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Assise et parfois ébaubie* dans le printemps orageux

Le ciel a beaucoup grondé au printemps. D’ailleurs, dans mon foyer, je perçois encore l’électricité des journées de mai. L’enjeu n’était pas de savoir si le linge étendu dehors allait être trempé, ou s’il était possible de jouer au parc entre les averses. Ces détails-là, aussi démoralisants soient-ils parfois, on s’en remet plus facilement. Du cancer évité à l’enfant surdoué, je me demande bien par où commencer et si ça en vaut la peine. Enfin, quand même, quitte à tenir un journal, il paraît logique de noter les soubresauts du quotidien entre deux tartines de routine.

Je suis assise dans la salle impersonnelle d’un cabinet de radiologie

Autour de moi, les photographies d’une artiste stéphanoise sont affichées sur les murs. Lors de ma précédente venue deux ans plus tôt, il y avait aussi des clichés d’une artiste locale, mais était-ce la même ? Il est écrit : « son travail tourne autour de l’enfance ». Je suis dubitative. En regardant les images, je pense : légèreté, rêverie, été. Est-ce l’enfance ? Après tout, pourquoi pas ? Ce serait bien, en tout cas, que ça se résume à ces mots-là.

Je me répète le prénom et le nom de la photographe pour les mémoriser. J’ai envie d’aller explorer, ailleurs, ses autres photos. J’oublierai pourtant son identité en sortant. Comme la précédente fois ?

Ensuite, je sors ma liseuse et j’ai Les Années de Virginia Woolf sous les yeux. Malheureusement, ses phrases glissent et s’échappent. J’essaie, je persiste… et me contente d’être happée, parfois, par la mélodie des mots. Je me disperse dans le récit, incapable de me concentrer, trop stressée par ma propre vie.

Une dame en blouse blanche, au visage avenant et à la peau laiteuse, m’appelle en écorchant mon nom de famille. Elle rougit. Je la rassure : « personne n’arrive à le prononcer la première fois ». Elle écorche aussi mon prénom et ses pommettes virent au vermillon. J’ajoute : « c’est un peu moins courant mais j’ai aussi l’habitude qu’on m’appelle Céline. Je ne m’en formalise jamais (du moins la première fois). »

Un peu plus tard, le haut du corps exposé aux courants d’air, j’entends le radiologue répéter : « mais qu’est-ce que ça peut bien être ? » en me regardant. C’est comme s’il me posait vraiment la question, à moi, la patiente presque ignare (j’ai dû visiter quasiment toutes les pages Google sur le thème « boule dans le sein » et autant d’encyclopédies papier) et très anxieuse. Je repartirai sans le savoir, avec un rendez-vous pour une biopsie.

Sur le rapport qui m’est remis, je découvre un nouvel acronyme à ajouter à mon vocabulaire : ACR3. J’aurais préféré découvrir cette petite famille avec ACR1, à choisir, mais ça vaut toujours mieux qu’un ACR5, restons positifs coûte que coûte. En fait, au bout du compte, c’était anodin et ça valait un ACR1. Même nombre de caractères et de points, même score. Je n’ai pas perdu la partie, ni eu à batailler contre la maladie.

Après le diagnostic, je lis que la mastose n’existe plus après la ménopause, qu’elle disparaît même à ce moment-là. La mienne est née à l’heure de mourir et je me demande si je vais passer le reste de ma vie à sentir une boule dans mon sein droit. J’aimerais bien qu’elle disparaisse au cas où ça effacerait, en même temps, ces semaines d’angoisse et d’examens envahissants.

Je suis assise dans la salle des photocopies d’une école primaire

Le psychologue m’est plus sympathique que les précédents même si je ne saurais dire à quoi ça tient. Enfin, la première en était arrivée à me poser des questions sur ma petite enfance et mes parents, alors que le patient était mon enfant. Elle allait un peu trop loin à mon avis. Lui, il s’est contenté de me demander s’il y avait eu des événements traumatisants durant ma grossesse.

