1797 mots pour remplacer les photos*

Avant la brume de l’automne, j’aimerais ne pas totalement oublier ces saisons qui n’ont pas été photographiées (au printemps je n’avais pas le temps ; l’été venu, j’ai oublié l’appareil photo et une unique chute sur le carrelage d’une cuisine a définitivement achevé mon téléphone portable). J’écris sur mon chromebook, posé sur mes genoux, assise en tailleur dans le canapé rouge comme avant le jour de ma trente-cinquième année, il y a 1 an et 4 jours. J’ai peur, si je descends dans mon bureau, de penser aux rédactions à rendre la semaine prochaine au point de m’oublier. Remontons en douceur le temps depuis le canapé rouge sur lequel j’écrivais déjà il y a dix ans passés.

De juin à mi-juillet : ce n’est pas tout à fait l’été car le temps ne dure pas assez longtemps


J’ai rêvé que mon amoureux partait en embarquant le gosse après m’avoir jetée par la fenêtre (celle de la cuisine au rez-de-chaussée, la seule fenêtre que nous n’avons jamais ouverte car déjà que les gens nous espionnent en passant dans la rue — mettre des rideaux occultants fait partie de nos projets depuis notre emménagement — autant éviter d’en rajouter). En réalité, cette situation était impossible puisque mon amoureux multipliait les voyages professionnels. Je savais néanmoins expliquer mon cauchemar.

Je me percevais comme quelqu’un d’insupportable à ce moment là. Il y avait les traces d’agacement dans ma voix avec Le Boutchou, la phrase sarcastique voire méchante que j’effaçais avant d’envoyer un mail, ce sentiment d’avoir la poitrine écrasée de pression et des tachycardies intempestives. Mon fils joue à faire voltiger son sac au-dessus de ma tête alors que j’essaie de me concentrer sur le texte à écrire. Mon compagnon m’explique son incapacité à partager les tâches ménagères de façon assez maladroite : « tu crois que tu pourrais le faire, toi, si tu travaillais aussi ? » À ton avis, qu’est-ce que je fais toutes les semaines depuis janvier !?

En fait, je suis irritable parce que je n’arrive pas à me concentrer, continuité du mois de mai. Entre la maman (aimante mais trop impatiente), la compagne (distraite, qui pense à tout ce qu’elle doit faire pendant que son amoureux lui parle), la ménagère (toujours aussi nulle), la fille (aux sentiments complexes) qui s’inquiète pour ses parents et la travailleuse (perfectionniste), il me faudrait davantage de têtes à défaut d’avoir des casquettes.

Faute d’expérience, j’ignorais aussi plusieurs éléments à prendre en compte cet été. Pour avoir une place en centre de loisirs en juillet, il faut s’y prendre début juin, contrairement à ce que m’avait dit la réceptionniste. Mon principal client aurait plein de textes à me commander en juillet, alors que son entreprise fermait en août. Prendre des vacances à partir de la mi-juillet, c’était stupide, je le saurais désormais.

De mi-juillet à fin juillet : les vacances sont très vite passées

Depuis des années, mes parents nous parlaient des feux d’artifice visibles depuis leur petit bateau de pêcheur. Cette année, nous avons pensé que ce serait bien d’y assister. Tout le monde connaît les évènements du 14 juillet 2016. Le feu d’artifice avait été reporté à cause du mistral avant d’être annulé suite aux attentats. Ailleurs, un peu plus loin sur la mer, un autre feu d’artifice, plus tardif, avait été maintenu.

L’enfant était tellement impatient de le voir (son tout premier feu d’artifice) qu’il avait même accepté de faire la sieste ce jour-là. A l’instant du premier crépitement, il s’est collé contre moi, puis m’a dit calmement : “je veux qu’on rentre à la maison”. Mon fils a toujours la peur très digne. Tout à l’heure encore, au parc, un groupe d’ivrognes s’est mis à parler très fort. Il m’a annoncé, avec la même voix paisible : “je veux aller dans un autre parc maintenant, si ça ne t’ennuie pas”. Bref, j’étais un peu déçue le 23 juillet à minuit. Heureusement, cette fois-ci, il m’a fait confiance quand je l’ai rassuré. Je l’ai senti se détendre un petit peu contre moi, lui et sa peau salée, assez pour apprécier le spectacle, j’espère. C’est vrai que nous étions juste en dessous (le lendemain, des traces noires recouvraient le bateau) et que les fleurs enflammées donnaient l’impression de fondre sur nous.

