Archives mensuelles : juin 2005

coquillage

Sur la route qui mène à l’entreprise où je travaille, je trouve toujours des objets par terre. Souvent, je les ramasse, sans savoir pourquoi, c’est comme un réflexe. La semaine dernière c’était une cassette audio, la semaine précédente un miroir Hello Kitty, aujourd’hui j’ai trouvé une perruque rouge genre “farce et attrapes”. Ils ont toujours l’air neufs, comme posés là. Cette fois-ci j’ai failli vérifier que personne ne me surveillait, tellement ces trucs ont l’air d’attendre mon passage. Dans la salle de pause, mon chef me dit : “c’est pas bien de fumer”, “oui je sais” (pour le savoir je le sais vu le nombre de fois où on me le fait savoir), “tu bois pas ? Tu te drogues pas ? T’as pas tous les vices au moins ?” dit-il sur un ton un peu trop sérieux. Je réponds un “non !” théoriquement rassurant, mais je crois que les quelques secondes d’hésitation qui ont précédé m’ont trahie. Ils commencent à raconter des blagues pas drôles autour de moi, alors j’ouvre mon livre en me demandant pour quelle mystérieuse raison je suis arrivée en avance aujourd’hui. Pendant trois heures, je classe, je classe, je classe, petits fichiers, petits dossiers, sous fichiers… Je me demande si c’est pour ça que je deviens une maniaque du rangement chez moi depuis quelques jours, chose absolument inédite dans ma vie. Ça a commencé quand j’ai classé mes CD par ordre alphabétique, après j’ai fait pareil avec les vinyles, puis les livres, les DVD, et enfin les jeux vidéos… Ensuite j’ai ordonné les étagères de ma salle de bain, genre dentifrice et brosse à dents côte à côte, produits de maquillages classés par genre, etc. Bientôt, je vais mettre des petites étiquettes dessus si ça continue. Enfin, j’espère que quelque chose m’arrêtera avant d’en arriver là. Même si, en ce qui concerne les disques, ça améliore considérablement mon mode de vie. Maintenant je ne risque plus de me laver les cheveux avec le dentifrice, aussi. C’est chouette finalement. Bref, cette note ne ressemble déjà à rien.

A midi 30 précises, je sors dans la chaleur du soleil, après 3 heures 30 passées dans une salle sur-climatisée. Je sais ce qu’il va se passer, j’ai déjà les jambes flageolantes et la sensation d’irréalité. Je dois marcher moins de 10 minutes pour m’acheter à manger, je peux marcher 10 minutes sans m’évanouir, juste 10 minutes, marcher, marcher… tout se brouille, j’ouvre les yeux quand il y a plein de gens entassés autour de moi, avec le pompier qui me donne du sucre en faisant la morale “il faut manger mademoiselle”. Ah bah oui, justement j’y allais figurez-vous. Je dis aux gens “ça m’arrive tout le temps, ça va maintenant” Laissez-moi sortir de ce cercle ! Ensuite je réalise qu’ils sont aussi paniqués parce que j’ai du sang partout en fait. Je redis “je saigne du nez, ça m’arrive tout le temps, c’est pas grave”, même si ce n’est pas tout à fait vrai. J’y avais tout le temps droit quand j’étais ado, mais je ne m’étais plus évanouie en saignant du nez depuis environ 10 ans. J’arrive à m’extirper de la foule, en me disant que les gens sont gentils quand même. Une madame me tend une main remplie de sucres qu’elle a récupéré dans un café voisin. C’est trop mignon.

Quand je rentre, ils disent toujours des blagues, alors je ressors encore mon livre. “Tu lis quoi ?” “Zombies” “c’est de qui ?” “Bret Easton Ellis” “connais pas, ça raconte quoi ?” Euh… Non, ce n’est pas le bon public pour parler de ce type de livre. Je fuis relativement ingénieusement “j’en suis encore qu’au début alors j’en sais pas assez pour raconter.” “Tu lis tout le temps comme ça ?” “Quand je peux oui.” “C’est bizarre”. Bon, j’accepte le verdict sans trouver quoi y ajouter, et je retourne à mes rangements informatiques. En sortant, je trouve un message étrange sur mon répondeur, puisque ça parle de moi à la troisième personne. En fait, c’est une “amie” – les guillemets s’imposent quand même – qui était occupée à me planter des couteaux dans le dos en s’imaginant parler à une tierce personne. A ma grande surprise, j’en ris sur le moment, parce que quand même, il faut être bien bête pour se tromper de numéro dans ce genre de situation. Je réalise que si ça se trouve, elle ne le sait pas encore, mais je n’ai même pas envie d’en discuter avec elle, finalement. Les gens vont et viennent de toute façon. Plutôt que de faire des nœuds sur une corde cassée, mieux vaut s’investir dans les cordes neuves. Je me trouve horrible de penser ça, d’ailleurs le problème c’est que je ne le pense pas, en réalité.