Eh oui, malheureusement. La question est évidente, elle m’obsédait d’ailleurs quand mon ventre hébergeait Le Boutchou. Nombre de fois, je me disais : « dé-stresse, calme-toi, il ressent tes émotions ». J’ai fait au mieux mais je ne sais pas si j’ai bien fait. Ce n’était pas comme ça que j’imaginais ma grossesse ni ma vie d’après. J’avais vraiment prévu d’être parfaite alors que d’habitude, sincèrement, j’essaie seulement de ne pas être médiocre.

Ce jour-là, il nous a convoqués après avoir vu l’enfant seul à seul pendant plusieurs matinées la semaine précédente. Il commence par prendre plein de précautions : « oubliez tout ce que vous avez lu sur les tests de QI », « mesurer l’intelligence n’a pas grand sens et le score importe peu », etc. Je commence à me dire que contrairement à ses prédecesseurs, il s’apprête à nous avouer que le gosse est un peu limité intellectuellement. Mais le voilà qui annonce : « je suppose que vous savez déjà que votre enfant est en avance ? »

Son père répond : « on nous l’a dit mais nous, on trouve qu’il y a beaucoup de choses qu’il ne comprend pas, alors en fait non, on ne sait pas trop ». En réalité, depuis longtemps, j’en suis presque convaincue (peut-on être presque convaincue ? Si on est convaincu, par définition, on l’est tout à fait, non ?). Mais tout le monde me faisait douter voire passer pour folle. Bref, enfin, nous allons être fixés. Il a plein de papiers devant lui, des dossiers. Sur certains je reconnais l’écriture du petit, sur d’autres je vois des chiffres, points, courbes, et j’y comprends que dalle.

Il nous donne plein d’informations : « Le test que je lui ai fait passer en fait, ça montre son niveau par rapport aux enfants de son âge et aux enfants plus âgés ». « Il se situe à 130 sur l’échelle de Wechsler. On parle de précocité au-delà de 130 mais il est au minimum dans les 6% de la population qui ont entre 120 et 130 de QI ». « Il n’y a aucune place laissée au hasard, ce ne sont pas des QCM, donc le test peut le sous-estimer vu qu’il y a plein de facteurs extérieurs qui peuvent influencer le résultat, mais pas le surestimer. Il a donc au minimum 130, peut-être beaucoup plus. »

Il dit également : « il a au moins 1 an et 8 mois d’avance sur les autres enfants en moyenne. Là, par exemple, vous voyez, il a le niveau d’un enfant de 10 ans ». En sortant, mon compagnon me demandera : « c’est sur quoi que le psy a affirmé qu’il avait le niveau intellectuel d’un enfant de 10 ans ? Impossible de m’en rappeler ». Moi non plus. Je suis restée bloquée sur « 10 ans ». Mon fils de 6 ans. « 10 ans ». Le choc. Je n’ai pas pu retenir le reste de la phrase. On ne saura jamais. 10 ans de niveau intellectuel, putain, mais ses phrases et ses actions ne sont pas celles d’un enfant de 10 ans ! Je n’arrive pas à concevoir la réalité de l’information, même un mois après.

Au bout du compte, qu’il ait 6 ou 10 ans dans sa tête, il va intégrer une classe spéciale et bosser la musique. C’est cool parce qu’on lui a bien transmis cette passion. Il est avide de musique à découvrir ou à jouer, tout le temps. Le directeur de sa nouvelle école sera informé des résultats de ses tests afin de procéder à un passage anticipé dans une classe supérieure si nécessaire. Je crois que ça nous va bien, à nous trois je veux dire.

À la sortie du rendez-vous, mon amoureux me dira : « en plus d’être super beau, il est super intelligent ! Mais comment on a fait ? » Je ne sais pas. Mais le psychologue scolaire a également dit : « il n’a aucun problème psychologique. C’est un enfant très équilibré qui, à mon avis, n’a pas du tout besoin d’être suivi par un psychologue ». Et ça, je suis presque sure que j’y suis quand même pour quelque chose. L’intelligence, c’est en grande partie génétique pour ce que j’ai pu comprendre. Personne ne choisit ses gènes à ce jour. Je n’ai même pas essayé de lui donner le sein pour le rendre plus intelligent, c’est dire à quel point, consciemment, je n’y suis pas pour grand-chose.