En juillet toujours, l’enfant ne voulait plus quitter le Palais idéal du Facteur Cheval. Il a aussi expérimenté ses premières auto-tamponneuses et, sans surprise (étant donné sa passion des voitures) a adoré. J’ai constaté qu’il y avait trois catégories de conducteurs dans ces engins : ceux qui essaient de taper dans un maximum d’autos le plus fort possible, par exemple de face (j’en faisais partie, petite), ceux qui tapent timidement sur les côtés et de préférence les véhicules conduits par leurs copains et enfin, les plus rares, ceux qui font des efforts incroyables pour ne pas avoir à tamponner qui que ce soit : mon fils. L’unique représentant de cette dernière catégorie ce jour là, d’ailleurs. Comme il aussi était le seul enfant à refuser de jeter des confettis sur ces camarades à l’école lors du carnaval. Incontestablement, il est bizarre par rapport à ceux qui l’entourent. Dans le même temps, avec un regard d’adulte, je trouve son comportement intelligent.

Fin juillet, j’ai vécu une minuscule parcelle du rêve de ma mère, à savoir habiter dans une maison juste au bord de la mer. Elle n’y était pas. La demeure était un héritage de la tante de mon amoureux et je n’y suis restée que deux nuits et trois journées. J’y vivais avec une grande partie de ma belle-famille mais, à l’exception de ma belle-mère, j’ai parfois l’impression de mieux m’entendre avec eux qu’avec mes parents. Bien entendu, je ne les aime pas autant. Simplement, chez eux, personne ne crie ni ne s’engueule sans cesse. Là-bas, je peux me resservir du vin ou fumer deux clopes d’affilée sans passer pour une alcoolique toxicomane (alors même qu’aucun d’entre eux ne fume). C’est reposant.

Il y avait néanmoins une incompréhension entre nous. Ils m’avaient tous répété : “le bruit des vagues, ça empêche de dormir”. Pour ma part, enfin, je réussissais à m’endormir aussi efficacement qu’avec des somnifères ou une bouteille de vin, grâce au claquement des vagues. Si mon sommeil était parfois troublé, ce n’était qu’à cause de mon compagnon qui, de temps en temps, sautait dans le lit ou claquait dans ses mains, prouvant encore une fois que tous les moustiques préfèrent sa peau à la mienne lorsque nous sommes côte à côte.

Début août : l’enfant parti, séparons-nous !

Bien entendu, il n’y a pas eu de réelle séparation. Le Boutchou, pour la première fois, passait 10 jours avec ses grands-parents paternels, sans nous. Nous avons initialement prévu d’en profiter pour aller au cinéma, au restaurant, voir des concerts, passer des soirées dans des bars, voire peut-être même voyager en amoureux. Mais, en juin-juillet, j’ai oublié de le signaler et c’est à ajouter dans les facteurs de mon mal-être à cette période : nous avons fait des travaux qui nous ont coûté cher, les appareils ménagers les plus utiles (lave-linge, sèche-linge et lave-vaisselle) sont tombés en panne et une monstrueuse inondation (datant sans doute de plusieurs mois) a été détectée par hasard dans le sous-sol (cave à vin où nous n’allons que très rarement). En y ajoutant les impôts à venir et mon absence de travail pendant les dernières semaines de juillet, et de clients début août, nous n’avions plus les moyens de faire autre chose que… Euh, dépenser le moins possible et travailler le plus possible.

Malgré tout, cette pause sans l’enfant était la bienvenue et non, à dire vrai, il ne m’a pas manqué (en même temps, il n’est parti que 10 jours et je lui parlais sur Skype un soir sur deux).

Il n’y a pas de fin au mois d’août. Enfin, je ne sais pas où il a disparu mais c’est plus ou moins comme si je ne l’avais pas vécu.

