Archives mensuelles : septembre 2004

Dedicated to my dear Violaine (aka Immature)

Quand je suis arrivée à Aix, en première année de philo, j’étais dans la période la plus sombre de ma vie. J’aurais voulu rester en Normandie, vivre avec mon petit ami, et aller à la fac à Rouen, pendant que mes parents resteraient dans le sud. C’était prévu ainsi de longue date, je ne voyais pas mon avenir autrement. Larguée pour une raison jamais élucidée, j’ai été forcée de déménager et de quitter mes amis. J’avais la phobie des déménagements, j’ai été trop souvent ballotée d’un pays à un autre pendant toute mon enfance. Malgré tout, j’idéalisais la vie de l’étudiante (avoir son propre appart et tout ce qui s’ensuit), j’y voyais une plus grande liberté. Assez rapidement, j’ai compris que le seul avantage réel d’un studio de 15 m2 en résidence universitaire c’est la proximité entre le lit, la cuisine et le bureau. Il devient inutile de bouger, on peut tout faire en restant à la même place de la pièce.
La première fois que j’ai vu Violaine / Immature, c’était devant une salle préfabriquée. Nous étions les deux seules à être arrivé 2 heure avant le cours, les deux plus stressées de la classe. Elle était assise sur les marches, son livre de philo à la main. J’ai instantanément remarqué son marque-page : une carte postale de Björk. Sans la connaître, j’avais donc déjà une immense sympathie pour elle. Je me souviens du jour où elle est arrivée avec les cheveux verts, toute la section la regardait en rigolant, moi je trouvais ça génial, avant de savoir que ce n’était pas totalement volontaire. Je n’arrivais pas vraiment à m’approcher d’elle, je l’admirais à distance. Elle me faisait un peu peur je crois, parce que je l’imaginais agressive et intransigeante, tant elle dissimulait sa fragilité derrière un regard noir farouche et une voix forte et décidée. Elle posait des questions aux profs, parfois de véritables provocations, ses connaissances émanaient de chacune de ses interventions, elle ne parlait jamais pour ne rien dire. Elle frappait du poing sur la table lorsque quelqu’un la contredisait. C’est elle qui a fait le premier pas vers moi pour me parler de musique, assez évidemment. Petit à petit, je l’ai découverte, sa personnalité complexe, émouvante, et attachante.
A cette époque, je n’osais pas parler, ni même me montrer. Planquée derrière un jean, des pulls xl et mes docs, je ne m’habillais qu’en gris et en noir, j’essayais d’être le plus invisible possible et je regardais avec admiration les excentricités de Violaine et de Lydia. Très rapidement, Violaine, Lydia, N et moi sommes devenues inséparables au point de donner aux profs, pour les strombinoscopes, une photo d’identité où nous figurions toutes les quatres. Les conflits étaient aussi violents que les moments de complicité étaient extraordinaires. Je n’avais jamais vécu d’amitié aussi fusionnelle auparavant, je n’en ai plus jamais connu par la suite. Violaine et Lydia m’ont permis d’assumer mon goût pour le rouge et les looks excentriques parce qu’avec elles, je n’avais plus peur des regards des autres, tout m’était complètement indifférent, nous étions unies.
Quand Violaine m’a connu, je pleurais 24 heures sur 24, sans exagération, en cours, en dehors des cours, tout le temps. Je me souviens de la première fois où elle m’a offert un repas dans le snack en face de la fac. Au lieu de me demander, comme tous les autres : “pourquoi tu pleures ?”, elle avait été beaucoup plus subtile. Evoquant l’inquiétude que je provoquais et les moments agréables qui existaient malgré tout, elle avait réussi à me consoler, en dépit de ses réguliers : “je suis dépressive, je sais pas consoler les gens”. Elle me prêtait des CD, ceux qui ont vraiment bouleversé ma vie, Belle and Sebastian, Cat Power, les Tindersticks, PJ Harvey et Pulp par exemple, elle m’a fait voir le documentaire Nico Icon, elle m’a donné envie de me remettre à la lecture. Alors que j’étais dans une période alimentaire où je n’avalais plus que du chocolat, j’ai été entraînée dans des soirées au resto et des après-midi dans les salons de thé. Cette amitié m’a tout doucement sorti de la dépression sans même que je m’en rende compte. J’étais soudain fière de ce que j’aimais, j’avais davantage confiance en moi. Je me souviens du jour où, quand je lui ai dit : “en primaire et au collège, quand on me demandait le métier que je voulais exercer, je répondais “écrivain”, mais je ne le dis plus, je sais que je n’ai pas assez de talent”, elle m’a répondu : “moi je le dis toujours. Je serai écrivain.” Sa détermination à réussir, quel que soit le domaine, était incroyablement contagieuse. J’étais du genre “un pas en avant non j’ai peur alors deux pas en arrière”, Violaine était (est toujours) une fonceuse, malgré ses doutes et ses angoisses évidentes. Elle est la reine de l’humour (vraiment très) noir et son sens de la répartie est cinglant. Elle peut blesser cruellement en une seule phrase l’interlocuteur qui aura eu l’audace de lui faire du mal, mais elle arrive aussi, en quelques mots à peine, à faire passer une affection et une tendresse incroyables.
Je l’ai vu évoluer ses dernières années, la douceur a dominé l’agressivité derrière laquelle elle se dissimulait. Elle paraît plus sage mais son grain de folie ne l’a pas quitté pour autant. Plus calme et plus sure d’elle, tout en restant immature et faussement naïve, je suis heureuse de sentir qu’elle va bien maintenant, tellement mieux que lorsque je l’ai connu. Elle l’a mérité car elle en a connu énormément, des moments de désespoirs, pleurant en écoutant “wild is the wind”. Elle fait partie des quelques rares personnes qui m’ont “construite”, autant humainement que culturellement. Voilà, c’est ma réponse à sa note qui m’est dédicacée, je ne t’ai jamais dit à quel point tu m’avais fait progressé, c’est fait désormais. Malgré la distance, notre amitié est restée intacte alors que le reste du groupe s’est plus ou moins disloqué…