Certes, peut-être n’aurait-il pas appris à lire avant l’entrée en CP s’il n’avait pas vécu entouré de livres. Sans doute se serait-il moins intéressé à la musique si je ne possédais pas un piano, une guitare, un harmonica et beaucoup de disques, CD et vinyles.

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Mon petit bonhomme en janvier 2013, lorsqu’il avait 1 an et 3 mois

Néanmoins, il était certainement doté d’aptitudes particulières dès qu’il a vu le jour. En revanche, pour l’équilibre, je crois que nous avons contribué à rendre cet enfant heureux.

C’est miraculeux car comment dire… Certes, si je m’étais mise un commentaire dans la matière « maternité », je n’aurais pas choisi « peut mieux faire ». Je sais très bien que je fais le maximum depuis qu’un test de grossesse m’a révélé son existence. J’aurais plutôt écrit « fait le mieux possible mais reste en décalage par rapport à ce qu’on attend d’elle », quelque chose comme ça. Bref, c’est donc un vrai soulagement de m’entendre dire que je participe à l’épanouissement de cet enfant, plus encore quand ça vient d’un psychologue.

Je suis assise dans la salle de sport face à mon coach sportif

Je retrouve mon coach sportif pour un bilan sportif. Soyons clairs d’emblée, je n’ai jamais eu l’intention de prendre un coach. Quand j’ai rejoint cette salle de sport low cost, voilà un peu plus de 4 ans, on m’a fourni cet homme, coach sportif diplômé. Je l’ai d’emblée appelé (dans ma tête) Monsieur Propre.

Il a le crâne rasé, des muscles saillants et une boucle d’oreille. En plus, en ce temps-là, la salle venait d’ouvrir et les coaches faisaient le ménage. La première fois que je l’ai vu, il tenait donc une serpillière. Maintenant, l’entreprise a eu du succès et une femme de ménage nettoie la salle (il faudra que je parle d’elle un jour, c’est un personnage essentiel dans mon quotidien). Mon coach a, par ailleurs, beaucoup plus de tatouages que M. Propre.

Bref, je ne l’ai pas choisi mais il m’a toujours bien conseillée et fait progresser. Il est sympa, à l’écoute et encourageant, même s’il n’a pas les mêmes passions littéraires et musicales que moi (en douce, je suis allée voir ses compte FB et Twitter). Je le retrouve de manière irrégulière, tous les 3 à 6 mois environ. Donc il me demande, comme d’habitude : « comment tu te sens ? » Bien, je dis, super bien.

En fait, c’était le paradoxe lors de cette suspicion de cancer du sein. Je ne m’étais jamais sentie aussi bien, en forme, dynamique, etc. Mais je pensais : « peut-être que ton corps te fait payer tes abus passés. Peut-être que c’est au moment où tu te crois saine que tu vas devoir encaisser tes décennies d’excès ».

Même si je suis athée, j’ai tendance à partir du principe que s’il y a crime, le châtiment suit, que tôt ou tard tu auras à assumer tes bêtises, y compris les conneries que tu infliges à ton organisme. Je ne lui ai pas dit tout ça, nous ne sommes pas proches à ce point-là. J’ai juste répondu « super bien ».

Il m’a fait monter sur sa balance de pro, pieds-nus et j’ai attrapé les poignées. En comparant ces résultats et les précédents, il a ouvert des yeux… non, je n’aime pas « ronds comme des soucoupes ». Franchement, quand on me dit « soucoupe », je vois une sous-tasse à café. Si on met une sous-tasse à café à la place des yeux de quelqu’un, ça ne ressemble à rien du tout, c’est même ridicule. Disons donc qu’il avait des yeux comme des personnages de mangas ou d’animés japonais. Il m’a lancé :

« Tu as fait un très gros changement alimentaire ? »

Non pas spécialement, j’ai dit. Là, ses yeux se sont encore agrandis et j’ai vu qu’il ne me croyait pas du tout. J’ai même eu l’impression que mon mensonge était insultant pour lui. Alors j’ai (semi) avoué :

« J’ai arrêté de picoler comme un trou J’ai réduit les apéros ».