Septembre dans le sac-à-dos bleu et la reconnaissance professionnelle

Le premier jour de septembre, nous avons amené l’enfant dans sa classe de grande section de maternelle. Pour la première fois en trois ans, je n’ai pas pris de photo de lui avant de partir. L’idée de le faire m’a traversée la tête mais je n’avais toujours pas d’appareil et puis bon, il était comme l’an dernier, avec les mêmes vêtements (rappel : à cette date, nous sommes pauvres) et le sac-à-dos hippopotame qu’il portait déjà lors de sa rentrée en petite section de maternelle. J’ai d’ailleurs pensé qu’il aurait nécessairement un autre cartable l’année prochaine, plus grand, plus utile, dans lequel on ne se contente pas de mettre un goûter.

Il était un petit peu plus intimidé que les années précédentes, sans doute le fait d’avoir à monter un étage pour rejoindre sa classe. Néanmoins, il s’est vite montré à l’aise en reconnaissant certains de ses amis préférés de l’année passée. Et puis la maîtresse l’a accueilli avec douceur. Il a passé ses toutes premières journées en périscolaire et j’ai bien vérifié, à la question : “est-ce que tu préfères rentrer à la maison ou aller en périscolaire après l’école ?” Il répond qu’il veut aller « jouer en périscolaire » sans hésiter (alors qu’il supporte toujours mal la cantine). Il a même râlé quand, un jeudi après-midi, j’ai décidé que j’avais suffisamment travaillé pour aller le chercher à la sortie de l’école.

Pendant ce temps, j’ai découvert un sentiment incroyable : la reconnaissance professionnelle. « Merci pour la très bonne qualité de votre travail », « ce texte est de très bonne qualité et je voudrais travailler avec vous sur le long terme », etc. Il y avait comme un manque de ce point de vue là auparavant. J’étais aussi mal rémunérée (…) mais surtout, si Mon Petit Vieux Préféré glissait parfois une remarque positive, il n’aimait pas féliciter qui que ce soit. Ce n’était pas dans son tempérament.

Maintenant, cette satisfaction du client et sa fidélisation me poussent à faire mieux, plus qu’un gros salaire. C’est ce qui me laisse à penser qu’entre mon savoir-faire qui s’améliore et l’enfant qui grandit, je vais peut-être finir par gagner ma vie en y prenant plaisir. Il faudra surtout que j’apprenne à laisser assez de place à tout ce qui donne un sens à mon existence car le burnout, ce mot tellement médiatisé qu’il en perd son sens, je suis consciente qu’il me guette. Par le passé, j’ai acquis assez d’expérience quant à ma facilité à fondre ou à me consumer.

*(Au petit matin, il n’en reste plus que 1730.)

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Aujourd’hui.

Le réveil m’a extraite d’un rêve dans lequel je finissais la rédaction que j’avais prévu de rendre d’ici midi. Même si je sais que, chez moi, ça se produit à chaque début d’activité professionnelle (or c’est plus agréable d’écrire que de lire des codes barre d’articles en caisse par exemple), je déteste toujours autant travailler en dormant.

J’allais me rendormir si l’enfant n’avait pas fait irruption dans la chambre. Je perds vite l’habitude d’être celle qui s’occupe de lui le matin. Je lui ai dit d’aller s’habiller pour la forme, persuadée que j’allais répéter cet ordre une quinzaine de fois (je garde néanmoins certains souvenirs de ces matinées sans la présence de mon amoureux) mais bizarrement, il a obtempéré après seulement deux rappels. J’ai eu plus de difficulté à obéir à mes auto-injonctions (allez, il faut que j’aille prendre une douche, je réponds juste à ce mail puis j’y vais, je regarde juste ce lien ça va il est encore tôt…). Son bol de chocolat chaud était vide mais ma tasse de thé était encore à moitié pleine lorsque nous sommes sortis.

Dans la salle de classe, la maîtresse m’a dit : « il est vraiment super Le Boutchou depuis trois semaines. Je pense qu’il a grandi. C’est vrai qu’après tout, c’est le plus jeune de la classe, il fallait lui laisser le temps de grandir. » Je constate surtout que ça coïncide avec son dernier bilan ORL qui a révélé une absence d’otite séreuse (enfin !) et une audition parfaite. Ou de façon plus ironique, avec d’avantage de tablette tactile. Nous limitions soigneusement son utilisation auparavant mais bon, voilà, parfois je n’ai pas le choix. Je ne peux pas écrire 6 pages en 2 jours s’il m’interrompt sans arrêt. À choisir, je préfère éviter les dessins animés et surtout, les voir avec lui pour interpréter ensemble les images.

