Archives mensuelles : janvier 2004

agenda suicide

“Vous remplacerez Mme M qui s’absente pendant un mois, je vais vous faire un nouveau contrat.” Je voulais une semaine sans eux, c’est tout. Mais ça va continuer… salle de repos morbide couleur hôpital – biiip “article non trouvé” – clients affolés, trop pressés – alternance de compliments et d’insultes plus ou moins dissimulées – conversations passionnantes sur le temps – climatisation pour alimenter mes infections grippales – commencer et terminer la journée exactement au même endroit, avec les mêmes personnes et le même fond sonore, baignant dans la même lumière – …- Elle dit “au moins t’as de l’argent, c’est la première fois que tu restes pendant 4 mois sans découvert bancaire”. Sauf que je n’ai ni le temps, ni même l’envie de le dépenser. C’est paradoxal, il s’avère que je ne jette l’argent que lorsque je n’en ai pas. Douche brûlante, je presse le jet contre ma gorge très douloureuse, respiration coupée, c’est presque agréable, c’est agréable, j’imagine que je m’étrangle. Il se passe des trucs bizarres dans mon corps. Il y a cet oeil rouge, pas douloureux, juste rouge sanguinolent. Tout a l’air si fragile, facile à taillader, couper, arracher. Une phrase stupide “je pars par petits morceaux” prononcé par un homme, dans ma tête, elle doit provenir d’un film, ou d’un livre. Ils sont de plus en plus nombreux à penser qu’il y a de la somatisation dans tout ça. Je bois du thé trop chaud, ça anesthésie, un peu. Simulacre de contrôle. Parce qu’il y a des horaires, des obligations, des règles, je peux me permettre de ne plus avoir le temps. Avant c’était différent, faire la larve toute la journée, pour mieux culpabiliser le soir : “j’ai rien fait alors que j’avais tout le temps de bosser”. Maintenant, ce n’est pas ma faute, c’est celle du Monoprix. L’objectif, c’était d’être indépendante et de se créer un rythme de vie. D’une certaine façon, ça fonctionne. Tant que je flotte parmi les contraintes, tout ne va pas si mal, je fonctionne machinalement… Jusqu’au moment où je me connecte à la réalité, c’est un peu comme un décollage en avion, haut le coeur et nausée. Parce qu’en bas c’est dangereux – je suis passive finalement – je ne sais même pas ce qui contrôle ma routine. Elle ose me dire que, maintenant, je suis autonome.

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La solitude vous irait mieux au teint

Il dit “viens me faire un bisou” en l’embrassant, “déboutonne ma braguette, je suis sure que t’as envie de moi”. Non. Quant à elle, c’est une amie trop proche, ce serait presque incestueux. Il faut aller jusqu’à l’agressivité pour le repousser. Un plan à trois avec vous deux, cette nuit, serait trop glauque. Ils ne vont quand même pas baiser devant moi sur le canapé maintenant ? Je veux bien tenir la chandelle, mais être voyeuse ce n’est pas mon truc. Ils vont dans la pièce à côté, ma chambre. Malgré ce merveilleux mélange de MDMA et de speed, mon euphorie est légèrement atteinte. Seule dans les 20 m² restants, je cherche à m’occuper comme si la situation était banale. Quelque part, c’est drôle tout de même. Je fixe les emmêlements de fils électriques qui ne connectent à rien (de concret) et les volutes de fumée qui disparaissent avant d’atteindre le plafond.
Elle dit “je ne t’ai pas choquée ?” Oh non, aucune crainte à avoir de ce côté là, mais gênée, certainement. Silence. Il trouve une raison de s’en aller. Elle me propose un stilnox pour arrêter la montée et dormir. Elle dit “tu ne vas pas pleurer ?” Haha, la crainte qu’ils ont tous, quand Junko pleure, impossible de savoir quand elle va s’arrêter. “Non, j’ai pas de raison de pleurer, puis de toute façon j’en suis incapable quand je suis défoncée.” J’ai seulement l’impression d’avoir annéanti la soirée et je suis étonnée de mon refus, aussi. D’habitude, dans cet état, je participe toujours à tout, c’est le lendemain qu’il m’arrive de regretter. Prochaine étape : ne pas prendre une drogue juste parce que l’occasion se présente, alors que je suis malade à crever et que je dois bosser le lendemain.
“Je ne comprends pas, ce n’est pas normal une grippe qui dure 15 jours, on dirait une rechute avant la guérison. Vous les prenez vos médicaments ?”, demande le médecin. Ne cherchez pas, je suis juste très conne. Finalement, tout se résume à cette constatation récurrente : je me sens conne.
Vider les bouteilles et les cendriers en chantonnant “who do you think you are”, avant de s’absorber dans la couverture de L’histoire politique de la religion, en espérant que le savoir va miraculeusement s’imbiber en moi… Surtout ne plus penser au fait que, dans toutes les situations, il y a toujours Eux d’un côté et Moi de l’autre.

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