C’est juste hallucinant comme je me suis musclée plus rapidement avec trois mois de sport sans (trop) boire d’alcool que pendant les 4 années précédentes. Monsieur Propre m’a également annoncé : « Compte tenu du rapport taille/poids/masse musculaire, etc., ton corps a rajeuni de 2 ans. L’âge de ton corps est maintenant de 20 ans. » Là quand même je me suis bien marrée. Enfin bon si ça se trouve, à 20 ans, mon corps en avait plutôt 40 étant donné ce que je lui faisais subir.

En attendant, le rendez-vous m’a motivée. J’avais quand même dû prendre sur moi pour boire des tisanes à petite gorgées pendant que mon partenaire de vie s’enfilait, facile, au moins 1 litre de bière tous les soirs. Ce bilan m’a donc donné envie de continuer à… Non pas adopter pour toujours une hygiène de vie super healthy sans boire une goutte d’alcool, non. Je comprends et respecte celles (ou ceux, mais je constate qu’il s’agit souvent de femmes) dont c’est le but. Perso, ce n’est pas mon objectif. La vie est courte et la bière c’est bon.

Plus sérieusement, la vie saine, je l’ai testée, durant ma grossesse notamment, et ça m’ennuie profondément. En plus, c’est finalement plus facile pour moi que la vie équilibrée. Le vrai défi, compte tenu de ma personnalité, c’est de pouvoir se faire plaisir sans tomber dans l’excès ou la dépendance. Eh ma foi, on dirait que j’y arrive assez bien pour l’instant. Je vais donc essayer, humblement, de continuer dans cette voie-là.

Je suis assise à mon bureau dans mon confortable appartement

J’éprouve beaucoup de reconnaissance en ce moment. Je remercie l’instituteur de mon fils pour avoir (très très) lourdement insisté pour qu’on lui fasse passer des tests avec un psychologue scolaire, pour n’avoir pas choisi la solution de facilité du genre : « cet enfant fout le bordel dans ma classe parce qu’il est bête et mal élevé ».

J’ai beaucoup d’affection pour l’assistante du service de radiologie qui voulait vraiment me réconforter, en particulier durant la biopsie que je n’ai pas racontée ici. Merci, aussi, aux quelques amis qui m’ont montré leur soutien et leur sympathie durant l’attente des résultats.

Enfin, allez, je me lance une fleur car même si je suis une fille très bancale, je suis parvenue à donner de l’équilibre à mon petit garçon mignon. Pourtant, rien, mais vraiment rien, n’allait de soi au début de notre histoire à deux, puis à trois.

Fin mai, j’écrivais à un ami : « le mois va peut-être finir mieux qu’il n’a commencé ». Juin et ses éclaircies me confirment dans l’idée que l’été s’annonce joli cette année.

* J’ai découvert le mot « ébaubi » (ou le verbe « ébaubir ») dans un livre emprunté par mon fils à l’école. J’ai lu sa définition : « frappé de surprise au point de bégayer ». Je perçois avec tant de joie le bégaiement lorsque je le prononce que depuis, je saisis toutes les occasions d’être ébaubie (plutôt qu’ébahie ou éberluée).

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« Le gros homme écoute, prend note, entend la chanson qui touche à sa fin, sachant qu’après viendra une autre, simples instants de répit posés entre les histoires sans répit toujours changeantes, chaque scène connectée à toute autre, sans fin. Et pourtant, entre, est un silence. »*

La dernière fois que je me suis absentée aussi longtemps, j’étais enceinte. Je ne porte aucun bébé actuellement. D’ailleurs, j’ai appris que je ne pourrai plus donner la vie, mais c’est sans rapport avec mon silence. En fait, si je n’ai pas écrit ici, c’est parce que j’ai passé mes journées à écrire pour autrui. Voilà deux ans que je suis nègre plume de l’ombre (sans plume et dans une pièce bien éclairée, en réalité).

