Aujourd’hui.

Le réveil m’a extraite d’un rêve dans lequel je finissais la rédaction que j’avais prévu de rendre d’ici midi. Même si je sais que, chez moi, ça se produit à chaque début d’activité professionnelle (or c’est plus agréable d’écrire que de lire des codes barre d’articles en caisse par exemple), je déteste toujours autant travailler en dormant.

J’allais me rendormir si l’enfant n’avait pas fait irruption dans la chambre. Je perds vite l’habitude d’être celle qui s’occupe de lui le matin. Je lui ai dit d’aller s’habiller pour la forme, persuadée que j’allais répéter cet ordre une quinzaine de fois (je garde néanmoins certains souvenirs de ces matinées sans la présence de mon amoureux) mais bizarrement, il a obtempéré après seulement deux rappels. J’ai eu plus de difficulté à obéir à mes auto-injonctions (allez, il faut que j’aille prendre une douche, je réponds juste à ce mail puis j’y vais, je regarde juste ce lien ça va il est encore tôt…). Son bol de chocolat chaud était vide mais ma tasse de thé était encore à moitié pleine lorsque nous sommes sortis.

Dans la salle de classe, la maîtresse m’a dit : « il est vraiment super Le Boutchou depuis trois semaines. Je pense qu’il a grandi. C’est vrai qu’après tout, c’est le plus jeune de la classe, il fallait lui laisser le temps de grandir. » Je constate surtout que ça coïncide avec son dernier bilan ORL qui a révélé une absence d’otite séreuse (enfin !) et une audition parfaite. Ou de façon plus ironique, avec d’avantage de tablette tactile. Nous limitions soigneusement son utilisation auparavant mais bon, voilà, parfois je n’ai pas le choix. Je ne peux pas écrire 6 pages en 2 jours s’il m’interrompt sans arrêt. À choisir, je préfère éviter les dessins animés et surtout, les voir avec lui pour interpréter ensemble les images.

Au retour, j’ai réchauffé ma tasse de thé et je suis descendue dans mon bureau d’appoint. Mes neurones avaient bien des difficultés ce matin. Il ne me restait qu’une demi-page à écrire et je n’en finissais pas, surtout en sachant que j’avais déjà bossé dessus en songe. J’en suis quand même arrivée à écrire : « ils sont différents et diffèrent en fonction… » Ce n’est pas le summum de l’élégance quand on se prétend rédactrice. Je m’en suis heureusement aperçue avant l’envoi du fichier.

J’avais prévu de bosser sur un article à faire avant la fin de la semaine mais compte-tenu de mon niveau de concentration, j’ai repoussé au lendemain. Je ne peux même pas accuser la fatigue ou du moins l’expliquer : pour une fois, je m’étais couchée avant minuit sans insomnie. Alors j’ai fait le résumé des trois dernières histoires pour enfant qui me sont venues à l’esprit ces derniers temps (j’en ai maintenant une dizaine en tête mais je ne trouve pas le temps de les rédiger) puis j’ai répondu à trois de mes quarante mails en retard.

J’ai attendu midi (le minimum que je me suis fixée) pour allumer ma première cigarette mais c’était vraiment très difficile aujourd’hui. Je venais de l’éteindre quand ma mère m’a brièvement appelée :
« l’interne m’avait dit que je pourrai sortir aujourd’hui ou demain mais une infirmière m’a conseillé de ne pas l’espérer parce que j’avais encore ma perfusion. J’ai fini tous les livres qu’on m’avait donnés, les grilles de Sudoku aussi et depuis hier, il y a une cagole dans ma chambre : elle passe la moitié de sa journée à téléphoner en parlant très fort et l’autre à regarder des séries télévisées débiles. Je m’ennuie, c’est horrible. Attends, le docteur arrive, je dois raccrocher. »
Ma mère est hyperactive depuis son enfance alors l’immobiliser sur un lit d’hôpital, c’est plus ou moins le pire châtiment possible pour elle.

J’ai entendu la factrice dans le couloir. Elle m’a tendu une enveloppe marron destinée à mon amoureux. J’ai regardé l’expéditeur et deviné que c’était au sujet de l’assurance décès à laquelle il venait de souscrire (« comme ça, si je crève, vous ne mourrez pas tout de suite de faim Le Boutchou et toi »). Je trouve qu’elle rôde un peu trop souvent autour de moi en ce moment, la sournoise faucheuse.

