Archives mensuelles : novembre 2007

Post-it [Et puis mon coeur dans son appartement]

J’attends, dans le petit couloir, assise sur les marches poussiéreuses. La lumière s’est éteinte et j’en ai assez de me lever pour la rallumer. De toute façon, les lampadaires de la rue, à travers les vitres sales couvertes des filaments d’une toile d’araignée, m’éclairent suffisamment. Je me sens soudainement prise d’affection pour cet immeuble bruyant et vétuste. J’appuie sur la sonnette pour la troisième fois, puis commence à m’angoisser, comme si j’avais quelque chose à me reprocher… Je me dis qu’il a appris une nouvelle à cause de laquelle il ne m’ouvrira pas sa porte ce soir… Cette crainte est absurde car il sait déjà tout, et ne m’en aime que davantage, mais je ne m’explique pas ce paradoxe. Quand le bruit du verrou retentit enfin, je suis simplement heureuse de savoir que cette porte s’ouvre pour moi, encore une fois. Ce vestibule m’attendrit, comme lorsque je rentre chez moi après une longue absence. D’une certaine manière, je suis hantée par ces murs fissurés, ces éclairages aléatoires, ce parquet grinçant… Ma peur de ne plus pouvoir pénétrer dans cet appartement m’a révélé mon attachement envers son propriétaire.

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Je ne fais que passer

Mes phrases se retrécissent et se terminent en points de suspension. J’avais la tête baissée sous la pluie quand le goudron s’est brutalement éclairé… Sans transition, l’irruption du clair dans l’obscur n’en était que plus belle. J’ai lu machinalement la pancarte d’un bar, qui annonçait fièrement “ici : cassoulet, whisky, ping pong”… J’aime ces détails saugrenus qui accrochent mon regard, ils me sortent de ma rêverie tout en me surprenant. Je plie, déplie, replie les futurs possibles au gré des de mes envies, au fond je ne souhaite que de l’imaginaire pour l’instant, peut-être. Les gens, parfois, n’ont rien de vivant en dehors de leur corps, celui qu’ils auront aussi à l’état de cadavre. C’est ce que je me disais face à cet homme raide et droit au regard lointain… En dépit du roulement du métro et des freinages, aucun tressaillement n’était visible, même ses cils ne battaient pas. J’ai pensé à ma mère qui remue sans cesse, et je l’ai trouvé rassurante dans sa nervosité, ses toussotements, ce surplus physique de vie en elle. Tous les vendredi, ce couple attend à mes côtés. Pendant dix à quinze minutes, ils sont séparés par une trentaine de centimètres et, sans se dire un mot, tels des étrangers, chacun fume sa cigarette. Dés que le bus apparaît sur la route, à la sortie d’un virage, ils se jettent l’un sur l’autre en s’embrassant férocement, au point de faire attendre le conducteur. Le phénomène, malgré sa répétition hebdomadaire, continue de me surprendre… Est-ce qu’ils ne se désirent qu’avant de se quitter ?

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