Au commencement, à la question : « peux-tu gérer cette commande de textes et m’indiquer tes délais de livraison ? », je répondais : « oui bien sûr, je les livrerai (par exemple) mercredi ». En fait, dans mon planning, je prévoyais d’avoir achevé la rédaction lundi, mardi matin au plus tard. Je crois que la vie se résume en grande partie à des changements invisibles tapis sous la routine. Alors, au cas où, je laissais une place à l’inattendu. Souvent, je profitais de cette vacance pour bloguer chez moi. Et puis à un moment donné, je me suis mise à perdre cette avance. Je n’ai plus réussi à caser l’imprévu.

Les commandes de textes se sont multipliées et j’ai cessé de démarcher. Mes clients existants m’assurent un revenu suffisant de toute façon (j’ai peu d’ambition). Aux personnes qui me téléphonent, en quête d’un écrivain public, je suis contrainte d’annoncer : « je n’ai plus de place mais je peux vous donner le numéro de mon confrère Monsieur Machin » Mes interlocuteurs sont stupéfaits. Qui peut imaginer qu’un écrivain public soit débordé ? Personne et à juste titre. Mais voilà, je ne fais plus que des rédactions web, à l’exception des biographies toutefois, car je ne peux me résoudre à refuser une mission aussi intéressante. Et ok, quand un monsieur pleurniche au bout du fil, je finis par accepter d’écrire sa lettre. En fait, pour ne pas avoir à lui dire non, j’ai tendance à ne plus décrocher mon téléphone, lâchement. Je me sens honteuse quand je refuse d’aider quelqu’un.

Bref, je ne vais pas me plaindre d’avoir du boulot et de réussir à faire fonctionner mon entreprise au-delà de mes espérances. J’aimerais seulement être un peu plus efficace, juste assez pour ne pas avoir sans cesse l’impression d’être à la limite de… je ne sais quoi. En gros, je me sens trop souvent lancée dans une pente raide et incapable de faire face à un obstacle s’il advenait. Je voudrais aussi ne pas laisser mes projets s’empoussiérer, écrire les textes auxquels je pense sous la douche, ne plus passer un dimanche après-midi à bosser pendant que mon fils et mon compagnon jouent ensemble au-dessus du plafond de mon bureau, etc. Cela dit, cet inconfort m’a aussi poussé à mieux réorganiser ma vie.

Je ne sais plus quand ça a commencé… C’était quelques jours ou quelques semaines avant le passage à l’heure d’hiver donc surement en octobre. Un soir, j’ai accompli une série d’actions : remplir mon sac de sport (serviette de toilette, gel douche, etc.), poser mes vêtements de sport à côté de mon lit, coiffer puis tresser mes cheveux et mettre un second réveil à 6 heures du matin (l’autre était sur 7h30, l’heure à laquelle mon compagnon se lève pour se préparer et s’occuper du minot avant de le déposer à l’école puis de rejoindre son bureau). Et je me suis glissée dans mon lit avec un roman. J’ai éteint la lumière à 22 heures.

Je n’ai quasiment pas dormi de la nuit, habituée que j’étais à me coucher entre minuit et trois heures du matin. Néanmoins, j’ai enfilé les fringues posées à côté de mon lit, mis mon sac sur l’épaule et rejoint ma salle de sport. Et puis j’ai continué les jours suivants. Au bout d’environ deux mois, je me suis endormie naturellement vers 22 heures et je me suis réveillée avant la sonnerie du réveil de 6 heures. Mon corps s’était habitué, l’engrenage était lancé. Pour ne pas me blesser, améliorer mes performances sportives, et être efficace professionnellement, j’ai aussi arrêté totalement de boire de l’alcool en semaine et limité ma consommation de clopes à 6 cigarettes par jour au maximum. En semaine hein, parce que le week-end, je me suis fréquemment couchée à 2 heures du matin en ayant abusé de l’alcool et de la clope… Quoique de moins en moins. Présentement, je me maintiens à un maximum de 10 cigarettes par jour le week-end, plutôt 4 en semaine et je sirote les alcools si lentement qu’au bout du compte, je n’exagère presque plus. Petit à petit je m’assagis, et je prends goût au plaisir de se sentir en forme. Je vieillis quoi, mais plutôt bien je crois.