J’ai soupiré en regardant le contenu des placards. Même faire bouillir de l’eau pour cuire des pâtes, j’ai la flemme quand je suis seule. Au moins, ça nous permet de faire des économies, me suis-je dit en faisant chauffer la bouilloire (le choix des pâtes restait tout de même le plus pratique). J’ai hésité entre boire deux cafés ou faire une sieste. J’ai choisi la première option par crainte de ne pas réussir à dormir le soir venu. Ensuite j’ai écouté les trois titres en streaming de cet album car sa pochette et le disque vinyle avaient l’air joli vu d’ici :

Par association de label, de fan, ou je ne sais quoi dans le genre, j’ai ensuite atterri ici :

Alors je me suis dit que tiens, je pourrais peut-être ne choisir que des pochettes en noir et blanc de groupe plus ou moins (post) punks, histoire de donner un semblant de direction à mes errances et je me suis retrouvée là (oui, je suis très « Bandcamp » en ce moment, parce que ça permet d’arriver rapidement nulle part) :

Je me suis interrompue pour faire la vaisselle, la lessive et le rangement minimal quotidien, en repoussant les autres tâches ménagères au lendemain (ce mardi va être très rempli). J’ai de nouveau expiré de façon bruyante dans la buanderie encore pleine de cartons scotchés. Bientôt, nous fêterons le premier anniversaire de notre emménagement et nous n’avons pas fait le tiers des travaux ni ouvert ne serait-ce que la moitié des cartons. Il faut bien l’admettre : nous n’arrivons pas à reprendre un minimum de contrôle sur le temps, pas même à faire illusion.

Il était alors déjà temps d’aller retrouver mon fils qui a passé tout le trajet à me demander comment fonctionnaient les égouts, ce qu’il y avait dedans, est-ce que c’était possible d’y aller, est-ce qu’il y faisait très noir ou juste un petit peu noir, est-ce qu’on pouvait traverser « tous les dessous des rues et du monde » en marchant dedans ou est-ce qu’il y avait des impasses…? Je n’ai pas le souvenir de m’être posé ces questions-là à 4 ans. D’un autre côté, de toute façon, je ne me souviens pas d’avoir eu 4 ans un jour.
Durant la soirée, il a encore prononcé ces phrases incongrues dont il a le secret. Par exemple, « en fait il y a des cailloux dans le goudron parce que les nuages pleuvent des cailloux de temps en temps, je crois. » Puis, en sortant du bain, frigorifié, recroquevillé et claquant des dents, il a gémi : « je transpire ! »

Au cours du repas – il y avait un lien avec le contexte mais j’ai oublié lequel – j’ai évoqué Lapinus. Mon gosse n’a jamais eu besoin de doudou. Cependant, durant certaines périodes, pendant la nuit ou dans une situation inhabituelle (voyages, chambre d’hôtel…), il réclamait une peluche, un poupon, quelque chose en tissu en particulier. Celui auquel il s’était attaché le plus longtemps était un lapin marron avec de très longues oreilles dénommé Lapinus.

Un matin, deux ou trois mois avant le déménagement, j’ai constaté qu’il avait disparu. J’ai cru qu’il serait retrouvé en vidant l’ancien appartement et ce ne fut pas le cas. C’était déjà étrange en soi car Lapinus quittait rarement le lit de son propriétaire, mais la réaction de ce dernier m’a davantage perturbée : il n’était pas étonné que son lapin ne soit plus là. J’ai pensé qu’il avait peut-être fait une bêtise, comme le jour où il avait lancé des jouets du septième étage, de la fenêtre de sa chambre, alors que personne ne lui avait ordonné de tester leur solidité. J’avais de l’affection pour Lapinus (et j’ai eu une pensée pour lui en voyant Toy Story 2 pour la première fois) mais au moins mon gamin supportait bien son absence, c’était l’essentiel.

Tout à l’heure, il m’a expliqué : « en réalité, un soir, je me suis couché dans mon lit et il y avait Lapinus à côté de moi, dans ma main. Ensuite, j’étais au parc Chavanelle, près de notre ancienne maison, dans un arbre. J’avais peur parce que c’était haut. Ensuite un géant m’a pris mais il m’a mis dans un autre arbre. Alors j’ai crié pour que toi, ou mon papa, vienne et mon papa est venu. Je me suis réveillé et Lapinus n’était plus là, il n’était pas dans mon lit. Je savais qu’il était resté dans le parc pour faire peur au géant. Je croyais qu’après il reviendrait avec moi, mais finalement, il est resté dans mes rêves. » Il avait l’air tellement convaincu par son histoire que j’étais presque prête à y croire, à un monde onirique parallèle où peuvent partir vivre des lapins en peluche.

