensant que toutes les autres phrases des 607 pages du livre pouvaient être dans la lignée de celle-ci, j’ai eu peur, mais je suis plus curieuse que craintive. Je vous rassure (ou vous déçois), cette phrase est unique en son genre, les autres sont bien plus accessibles. Cependant, par sa violence, son rythme, sa densité, elle donne un bon aperçu du roman.

Pour en revenir à la citation de la cinquième ligne de la page 123, j’ai été étonnée en la relisant, parce que j’avais oublié que ce malheureux (anti-)héros avait connu des “moments dont aucuns ne voulaient lui faire la peau”, suffisamment précieux pour être conservés… Je n’avais gardé que les éléments les plus sombres, voire glauques de son existence. Il faut dire que ce n’est pas facile de vivre dans une toute petite ville américaine où l’alcoolisme, l’inceste, le racisme, et la bigoterie sont omniprésentes. Bref, c’est un roman assez sinistre, mais j’ai souris quand je ne sursautais pas, car la critique que Tristan Egolf fait de son pays infernal est parfois très drôle. Il y a des situations cocasses, entre deux descriptions atroces.

Bref, j’avais besoin du prétexte de ce relais littéraire pour conseiller ce livre aux lecteurs qui s’en sentent capables. Je n’aime pas céder à la facilité des comparaisons – qu’elles soient musicales ou littéraires – mais quand même, ceux qui aiment J.K. Toole (”La conjuration des imbéciles”, pour cette révolte / vengeance envers une communauté), Steinbeck (pour l’aspect social) et Bukowski peut-être (pour… l’atmosphère ?) pourraient prendre plaisir à découvrir “Le seigneur des porcheries”. En tout cas, je le classe parmi les grands romans américains du siècle.

Par ailleurs, je l’ai associé avec bonheur à la musique de Tom Waits, alors comme ça ne fait jamais de mal d’entendre Tom Waits…

(Je refilerai bien l’exercice de la page 123 à certains de mes lecteurs mais j’ignore qui ne l’a jamais fait, depuis le temps).

(Promis, ma prochaine note sera plus autobiographique).

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