Archives mensuelles : mai 2006

où il est question d’un médecin, d’un mélomane, d’une Barbie, de poulets, et d’un train fantôme aussi

La note précédente n’avait rien à faire ici, ce n’était qu’une lettre, de celles qui ne sont jamais postées. J’écris afin de la voir s’éloigner de mon champs de vision parce que je ne me résous pas à la supprimer. C’est bête. Je laisse le tiroir entrouvert au cas où, comme à l’époque où je laissais des choses compromettantes dans ma chambre de gamine plus ou moins malgré moi… Alors je fais un post de remplissage, un peu creux à l’intérieur et ficelé à la hâte avec des bribes de journées.

Mon médecin m’interroge :
- vous êtes artiste vous, c’est ça ?
- Artiste ?
- Oui, votre métier…
- Bibliothécaire
- C’est bien ce que je dis, artiste. (Affirme-t-elle avec une conviction désarmante).

Un jeune homme avec une canette de Kro dans les mains me lance “je peux écouter ta musique ?” sur un ton suppliant. Je lui prête le casque de mon baladeur quelques minutes. “C’est chouette !”, s’exclame-t-il. Quand je le laisse, il dit “merci de m’avoir parlé, tout le monde refuse de me parler”.
En réalité je n’ai pas prononcé un seul mot.

Poupée Barbie m’explique : “en une heure, j’ai réussi à acheter des vêtements, du maquillage, et des bijoux et à manger un sandwich malgré tout ! C’était un vrai défi, je suis fière de moi !” Je lui réponds : “Bravo ! c’est très bien, il faut toujours se lancer des défis importants dans la vie.” Sur un ton suspicieux : “tu ne serais pas en train de te moquer de moi Junko ?”

Ce week-end, je me ballade dans la région qui m’a vu naître. Epines de pins – mer agitée – ciel bleu – mistral. Je déteste toujours autant la Côte d’Azur… J’y ai mes racines pourtant paraît-il, mais je suis incapable de me poser sur ce sol desséché. J’observe avec dégoût toutes ces blondasses caramélisées huilées : des poulets rôtis posé sur des serviette de plage, les membres imbibés d’une marinade ruisselante et les cuisses écartées sur le sable. Cet étalage de viande flasque et trop cuite m’écœure.
Cependant maman a rendu son verdict “c’est le gendre idéal”. Maman qui se colle maladroitement contre moi, en essayant de me faire rester à ses côtés toujours plus longtemps. Papa est un peu désorienté par le “gendre idéal”, il ne retrouve plus sa petite fille.
Tout ceci est amusant, mi-joyeux mi-triste.

Aujourd’hui, j’étais toute étonnée de me retrouver déjà devant chez moi. Je ne me souvenais pas d’avoir fait le trajet. Il y a des périodes comme ça. Dans les films d’horreur, je détourne parfois la tête juste avant de voir l’image dégueulasse, celle qui s’imprimera dans ma rétine et dans mon esprit surtout. Quand j’étais petite déjà, je fermais les yeux dans le train fantôme…
Je suis professionnelle dans l’art de m’échapper du présent, avec de la musique, avec de l’imaginaire, et aussi avec du vide… quand je décide d’avoir une “vision sélective”. Mais allez, pour le moment, je lis de bons livres, j’écoute de jolies musiques et dans 3 mois je m’envole dans le Connemara avec mon amoureux, alors… (je n’essairai pas d’aller voir ce qui se dissimule dans l’envers du décors)
Comme dit l’autre : We all float on alright !

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écrabouillées les amours-amitiés

Parfois, quand on se dispute, j’ai l’impression d’expliquer que la terre est carrée à quelqu’un qui prétendrait qu’elle est rectangulaire, comme si on se plaisait à ignorer tous deux qu’elle est ronde…
[Le Monsieur dit : ‘Pour accueillir l’autre, avec ses valeurs, sa culture, ses croyances, ses opinions, je dois d’abord me débarrasser entièrement de mon monde à moi. Sinon je ne pourrais jamais avoir accès à son monde à lui. Mais ça nécessite d’avoir une énorme confiance en l’autre. C’est cela l’amour”.] Je gribouille des gros ronds noirs sur le quadrillage bleu et blanc, je les remplis méthodiquement en commençant par le contour, avec des gestes lents et insistants pour annéantir toute trace de blanc. Quand mon stylo commence à transpercer la feuille en crissant, je remarque un silence inattendu tout autour… Je croise leurs regards stupéfaits. Continuez à parler d’amour et de confiance en l’autre, ne vous inquiétez pas pour moi, même si cette conversation me stresse je l’avoue.
Les barreaux se sont desserrés, je pourrais me faufiler sans difficulté. Pourquoi est-ce que je n’ai pas envie de m’échapper ? Pourquoi est-ce que je recrée des grilles sans cesse ? (Parce que) j’ai été heureuse avec toi ; j’ai été malheureuse avec toi ; je suis malheureuse sans toi.
C’est une histoire qui s’intitule “Construction-Déconstruction”. A chaque fois que ça commence à prendre forme tout s’écroule. Alors on reconstruit. Mais à chaque effondrement quelques morceaux disparaissent. Maintenant il ne reste plus grand chose de ce qui était : un fragment… Les bribes d’un rêve, pareilles à ces matin où je me réveille avec des images floues plein la tête mais aucun fil conducteur à l’intérieur. Un mirage dans un désert. Je le suis à l’aveuglette, je m’accroche en dépit des bourrasques. Tu trouves ça beau, dis-tu ? Tu as tort. La beauté je la vois dans le contact de nos corps, le mélange de nos voix, les situations délirantes, les souvenirs abracadabrants et surtout toutes ces émotions jamais ressenties auparavant. Mais dans mon acharnement à y croire encore et encore, il n’y a pas de beauté. Seulement un instinct de survie, peut-être…
Je m’engage prudemment sur une nouvelle voie – la seule issue qui n’ait pas été empruntée – juste au cas où ce joli reflet là bas existerait réellement. Mais s’il s’agit encore d’une impasse, si tous mes espoirs dégringolent de nouveau, alors je renoncerai irrémédiablement. Je noircirais le trompe l’œil et je déchirerai mes rêves déjà moribonds.
Avec le temps les débris s’envoleront. Je soufflerais fort dessus jusqu’à ce qu’il partent loin, très loin.
Un jour peut-être, nous serons pleinement heureux ensemble.
Ou un jour peut-être, je serais pleinement heureuse sans toi.

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