Comme tous les jours, je l’ai entendu se marrer à plusieurs reprises (mon fils, pas Lapinus) pendant les dix minutes où je le laisse jouer avant de lui demander de se brosser les dents. Je lui ai lu une histoire de loup qui en avait marre de sa couleur de poils (est-ce que ça existe ailleurs que dans les films, les séries et les publicités, les enfants qui s’endorment dans leur lit quand on leur fait la lecture le soir ?). J’ai failli perdre patience quand il est ressorti de sa chambre pour la cinquième fois avec une excuse bidon (« je n’ai pas de mouchoir en papier » alors que je les avais posés à côté de son lit en lui montrant qu’ils y étaient) mais il s’est arrêté à temps.

Les toits sentent la pluie et les derniers oiseaux s’égosillent, comme pour s’encourager avant la nuit noire. J’aimerais bien rêver de géants et de lapins aux longues et douces oreilles. Je voudrais bien, moi aussi, avoir confiance en demain.

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un hôpital, deux jours, quatre trains et des embouteillages

Mon précédent article contenait 10 « etc. » C’était beaucoup et j’en ai supprimé la moitié depuis. J’ai laissé les autres par sincérité, c’est un moyen de dire au lecteur : j’ai expédié l’écriture de ce texte parce que je n’ai pas le temps de cultiver l’introspection. Et puis c’est d’autant plus difficile, avec cet hexagone qui craque de partout, de penser à soi. Je crois qu’il n’y aura aucun « etc. » ce soir. Au début, j’avais l’intention de faire un peu la même chose, un condensé rapide des jours derniers où j’aurais notamment dit que le concert de Feu! Chatterton à Sainté était l’un des meilleurs que j’ai vus depuis longtemps (certes, je n’avais plus vu de concert depuis cinq ou six ans donc c’était facile). Sauf qu’entre-temps, il y a eu cette semaine d’attente et d’angoisse, deux sentiments qui ont des points communs : ils sont subis et interminables.

Mardi matin, vers 9 heures, je suis sortie de mon immeuble, suivie par une valise beaucoup trop grosse par rapport à son contenu. Tandis que le bruit de ses roulettes m’accompagnait dans la descente, je me demandais quand, pour la dernière fois, j’étais partie ainsi, sans les affaires de mon amoureux, ni celles de mon fils. Peut-être lorsque mon compagnon était en Irlande, dix ans plus tôt ?

Elle était pourtant lourde à tirer car dedans, il y avait à la fois mon Chromebook (léger) et l’ancien PC portable de mon compagnon (très lourd). Je travaille avec une entreprise qui veut des vrais documents Word, pas des Google Docs enregistrés en format Word, ceci explique cela. Ou non. J’ai hésité : je l’ai enlevé de la valise, je l’y ai remis, j’ai changé d’avis plusieurs fois. En fait, j’avais honte de moi, honte vis à vis de mes parents aussi. Je pars moins de 48 heures, voir ma mère hospitalisée et soutenir mon père, mais j’apporte de quoi travailler. Soixante putains d’euros sont en jeu. Quand on a cessé d’avoir des revenus pendant quatre ans, c’est plus ou moins la cagnotte du loto mais ça reste sans importance par rapport au bien-être de mes proches. Alors pourquoi est-ce que je trimbale ces ordinateurs ?

Je me suis souvenu d’une des raisons pour lesquelles j’avais refusé d’être enseignante : je voulais avoir fini de travailler en quittant mon job, ne pas avoir de copies à corriger ni de cours à préparer, dissocier mon quotidien en mettant le boulot d’un côté et tout le reste de l’autre. Je me retrouve dans la situation inverse, très exactement. N’aurais-je pas un peu raté ma vie professionnelle, compte tenu de ce que j’en attendais (et pourtant, vraiment, je n’en attendais pas grand chose) ? En même temps, qu’espérais-je donc en choisissant de vivre de mon clavier ? Ai-je fait le bon choix ? Qu’aurais-je pu faire d’autre ? Etc. (Ah mince, il y en aura au moins un dans ce texte aussi).

