Archives mensuelles : novembre 2016

En l’attendant dans le vent, jusqu’à la venue de la pluie*

Le vent soufflait à 100 km/h ce matin. De l’entrée de l’immeuble à la porte de l’école, l’enfant a marché en zigzaguant, pour rester sur un chemin orangé, craquant et bruissant.

Au premier croisement, il m’a demandé :
– Dis, ça fait quoi si on se retrouve dans une rue de dessin animé ou dans une maison de livre qui existe dans la réalité, exactement comme dans le dessin animé ou dans le livre ? Qu’est-ce qu’on doit faire ?
– Je ne sais pas, ça ne m’est jamais arrivé.
– Moi, ça m’arrivera.
– Tu me raconteras comment c’est ?
– Peut-être, si tu es sage maman.

Ensuite, sans me tenir la main, il a accroché le bout de ses doigts dans les miens comme pour excuser son irrésistible impertinence.

Dans la classe, après l’au-revoir, il a fait quelques pas vers moi et il semblait sur le point de dire quelque chose. J’ai perçu l’existence des mots qu’il hésitait à souffler mais il s’est tu et m’a tourné le dos.

Le temps d’une interruption sur mon trajet, j’ai ressenti un mélange de compassion et d’amusement face au patron du Tabac. Avec tous ces nouveaux paquets noirs, il était paumé, obligé de lire les mentions en tout petit pour retrouver mes clopes autrefois vertes. J’ai plaisanté sur le fait que cette mesure emmerdait les buralistes sans avoir des masses de conséquences pour les fumeurs et il a acquiescé en soupirant.

Au retour, j’ai travaillé, trop peu. J’ai fini 2 rédactions sur 4 et je n’ai pas commencé la correction du roman. Je la repousse parce qu’il y a des problèmes stylistiques or j’ai toujours peur de toucher au style des auteurs. Je ne veux pas, malgré moi, le dénaturer, imposer le mien si tant est que j’en ai un. Je commencerai ce soir, quand le petit sera couché, ai-je sincèrement pensé.

Après les bulles du bain et les dessins dans la buée de la vitre, la soupe de légumes à base de poireaux et de carottes, le jeu de Mikado (sa grande passion du moment), le dentifrice rose, cette histoire triste aux illustrations sublimes, la couette bordée et le câlin, l’enfant m’a ordonné : « je veux que tu restes travailler dans ton bureau ! » (Cette pièce est proche de sa chambre, c’est sans doute rassurant). Et comme tous les soirs, j’ai expliqué doucement que c’était à moi de décider.

J’ai tiré la porte sans la fermer. Au même instant, j’ai reçu un sms de mon amoureux. 50 minutes de retard de train à Paris, j’ai loupé le Lyon-Sainté, le suivant a déjà 20 minutes de retard. Je ne rentrerai sans doute pas avant 1 heure du matin. C’est alors que j’ai abandonné l’idée de travailler cette nuit, alors que le contexte s’y prêtait encore mieux qu’auparavant.

J’ai ouvert la fenêtre de la salle à manger pour refroidir ma tisane et expirer de la fumée. Le vent était tombé, remplacé par la pluie. Demain, les feuilles mortes mouillées seront spongieuses et glissantes sous les pieds du gamin. Si son père finit par rentrer d’ici là, il l’amènera à l’école pendant que je rejoindrai mon bureau pour rattraper la soirée perdue, au lever du jour.

(Je ne suis pas fan de cette chanson mais je trouve qu’elle s’accorde très bien au texte. « Every monday night waits For a tuesday morning When you turn off the light It doesnt mean that you’re gone Do you think silouettes are more real than shadows Once I stept on your shadow And there was no doubt… »)

* Cet article a été écrit lundi 21 novembre 2016 vers 22 heures mais lasse de voir ma freebox faire des serpentins vert-fluo sans trouver l’heure, je suis allée voir L’autre qu’on adorait dans mon lit, sans le poster.

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Six Feet Under et le Slimelight, flashback

Je regardais « Six Feet Under », série que je n’avais jamais vue auparavant. C’est un peu bizarre puisque je suis née dans les années 80 mais ce serait trop long d’expliquer pourquoi et ce n’est pas le sujet.

Je ne sais plus à quelle saison nous en étions car quand tu n’attends pas plusieurs mois pour voir les épisodes suivants, quand tu les enchaînes, tu perds le fil facilement. En tout cas, comme d’habitude, la première scène montrait la mort de quelqu’un.

Ce quelqu’un, c’était une blonde assez jeune, une actrice débutante qui jouait dans un film genre teen movie horrifique, projeté aux journalistes. On la voit aller sans arrêt aux toilettes, sniffer de la cocaïne, puis mourir d’une overdose.

J’ai pensé à moi 16 ans plus tôt en la voyant. J’étais également blonde à cette époque et je n’étais pas actrice. Je me suis revue à Londres, lors d’un New Year’s Eve, assise sur les chiottes comme elle, défoncée et consciente de l’être.

Je me rappelle m’être dit que certains graffitis étaient les mêmes partout, le cœur fléché avec les prénoms autour se retrouve dans toutes les boîtes de nuit, d’Aix-en-Provence à Londres.

Je me souviens avoir songé que je n’avais jamais dessiné de cœur sur un mur ou dans du bois. Parfois je laissais des traces, notamment sur mes bureaux d’écolière, mais c’était pour graver des paroles de chansons.

J’étais vautrée sur ces chiottes et je savais que je n’allais pas bien du tout. Mon cœur battait trop vite, je transpirais et tout mon corps tremblait. J’ai même hésité à écrire un message à mes parents pour m’excuser de mourir, de les faire souffrir. En ce temps là, je restais en vie essentiellement pour eux.

Et puis, dans la foulée, j’ai vomi les 7 cachets d’ecstasy que j’avais pris.

Je suis ressortie des toilettes et je n’ai pas repris de drogue ensuite, du moins au cours de la nuit. J’ai rejoint mes amis. Le DJ diffusait « Eclipse » de Kirlian Camera et on s’est tous pris la main, c’était bien.

La fille, dans la série, n’a pas l’air consciente de grand chose. Elle ne voit pas sa mort venir. Pour ma part, si l’ecstasy était ma drogue préférée, c’est notamment parce que je restais lucide. Même lorsque je me déversais en déclarations amoureuses autour de moi, je savais très bien que c’était l’une des conséquences de la drogue et à dire vrai, je profitais de cette excuse. Rien à voir avec l’alcool (…). Bref.

En voyant cet épisode, je me suis souvenue de toutes les fois où j’avais joué ma vie à la roulette russe. Je n’ai jamais tenu d’arme mais il y en a eu beaucoup, malgré tout. Et j’ai ressenti une putain de reconnaissance vis à vis du hasard, pour m’avoir maintenue en vie, m’avoir donné la chance de connaître mon compagnon et m’avoir permis de donner naissance à mon fils.

Dis-je en ouvrant une canette de bière et en m’allumant une clope. Car, malheureusement, la vie sans béquilles, même à 36 ans, je reste incapable de la supporter. Oui c’est con, je le sais, mais je n’arrive pas à agir autrement, à changer tout à fait, à devenir vraiment adulte. Je réussis à être responsable d’autrui mais pas de moi, non. Toujours pas.

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