En ouvrant la boîte aux lettres, je découvre que je suis acceptée pour un travail de bibliothécaire à partir du mois d’octobre, dans un lieux lyonnais magnifique avec une rémunération étonnamment conséquente, pour une durée de deux ans, avec évolution vers un CDI ensuite. Je devrais être vraiment contente. Je suis contente. Est-ce que je suis réellement contente ? Je suis forcément contente. J’appelle maman pour lui annoncer la bonne nouvelle. Avant que je ne lui puisse lui dire, j’entends sa voix inquiète qui demande : “ça ne va pas, hein ?” Je me mets à sangloter tout en disant que “si, c’est génial, j’ai trouvé un travail inespéré pour après le stage, alors ça va bien”. Et je lui raconte toutes les raisons pour lesquelles ça va vraiment bien, tout en pleurant. Maman dit : “tu es comme moi, tu es un coquillage”. Je suis tellement interloquée que les larmes s’arrêtent presque instantanément. “Un coquillage ?” “Un coquillage en forme de cône. L’eau c’est les bonnes émotions, la vase c’est les mauvaises. Quand l’eau et la vase ne font que s’infiltrer tout va bien. Et quand il y a trop d’eau, le coquillage étouffe, parce que l’eau ne sait plus ni entrer ni sortir. A ce moment là, le coquillage ne sent plus que la vase. Mais c’est pas grave, il se secoue un peu et tout se vide, il est à nouveau prêt à recevoir les émotions comme il faut. Tu comprends ?” Mis à part que
c’est une métaphore absurde pour une idée très simple, je vois, je crois. “C’était absurde pour te faire sourire. Y a eu trop d’eau ces dernières semaines. Tu dors bien, pendant ce temps le tumulte se sera vidé, et demain tu me diras que tu es vraiment contente”. En fait, ça allait déjà mieux depuis le moment où j’avais eu une vision absurde de moi en coquillage. N’empêche que c’était une journée bizarre.

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week-end

* Je me suis fait une copine de stage, aussi passionnée par les animés et les mangas que je le suis par la musique. Samedi soir agréable, elle me montre Gunm entre autres, et je lui fait connaître des groupes, en cernant petit à petit ce qui est susceptible de lui plaire vraiment. Elle repart chargée de CD, en me laissant 4 coffrets d’animés variés.

* Ballade et pique-nique dans les Dombes. La couleur limpide du lac, les feuilles que je décortique machinalement, les rayons lumineux entre les arbres, les conversations sous forme de murmures… Agréable sensation de s’évaporer légèrement, disséminée dans ces couleurs bleues – jaunes – vertes.

* J’ai rangé tous mes CD par ordre alphabétique, en veillant à ce que chacun retrouve également son propre boîtier. J’ai redécouvert des merveilles oubliées et quelques merdes assez monumentales mais tellement attachantes, aussi. Sentiment de satisfaction en contemplant l’ensemble.

* Le nouvel album de Xiu Xiu sort le 12 juillet. “Preorder ?” Yes of course.

* L, l’une de mes meilleures amies de fac, s’installe à Lyon en septembre si elle est prise à l’ENS pour présenter l’agrégation de philo. Là, si j’en avais les moyens, je serais prête à n’importe quoi pour persuader le jury de prendre son dossier.

* J’ai terminé La Maison des feuilles (Mark. Z. Danielewski). Après quelques longues minutes de réflexion quant au contenu du livre et à la fin sur laquelle il débouche, j’ai eu une sensation d’inachevé, comme s’il fallait le relire encore pour être sure de ne rien laisser passer.

* Je voulais retrouver un passage précis de la Ballade de l’impossible (Murakami Haruki), mais finalement je n’ai pas pu m’empêcher de relire tout le livre, avec autant de plaisir que la première fois.

* J’ai commencé L’imprécateur (René-Victor Pilhes) tout en me demandant si c’est une bonne chose de lire un livre qui critique les entreprises et ses cadres, au moment où j’effectue mon stage dans une entreprise. Derrière il est écrit : “L’auteur nous entraîne dans un cauchemar énorme. Quand on a refermé L’Imprécateur, on ne voit plus du tout de la même manière le monde du travail dans les entreprises occidentales, ni leurs dirigeants”. Or je suis déjà en plein cauchemar bien avant de l’avoir refermé.

* Ce soir, j’irais sans doute voir The taste of tea au cinéma, et je continuerais aussi Zombies (Breat Eston Ellis)

* Décidément, mon stage constitue un énorme avantage par rapport à mes études : je n’ai plus aucun travail à effectuer le week-end. Je crois que, depuis mon installation à Lyon à la fin du mois d’août, je n’avais plus réussi à passer ces deux jours sans être obsédée par tout ce qu’il fallait faire pour la semaine suivante. J’avais presque oublié à quel point c’était réconfortant de pouvoir se divertir sans culpabiliser. Et à quel point j’en ai besoin, aussi.

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