Au retour, j’ai réchauffé ma tasse de thé et je suis descendue dans mon bureau d’appoint. Mes neurones avaient bien des difficultés ce matin. Il ne me restait qu’une demi-page à écrire et je n’en finissais pas, surtout en sachant que j’avais déjà bossé dessus en songe. J’en suis quand même arrivée à écrire : « ils sont différents et diffèrent en fonction… » Ce n’est pas le summum de l’élégance quand on se prétend rédactrice. Je m’en suis heureusement aperçue avant l’envoi du fichier.

J’avais prévu de bosser sur un article à faire avant la fin de la semaine mais compte-tenu de mon niveau de concentration, j’ai repoussé au lendemain. Je ne peux même pas accuser la fatigue ou du moins l’expliquer : pour une fois, je m’étais couchée avant minuit sans insomnie. Alors j’ai fait le résumé des trois dernières histoires pour enfant qui me sont venues à l’esprit ces derniers temps (j’en ai maintenant une dizaine en tête mais je ne trouve pas le temps de les rédiger) puis j’ai répondu à trois de mes quarante mails en retard.

J’ai attendu midi (le minimum que je me suis fixée) pour allumer ma première cigarette mais c’était vraiment très difficile aujourd’hui. Je venais de l’éteindre quand ma mère m’a brièvement appelée :
« l’interne m’avait dit que je pourrai sortir aujourd’hui ou demain mais une infirmière m’a conseillé de ne pas l’espérer parce que j’avais encore ma perfusion. J’ai fini tous les livres qu’on m’avait donnés, les grilles de Sudoku aussi et depuis hier, il y a une cagole dans ma chambre : elle passe la moitié de sa journée à téléphoner en parlant très fort et l’autre à regarder des séries télévisées débiles. Je m’ennuie, c’est horrible. Attends, le docteur arrive, je dois raccrocher. »
Ma mère est hyperactive depuis son enfance alors l’immobiliser sur un lit d’hôpital, c’est plus ou moins le pire châtiment possible pour elle.

J’ai entendu la factrice dans le couloir. Elle m’a tendu une enveloppe marron destinée à mon amoureux. J’ai regardé l’expéditeur et deviné que c’était au sujet de l’assurance décès à laquelle il venait de souscrire (« comme ça, si je crève, vous ne mourrez pas tout de suite de faim Le Boutchou et toi »). Je trouve qu’elle rôde un peu trop souvent autour de moi en ce moment, la sournoise faucheuse.

J’ai soupiré en regardant le contenu des placards. Même faire bouillir de l’eau pour cuire des pâtes, j’ai la flemme quand je suis seule. Au moins, ça nous permet de faire des économies, me suis-je dit en faisant chauffer la bouilloire (le choix des pâtes restait tout de même le plus pratique). J’ai hésité entre boire deux cafés ou faire une sieste. J’ai choisi la première option par crainte de ne pas réussir à dormir le soir venu. Ensuite j’ai écouté les trois titres en streaming de cet album car sa pochette et le disque vinyle avaient l’air joli vu d’ici :

Par association de label, de fan, ou je ne sais quoi dans le genre, j’ai ensuite atterri ici :

Alors je me suis dit que tiens, je pourrais peut-être ne choisir que des pochettes en noir et blanc de groupe plus ou moins (post) punks, histoire de donner un semblant de direction à mes errances et je me suis retrouvée là (oui, je suis très « Bandcamp » en ce moment, parce que ça permet d’arriver rapidement nulle part) :

Je me suis interrompue pour faire la vaisselle, la lessive et le rangement minimal quotidien, en repoussant les autres tâches ménagères au lendemain (ce mardi va être très rempli). J’ai de nouveau expiré de façon bruyante dans la buanderie encore pleine de cartons scotchés. Bientôt, nous fêterons le premier anniversaire de notre emménagement et nous n’avons pas fait le tiers des travaux ni ouvert ne serait-ce que la moitié des cartons. Il faut bien l’admettre : nous n’arrivons pas à reprendre un minimum de contrôle sur le temps, pas même à faire illusion.