Beaucoup de monde arpentait la gare de Lyon Part-Dieu, comme d’habitude. En revanche, le TGV en direction de Marseille était vide. Peu de gens partent aussi loin en semaine hors vacances scolaires et d’ailleurs, c’était aussi une première pour moi. J’avais prévu de travailler ou de lire, finalement j’ai fermé les yeux et essayé de me relaxer. C’est que j’étais aussi fébrile et tremblante qu’un alcoolique en phase de sevrage alors que je n’avais (presque) rien absorbé d’alcoolisé la veille. J’avais fait des rêves avec beaucoup de morts dedans. J’avais crié vers trois heures du matin paraît-il.

À l’arrivée, j’ai reçu un sms de mon père : « pas de place, parking complet, je suis au dépose-minute ». Je l’y ai rejoint. Ensuite, nous avons passé une heure dans les embouteillages pour rejoindre l’hôpital, pourtant pas si loin que ça de la gare. À l’entrée, c’était la version moderne de la cours des miracles : malades accompagnés de leur perfusion qui fument à côté des infirmiers, gens amputés ou avec des pansements monstrueux, étudiants qui prennent le soleil en fumant assis en tailleur (parce qu’une entrée d’hôpital, c’est un vrai poumon vert au centre-ville), des types un peu louches qui tentent de refourguer de la drogue… Ensuite deux ascenseurs sur trois étaient hors service, et le troisième allait allègrement du 3 au -3, refusant de nous amener au sixième, l’étage des urgences neurologiques et cardiovasculaires.

Nous avons fini par y arriver quand même. Ma mère m’a dit l’air résigné : « je paye pour mes excès. Je suis désolée ma chérie. » Oui, enfin, dans le lit à côté du sien, une jolie jeune fille de 17 ans avait vécu la même chose. Je me suis assise sur la chaise délavée par l’usure, près d’elle. J’ai été impressionnée par sa quantité de bleus sur les bras (une prise de sang toutes les trois heures) et j’ai pensé, non sans culpabilité (ce n’est vraiment pas important) qu’elle sentait un peu mauvais. C’était avant de me rendre compte qu’il n’y avait pas de douche dans sa chambre (seulement un lavabo de taille normale) et que d’ailleurs, mon père lui apportait du savon.

En voyant le sac que nous transportions, avec tout ce que ma mère n’avait pas eu le temps de prendre auparavant, l’infirmière nous a dit :
– C’est vrai qu’elle est encore trop jeune pour avoir sa valise d’hôpital.
– Pardon ?
– Les personnes âgées, comme elles savent qu’elles risquent d’aller à l’hôpital à tout moment, elles ont déjà leur valise prête avec leur nécessaire, comme la valise de maternité pour les femmes enceintes.
J’aurais sûrement dit que c’était déprimant si je n’avais pas été interloquée. Pourvu que la mort me saisisse par surprise et que jamais je ne m’endorme à côté d’une valise d’hôpital ! (Je suis sure que de toute façon, ça m’empêcherait de dormir, déjà que la crainte de mourir me rend insomniaque depuis plus de trente ans…)

J’ai passé trois heures dans sa chambre, sans trop savoir quoi dire. Ce que j’ai appris de mon boulot n’intéresse pas grand monde. « Mais tu ne voulais pas aider des gens, faire des biographies, tout ça ? » Si mais je prends ce que je trouve, tu sais. J’ai parlé de mon fils parce que c’est toujours pratique pour meubler une discussion. J’avais l’impression d’avoir des propos inadaptés à la situation. Je suis sortie me prendre une boisson à un moment donné et le distributeur affichait des pièces en francs. J’ai pensé au collège et, malgré les mauvais souvenirs que j’en ai, c’était réconfortant par rapport à cet hôpital.

Nous sommes repartis et embouteillages à nouveau. Nous avons longé des files de voiture avec leurs conducteurs qui patientaient pour avoir de l’essence. Cette vision m’a rappelé une scène de film sans que je réussisse à retrouver son titre. À la maison, j’ai été impressionnée par le frigo vide. Mes parents sont célèbres pour leurs apéros où de multiples antipasti sont toujours étalés sur la table basse : artichauts marinés, tapenade, crème d’aubergines et compagnie. Là, il n’y avait rien du tout et je devais faire la cuisine.