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parano et schizophrène

La première fois que j’ai ressenti cette angoisse, c’était le jour où un ami m’avait avoué avoir lu mon blog, en tombant dessus par hasard. Il avait tapé vnv nation et google l’avait amené ici, à cause d’un commentaire d’une ligne sur ce groupe. Ensuite je me suis dit que ce n’était pas très important, parce qu’il me connaissait déjà assez et que ce que j’écrivais n’avait pas dû le surprendre beaucoup. Deux autres personnes de mon entourage sont arrivées sur mon blog, par hasard aussi. Je relativisais : tant qu’il s’agit d’amis, ce n’est pas vraiment importants, ils lisent des choses que je ne leur ai jamais confié, mais j’aurais sans doute pu si l’occasion idéale s’était présenté (dans un climat de confiance). Puis, c’est une caissière du Monoprix qui, le jour de mon départ, m’a dit : “tu n’écrirais pas un journal sur Internet ?”. L’idée que le personnel du Monoprix ait pu suivre, en direct, mes impressions négatives sur le magasin, la façon dont je piquais quelquefois de l’argent pour un café (même si j’ai toujours remboursé et que je sais que tout le monde le fait), ou mon opinion sur la direction, cette idée m’a plutôt déplue. Cette caissière m’était assez sympathique, mais jamais je ne lui ai parlé à part dans le cadre des relations professionnelles. A elle, je ne serais certainement pas allée raconter mes états d’âme. Maintenant je découvre que je peux rencontrer une personne par hasard un soir à Lyon et apprendre le lendemain qu’elle me lit souvent. Réaliser que des individus que je ne connais pas encore puissent avoir autant d’éléments sur ma vie ou sur ma personnalité, c’est un sentiment très désagréable.