Il était alors déjà temps d’aller retrouver mon fils qui a passé tout le trajet à me demander comment fonctionnaient les égouts, ce qu’il y avait dedans, est-ce que c’était possible d’y aller, est-ce qu’il y faisait très noir ou juste un petit peu noir, est-ce qu’on pouvait traverser « tous les dessous des rues et du monde » en marchant dedans ou est-ce qu’il y avait des impasses…? Je n’ai pas le souvenir de m’être posé ces questions-là à 4 ans. D’un autre côté, de toute façon, je ne me souviens pas d’avoir eu 4 ans un jour.
Durant la soirée, il a encore prononcé ces phrases incongrues dont il a le secret. Par exemple, « en fait il y a des cailloux dans le goudron parce que les nuages pleuvent des cailloux de temps en temps, je crois. » Puis, en sortant du bain, frigorifié, recroquevillé et claquant des dents, il a gémi : « je transpire ! »

Au cours du repas – il y avait un lien avec le contexte mais j’ai oublié lequel – j’ai évoqué Lapinus. Mon gosse n’a jamais eu besoin de doudou. Cependant, durant certaines périodes, pendant la nuit ou dans une situation inhabituelle (voyages, chambre d’hôtel…), il réclamait une peluche, un poupon, quelque chose en tissu en particulier. Celui auquel il s’était attaché le plus longtemps était un lapin marron avec de très longues oreilles dénommé Lapinus.

Un matin, deux ou trois mois avant le déménagement, j’ai constaté qu’il avait disparu. J’ai cru qu’il serait retrouvé en vidant l’ancien appartement et ce ne fut pas le cas. C’était déjà étrange en soi car Lapinus quittait rarement le lit de son propriétaire, mais la réaction de ce dernier m’a davantage perturbée : il n’était pas étonné que son lapin ne soit plus là. J’ai pensé qu’il avait peut-être fait une bêtise, comme le jour où il avait lancé des jouets du septième étage, de la fenêtre de sa chambre, alors que personne ne lui avait ordonné de tester leur solidité. J’avais de l’affection pour Lapinus (et j’ai eu une pensée pour lui en voyant Toy Story 2 pour la première fois) mais au moins mon gamin supportait bien son absence, c’était l’essentiel.

Tout à l’heure, il m’a expliqué : « en réalité, un soir, je me suis couché dans mon lit et il y avait Lapinus à côté de moi, dans ma main. Ensuite, j’étais au parc Chavanelle, près de notre ancienne maison, dans un arbre. J’avais peur parce que c’était haut. Ensuite un géant m’a pris mais il m’a mis dans un autre arbre. Alors j’ai crié pour que toi, ou mon papa, vienne et mon papa est venu. Je me suis réveillé et Lapinus n’était plus là, il n’était pas dans mon lit. Je savais qu’il était resté dans le parc pour faire peur au géant. Je croyais qu’après il reviendrait avec moi, mais finalement, il est resté dans mes rêves. » Il avait l’air tellement convaincu par son histoire que j’étais presque prête à y croire, à un monde onirique parallèle où peuvent partir vivre des lapins en peluche.

Comme tous les jours, je l’ai entendu se marrer à plusieurs reprises (mon fils, pas Lapinus) pendant les dix minutes où je le laisse jouer avant de lui demander de se brosser les dents. Je lui ai lu une histoire de loup qui en avait marre de sa couleur de poils (est-ce que ça existe ailleurs que dans les films, les séries et les publicités, les enfants qui s’endorment dans leur lit quand on leur fait la lecture le soir ?). J’ai failli perdre patience quand il est ressorti de sa chambre pour la cinquième fois avec une excuse bidon (« je n’ai pas de mouchoir en papier » alors que je les avais posés à côté de son lit en lui montrant qu’ils y étaient) mais il s’est arrêté à temps.

Les toits sentent la pluie et les derniers oiseaux s’égosillent, comme pour s’encourager avant la nuit noire. J’aimerais bien rêver de géants et de lapins aux longues et douces oreilles. Je voudrais bien, moi aussi, avoir confiance en demain.

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