Je ne me rappelle pas avoir passé une soirée en tête à tête avec mon père ainsi, chez eux. Je crois que la dernière fois que ça s’est produit, j’étais trop petite pour m’en souvenir. Ensuite, de mes deux parents, il était celui qui s’absentait. Je ne l’avais jamais vu aussi abattu, découragé, à répéter sans arrêt :  » comment je peux faire, moi, pour rendre une adulte raisonnable ? » Je ne sais pas et, contrairement à toi, je suis incapable d’être raisonnable moi-même alors, comment dire…

Le mercredi était semblable au mardi : embouteillages et hôpital. Jeudi midi, nous sommes repartis très tôt, pour que je puisse dire au-revoir à ma mère avant de prendre le train. C’était le bordel, les manifs que j’approuve et les CRS partout qui me font peur, mais j’étais à la gare avec une demi-heure d’avance. J’ai fumé une clope à l’entrée. Un mec bronzé à chaîne argentée m’a lancé :
– Tu sais quoi ? T’as raison de fumer.
– Je ne pense pas, non…
– Si, parce qu’il y a un proverbe qui dit que même si tu fumes, que tu bois de l’alcool et que tu te drogues, tu meurs quand même.
– …
– Heureusement que j’ai des lunettes de soleil ! T’es tellement blanche que tu m’éblouirais sinon. T’es pas de Marseille, toi.
– En fait, je ne suis pas de Marseille mais de la région quand même. Je connais très bien Marseille. Je n’ai pas vraiment eu le temps de prendre le soleil surtout.
– Et t’es super mignonne aussi. Viens m’épouser !
– C’est gentil mais j’ai déjà un mec et un enfant, ça risque d’être compliqué.

Il a soupiré et je me suis déplacée. Cinq minutes plus tard, un type noir avec les écouteurs de son baladeur calés au-dessus de ses oreilles m’a demandé :
– Beuh ? Shit ?
– Quoi ?
– Tu veux de la beuh ou du shit ?
– Ah ! Non merci, ni l’un ni l’autre. (j’ai pas d’argent pour en acheter).
– Ok, on est cool hein.
Euh… Oui. Je ne me sens pas super cool là tout de suite mais bon.

Dans le TGV du retour, j’étais assez seule et juste à côté d’une prise (billet Prems première classe, moins cher que le billet seconde classe, les mystères de la SNCF) donc j’ai décidé de travailler. Un quart d’heure avant l’arrivée, j’ai rangé mon ordinateur dans ma valise pour ne pas perdre de temps. Au moment  de sortir et de la récupérer, j’ai vu un type, un peu bizarre, fouiller dedans. Je lui ai littéralement arrachée la valise des mains. C’est après, chez moi, que je me suis rendue compte que le cordon d’alimentation manquait et j’en ai presque pleuré. (…) Vraiment, il va falloir PRENDRE DU RECUL, RELATIVISER, SE REPRENDRE EN MAIN, ETC. (bis)

Juste avant, c’était la foule qui se précipite dans l’unique TER qui circule entre Lyon et Sainté puis dans le seul tramway à la sortie de la gare. Une bonne femme moustachue avec un look années 70′ disait : « il faut une révolution comme en 1789, il faut qu’on coupe des têtes. » Une blonde plutôt bourgeoise stylistiquement lui répondait : « moi je n’aime pas la violence, j’admire Gandhi. » L’autre, de mauvaise foi mais visiblement sans le faire exprès, l’engueulait : « Ghandi est mort ! Il n’a servi à rien ! » Alors une troisième personne, une brune, a commenté « il y a eu mai 68. » La moustachue a rétorqué : « c’est à cause de mai 68 qu’on est dans la merde. Toutes les personnes de moins de 50 ans en difficulté aujourd’hui le sont à cause de leurs parents soixante-huitards. Ils ont déconstruits pour faire quoi ? Ce monde actuel ? Y a de quoi être fier vous croyez ? »

(…) Tout est épuisant, physiquement et psychologiquement. Comment dire : j’ai l’impression que je n’y arriverai jamais, à tout concilier, que ce qui me préoccupe n’est pas l’important, que c’est juste une considérable perte de temps et de moral.

* Je n’arrivais pas à faire un choix entre ces deux morceaux pour ce texte, donc je mets les deux.

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