Ici, j’amplifie mes sentiments, je romance parfois, parce que c’est avant tout pour le plaisir que j’écris un blog. C’est un endroit qui me sert d’exutoire, j’écris ce qui m’oppresse (les post dépressifs ou larmoyants), ce qui m’étonne (les clients du monoprix, certaines personnes croisées dans la rue), ce qui m’angoisse (mon avenir, mes parents…), bref, ces sensations qui passent sans que je ne puisse les dire à haute voix. Choisir de rencontrer des bloggeurs, qui me laissent des commentaires ou des mails depuis longtemps et que je lis souvent, pourquoi pas. Les quelques fois où l’occasion s’est présentée, j’en garde un bon souvenir. Cependant, découvrir une personne inconnue en étant déjà présente à son esprit sous la forme des mots écrits ici, ça m’est très désagréable. Je ne suis pas certaine que l’image que renvoie ce blog coïncide exactement avec celle que je peux renvoyer dans la réalité. Dans un cas, je ne la contrôle pas, dans l’autre si. Si je peux être aussi impudique sur cet espace virtuel, c’est uniquement parce que je me sens anonyme. Si je commence à penser à chaque rencontre que la personne en face de moi connaît la Junko du blog, je suis plus que gênée. C’est comme de fouiller dans mes affaires ou d’ouvrir mon courrier, il y a des choses qui ne doivent pas être sues avant que je ne l’ai décidé, mon exhibitionnisme a des limites. J’ai certainement été naïve en m’imaginant que la probabilité pour rencontrer par hasard un internaute lecteur de ce blog était vraiment infime. Je me rends compte maintenant que cette situation se répète. Le plus désagréable étant de l’apprendre après coup, au hasard d’un commentaire, ça me laisse une vague impression de trahison.

A un moment donné, j’ai tenté de supprimer les commentaires pour une raison assez proche. Avoir autant de réponses me faisait prendre conscience du fait que j’étais plus lue que je ne l’imaginais, et par ricochet, je me sentais un peu trop visible, ce qui bloquait mon écriture. J’ai finalement décidé de les garder (même si c’était en privé) parce que certains commentaires m’apportent énormément, me font évoluer. Lors d’une note récente, plusieurs personnes m’ont fait des remarques très constructives (et parfois opposées donc d’autant plus enrichissantes) sur l’origine de la confiance en soi ou le rôle que peuvent jouer les parents (ils se reconnaîtront). C’est essentiellement pour ce genre de commentaires que j’ai laissé la possibilité de répondre sur mon blog (même si les compliments sur mes notes ou sur mon style sont toujours agréables et rassurantes).

Petit à petit et à cause des blogs, Junko est devenue particulièrement envahissante. Plusieurs proches se sont mis à m’appeler ainsi (sur ma demande), je signais mes chèques et mes lettres “Junko” et la nuit dans mes rêves, je suis systématiquement Junko. J’ai réalisé qu’il y avait un problème lorsque, récemment, j’ai fait un cauchemar dans lequel plus personne ne me connaissait. Tout le monde me répondait “je ne sais pas qui tu es, je n’ai jamais connu de Junko”. Alors j’appelais mes parents pour leur demander si eux au moins, ils se souvenaient de moi. Ils répondaient : “bien sûr, mais tu ne t’appelles pas Junko, ton nom c’est Cécile”. Finalement, ce rêve prend encore plus de signification dans la situation actuelle.
Je ne veux pas que la Junko du blog soit connue avant la Cécile de la réalité. Il est probable que Junko, telle qu’elle est décrite ici, soit beaucoup plus proche de ce que je suis que la Cécile que tout un chacun peut croiser dans la rue. Mais c’est aussi une sorte de caricature de moi, puisqu’elle n’existe ici que par ce qu’elle éprouve secrètement, sentiments qui sont très largement amplifiés dans mon écriture. C’est un pseudonyme, un personnage caché à l’intérieur, elle ne peut se montrer que si je l’ai décidé, car je n’assume pas tout ce qu’elle est.

Evidemment, je n’ai pas envie de supprimer mon blog, il constitue une dépendance bien implantée dans mon organisme. Il reste deux solutions : écrire différemment (peut-être faire des chroniques de disques ou de films plutôt que de parler de moi), contrôler davantage le contenu de ce blog et le rendre plus impersonnel ; protéger celui-ci par un mot de passe… Je n’ai pas encore décidé. Quoi qu’il en soit, quelque chose aura évolué d’ici la prochaine note.

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