Désormais, je ne peux plus me passer de ce lever aux aurores. Je pars sous le chant des oiseaux, quand la boulangerie à côté de chez moi s’allume mais qu’il n’y a pas encore les effluves des viennoiseries. Je vois les camions poubelle et, parfois, les balayeurs de trottoirs. Ma rue est beaucoup trop éclairée, impossible de distinguer des étoiles dans le ciel. Néanmoins, il y a une atmosphère indéfinissable mais agréable au petit matin, même gris. C’est encore mieux à la sortie de la salle de sport, après ma douche, parce que je suis un peu irréelle. En état de légère hypoglycémie et fatiguée par ma séance, la peau irradiant encore de la chaleur de l’effort sous l’air frais matinal, je suis extérieure à moi et je perçois avec plus d’acuité ce qui m’entoure. Cette atmosphère crée un cocon de bien-être auquel s’ajoutent la perspective d’embrasser mon fils avant l’école et la hâte de déguster un bon petit déjeuner. Je pense que je ne pourrai plus jamais me résoudre à me lever après 6 heures du matin en semaine.

Le seul moment difficile, c’est au réveil, quand je dois exposer ma peau nue au froid pour enfiler cette brassière de sport qui me compresse la poitrine. En plus, le reste du temps, je ne mets plus de soutif. Je ne vois pas à quoi ça sert de soutenir ma poitrine (de petite fille qui plus est, ce n’est qu’un petit 85b) quand mon activité principale consiste à rester assise devant un bureau.

Par ailleurs, après quelques mois, la conséquence évidente est que j’ai beaucoup maigri, même sans rien changer à mon alimentation. La semaine dernière, mon médecin m’a dit : « bon, il faut vraiment arrêter de perdre du poids maintenant, car vous n’étiez déjà pas bien épaisse ». Mais je mange de bon appétit et sans me priver. Pour consommer une raclette ou une tartiflette, je suis toujours bien motivée, pas de problème. Je ne vais quand même pas arrêter le sport pour grossir !? Alors j’ai essayé de résoudre le problème en augmentant les séances de renforcement musculaire. Expérience en cours.

Soulignons toutefois un paradoxe évident : la dernière fois que j’ai eu un corps aussi mince et ferme, j’avais 20 ans et j’étais au summum de ma fertilité ; Maintenant, je suis ménopausée précoce. Est-ce que je me sens moins fââââmmme pour autant ? Vraiment pas. D’ailleurs, on en fait toute une histoire et tout un tabou de la ménopause. Alors clairement, les bouffées de chaleur nocturnes, oui c’est super pénible. Vraiment, c’est très désagréable. Mais à part ça ? Je n’ai rien constaté et mon compagnon non plus. À l’heure actuelle, c’est fini, je n’ai plus aucun symptôme de dérèglement hormonal. Je me sens en pleine forme sauf que je ne saigne plus tous les mois… Eh, c’est plutôt cool, entre nous. Si je compare ma ménopause à ma puberté, être ménopausée c’est beaucoup mieux. Et même que ça ne s’accompagne pas d’acné (enfin chez moi) ! En prime, je peux faire l’amour sans me préoccuper de contraception. De quoi pourrais-je me plaindre ?

J’ai mon enfant adoré, mon petit bonhomme, et choisir de le créer a été l’une des meilleures décisions prises dans ma vie. Qu’il soit fils unique me convient tout à fait. À propos de mon minot, son instituteur nous a convoqués plusieurs fois cette année. Il nous a affirmé que notre gamin était surdoué, qu’il apprenait tout intuitivement et que ça expliquait ses difficultés à être sage en classe, etc. Moi, j’ai pensé que décidément, c’était une forme de virus très contagieux en ce moment. Parmi mes amis, six se sont fait diagnostiquer comme précoce/asperger/surdoués selon les individus. Parmi les enfants de mes amis, je ne vois aussi que des surdoués. Le niveau baisse paraît-il mais comme par hasard, mon gosse est précoce et tous les enfants de mes amis le sont aussi ? N’est-ce pas étrange ? En attendant, c’est vrai que le petit s’avère plus malin et moins demeuré qu’il peut en avoir l’air. Néanmoins, on doute toujours un peu, son père et moi, de sa précocité. Et si tous les enfants un peu originaux étaient taxés de surdoués ? La seule chose dont nous sommes certains, c’est qu’il n’est pas dans la norme. Mais en même temps, avec les parents qu’il a, peuchère, c’était assez mal barré.

