Archives mensuelles : juin 2005

Don’t worry we’ll float on anyway

Comment dire à quel point je me sens bien ?

* “remboursement en votre faveur » sur mon compte. Je me faisais arnaquer de 40 euros tous les mois depuis 10 mois sans le savoir et je reçois 400 euros en une seule fois. Donc : je vais pouvoir procéder au changement de look envisagé depuis quelques semaines, aller au concert donné par une amie samedi soir, prendre mon billet pour Beniccassim, etc.

* Ma responsable de stage m’apprécie, alors elle me présente à ses relations. Sans même le vouloir je me crée un réseau de gens utiles pour l’avenir. J’ai cette impression inédite d’être regardée avec une infinie bienveillance, comme s’ils désiraient tous agir en ma faveur, comme si c’était complètement naturel, surtout.

* Les fuites d’eau qui me gênaient depuis des mois ont finalement été réparées en quelques malheureuses heures. Tout est rangé et propre, il n’y a plus les ombres inquiétantes d’objets désordonnés. La nuit, les rayons de lumière se reflétant sur le sol le font paraître d’autant plus clair et brillant.

* Je n’ai même pas hâte que mon stage se termine. Il y a une bonne ambiance et, surtout, maintenant que je me suis habituée, la fatigue de fin de journée ne se fait sentir que pendant la demi-heure qui suit ma sortie de l’entreprise. Ensuite, je suis de nouveau capable d’utiliser ma soirée comme j’en ai envie.

* Le soir je lis, je me remets à la guitare, je recommence timidement à dessiner, je rattrape tous mes retards de courrier… Et le week-end j’approfondis de nouvelles amitiés. D’ailleurs je me dois de remercier Immature chérie qui m’a poussé à aller à une soirée pop. Quand je lui ai dit : “j’irais bien mais j’ose pas… Je serais toute seule et je ne connaîtrais personne, je vais être là dans un coin avec mes clopes, et les gens seront tous en groupe de l’autre côté”, elle m’a répondu : “tu y vas, tu prends tes clopes, une bière, tu te mets dans un coin, et on va venir te parler”. Moi, d’une petite voix : “mais… j’ose pas.” Elle ordonne : “Vas-y ! ! !” J’ai obéi et tout s’est exactement passé comme elle l’avait prédit. J’ai pris une énorme revanche sur ma timidité par la même occasion.

* Je me réveille en chantonnant, reposée, et pleine d’énergie. Je découvre à quel point c’est agréable de réussir à dormir la nuit.

* Je ne me dis plus : j’espère que tout ira bien, mais : tout va bien / tout ira bien, parce que je sais enfin ce que je vais faire à la rentrée. J’ignore si ça correspondra à ce dont j’ai réellement envie, mais je suis confiante. Je n’ai plus à me frayer un chemin entre les doutes, les incertitudes et les choix à faire.

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Fallait pas l’inviter

Quelqu’un de l’entreprise fait un pot pour fêter son départ à la retraite, à midi. J’essaie de sortir subrepticement et “où tu vas ?” Et bien euh… “Reste ! Tu fais partie de la maison !”. C’est-à-dire que… je ne l’ai jamais vu ce Monsieur, il était en congé maladie depuis mon arrivée, et d’ailleurs il y a plein de têtes que je ne connais pas, et je n’ai pas participé au cadeau, ni au buffet, ni… D’accord, c’est ma maison, c’est mon foyer, c’est ma famille, on me le répète tout le temps. Je dois rester. Je me sens extrêmement mal à l’aise sur ma chaise.

“Alors, qui est cette demoiselle ?”, tout le monde s’empresse de répondre à ma place : “c’est la petite stagiaire, elle est très gentille”, “elle parle pas beaucoup, elle est toute sage”, “elle travaille au lieu de parler, elle est sérieuse”, “qu’est-ce qu’elle fume !”

Il me demande mes études, j’explique.

15 minutes plus tard, un nouveau venu arrive. “Mademoiselle… ?” “c’est la petite stagiaire, elle est très gentille”, etc. Aux phrases de tout à l’heure, Monsieur à la Chemise bleue ajoute : “elle a fait une licence de psycho”. Euh non, une maîtrise de philo en fait et puis un master 2 pro à l’E…

Je m’accroche à ma coupe de champagne. Ils parlent de clients, de rachat, de retraiter avec d’autres sous-clients, de… Je ne comprends pas grand chose, je ne sais pas comment me comporter, alors je bois trop vite. A chaque verre fini, une main me ressert systématiquement. Le Monsieur à la chemise bleue a décidé de s’intéresser à moi, il parle, il parle, il fait trop chaud, les coupes de champagne me montent à la tête, je n’arrive pas à me concentrer. En revanche, je capte sa jambe qui s’entête à se coller contre la mienne. Je me déplace toutes les 5 minutes, sa peau moite gluante me suit systématiquement, ça m’agace. “Alors, vous qui avez fait psycho, vous êtes freudienne ou lacanienne ?”, dit-il les yeux toujours fixés sur mes jambes. J’ai fait philo, pas psycho. C’est la dixième fois que je te le répète, j’ai bien compris que mon anatomie t’intéressait davantage que mes paroles, mais quand même, fais un petit effort. “Tu prendras bien une coupe de rosé ?” C’est-à-dire que, après 6 coupes de champagne, est-ce vraiment une bonne idée ? Trop tard, je suis déjà servie. Je rêve où il vient de poser sa main sur ma jambe ? Je l’enlève fermement. “Tu prendras bien un peu de blanc ?” Bah, puisque vous me servez avant de poser la question…. Il la remet, je l’enlève plus violemment en lui jetant mon regard le plus noir. “Un peu de rouge ?” J’ai la tête qui tourne, et plus grave encore : j’ai envie de parler. Je lutte pour m’en empêcher. Si je parle dans cet état je vais forcément dire une connerie. “ENLEVE TA MAIN DE MA JAMBE GROS CONNARD !” Voilà, je l’ai dit, je l’ai même hurlé.

Silence interloqué de quelques minutes qui paraissent insoutenables, et puis vite, vite, on relance la conversation sur autre chose. Monsieur à la chemise bleue me regarde enfin dans les yeux, avec un regard exorbité et la bouche entrouverte. Je bredouille “je… je…”, mais les excuses ne veulent définitivement pas franchir mes lèvres. Je saisis mes clopes en tremblant, je fais tomber mon briquet trois fois, je trébuche deux fois, et je fuis vers l’endroit où il m’est permis de fumer.

Je tire voluptueusement sur ma roulée, après 2 heures où je crevais d’envie d’en allumer une. Une fille me rejoint et m’explique que ce n’est pas grave, parce que tout le monde déteste Monsieur Chemise Bleue. “Il n’était même pas invité, il est extérieur à la maison, alors que toi tu fais partie de la maison. Lui c’est un concurrent.”

Alors ça aurait pu être plus grave. D’ailleurs, l’après-midi, les gens en reparlent en riant beaucoup. Mais je suppose que la prochaine fois on ne me présentera plus comme “la petite toute sage qui ne parle pas”.

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