Ce n’est un problème qu’à partir du moment où ça le rend malheureux. Hélas, c’est souvent le cas. Il se rêve en chef de groupe, accueillant des copains à la maison tous les week-ends, etc., quand personne n’a envie de le rejoindre un samedi après-midi. Même au parc, les autres gosses le snobent, sauf les plus âgés. Avec ces derniers, oui, il s’entend bien. Et pourtant, il est très « bébé » et immature dans nombre de ses comportements (enfin, entendons-nous, il est enfantin comme peut l’être n’importe quel gamin de 6 ans). Mais il plaît aux plus grands parce qu’il invente des jeux assez sophistiqués. Il le fait aussi à la maison.

Récemment, à partir de kaplas, de billes et de bouts de papier, il a inventé un vrai jeu de société très complexe. J’ai même pensé que si j’en avais eu le temps et le courage, il y avait de quoi commercialiser le jeu pour le plaisir de nombreux enfants. Malheureusement, j’étais trop préoccupée par mes activités professionnelles pour trouver le temps de me renseigner. Je suis trop débordée et sur feu vif en général. J’aimerais faire en sorte que le niveau de liquide baisse dans mon quotidien, ou que la pression diminue, cesser d’être une casserole que l’on remplit alors qu’elle est loin d’être vide. Remarque, peut-être est-ce mieux qu’être une quiche. Bref, je m’égare et je ne sais plus comment conclure. Voici une entracte musicale en attendant.

Ah si. Je voulais participer au défi lecture 2018 de Dame Ambre. L’un des livres que j’ai lu récemment rentre dans les défis 12 (moins de 100 pages), 33 (publié en 2018), 43 (aucune image sur la couverture) et 54 (l’histoire se déroule en France). Il s’agit de « Tombée des nues » de Violaine Bérot. C’est un tout petit roman, sans majuscule et avec très peu de points. L’absence de majuscule est cohérente car le livre peut se lire dans plusieurs sens. C’est un bouquin émouvant dont le sujet est le déni de grossesse. Que se passe-t-il dans la tête de la mère ? Comment réagit le père, lui qui ne voulait pas d’enfant ? Et les parents du couple ? Et le village tout entier ? L’amour maternel n’est-il pas inné et animal ? Violaine Bérot donne des pistes pour comprendre les comportements des uns et des autres mais sans rien affirmer, sans juger les actes de ses personnages. Son style épouse les pensées des protagonistes, de la maman perdue à la sage-femme, des grands-parents stupéfaits à l’institutrice d’abord antipathique, mais en fait traumatisée par un ancien élève maltraité. Dans le même temps, il est aussi question de solidarité, mais sans verser dans l’excès de bons sentiments.

Bref, je suis ressortie de cette lecture avec l’impression de m’être enrichie humainement. Je vous le recommande donc. Par ailleurs, je l’ai lu dans le sens « normal », page après page, en suivant la chronologie des événements. J’aimerais beaucoup savoir si la lecture en suivant les numéros, en s’attardant sur les ressentis de chaque personnage apprenant la nouvelle, est plus intéressante ou non. Malheureusement, connaissant déjà l’histoire, je ne peux plus faire ce test. Si vous décidez de le lire dans un ordre différent, je serais curieuse d’avoir vos impressions. Sur ce, j’ai plusieurs rédactions web à rédiger mais j’espère repasser par-là dans moins de 10 mois.

* Pas d’idée de titre, alors une phrase d’un livre pris au hasard : « Voleurs » de Christopher Cook, édition Payot et & Rivages, Rivages/noir, 2017, page 548.

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