Archives mensuelles : septembre 2004

mise au point

Je lis Leonore de Roman Dirge. En regardant ça..

Je me dis que je fais un peu la même chose. Je déchiquète tout avec une parfaite innocence. Je n’ai pas demandé à ce qu’on souffre pour moi, je n’ai pas voulu de séparations ni de conflits. J’ai la sensation d’être cernée par des reproches visant à me faire culpabiliser : “c’est ta faute si…” Je croyais laisser tout ça derrière moi en quittant cette petite ville bourgeoise, mais ils sont omniprésents dans tous les moyens de communication, suspendus à mon téléphone et à mes mails.

Je repense à ton “quelqu’un qui t’aime ce n’est pas une raison suffisante ?”. Non. Quitte à me prendre des claques, je dois dire orgueilleusement que je n’ai jamais eu de manque de ce ce côté là. De mes parents qui disent ne vivre que pour moi, jusqu’à mes amis proches, en passant par la majorité de mes rencontres, j’ai toujours été entourée d’amour. Trop, peut-être. Comment avoir confiance en soi quand on s’est toujours senti idéalisée ? Comment aimer quand on s’est toujours senti coupable de ne pas répondre suffisamment à l’amour d’autrui ? Je ne suis rien qu’une petite fille gatée qui tente sans cesse de se débarasser de ses chaînes et qui se retrouve systématiquement en laisse. Il y a toujours des ombres partout derrière moi pour m’empêcher de céder joyeusement à mes caprices.

Je veux aller dans la direction que je choisis, sans voir surgir des panneaux d’impasses dés que j’avance. Je n’ai pas besoin de votre inquiétude, ni de vos mises en garde. Si je vais trop en profondeur, je ne veux plus voir vos mains au dessus de ma tête car, au bout du compte, je ne sais plus si vous voulez m’aider ou me noyer. Vous me tiraillez et je me planque pour échapper aux tirs croisés.
-Comment tu fais pour réussir ce stade à la PS2, personne n’y arrive ?
-Bin tu vois, j’attaque, puis je cours à l’autre bout de la pièce pour ne pas affronter le monstre.
-Ah ouais, ça marche en plus !
C’est ma tactique de défense la plus efficace actuellement : la fuite.
Réglez vos comptes sans moi, je ne suis même pas là. Pendant ce temps, laissez-moi reprendre des forces et des points de vie.

(Skinny Puppy)

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caméléons

Je l’ai vu le jour de mon arrivé à Lyon, dans ma rue, un vieux petit homme avec un costume tout gris et un mégot éteint au coin du bec. Il a un chien à côté de lui, un labrador blanc. Il arrive à 9 heures du matin et il repart à 20 heures. De temps en temps il rentre dans l’Irish pub d’en face. Il ne fait pas la manche, il dit seulement bonjour au gens qui passent, en faisant une petite courbette. Il n’allume jamais son mégot, j’en suis sure, je l’ai bien regardé. Il passe ses journées à saluer et à sourire, tout en tapotant affectueusement son chien. La plupart des gens ne répondent pas, je crois bien qu’ils le voient trop tard. Il faut dire qu’il est de la même couleur que le mur auquel il s’appuie. Le premier jour, je lui ai répondu “bonjour”. Le lendemain, il a ajouté :

- “ça va ?
- oui et vous ?
- ça va, merci mademoiselle”.

Le surlendemain, c’était :

-”il ne fait pas très beau aujourd’hui
- non… ça sent l’automne
- exactement mademoiselle”.

Le jour d’après :

- “mon chien vous aime bien, il remue quand vous approchez
- je peux le caresser ?
- bien sûr.

Je joue un peu avec lui et je demande poliment :

- il s’appelle comment ?
- Louis Armstrong”

J’ai souri, puis il m’a souhaité une bonne journée. Au fur et à mesure de la semaine, la conversation s’est progressivement allongée, tout en restant aussi superficielle que celle que peut avoir une caissière avec un client. Mais c’était devenu une sorte d’habitude, le petit homme gris au mégot sous la fenêtre et notre échange verbal lorsque je sortais de chez moi. Et puis hier, il n’était pas là, aujourd’hui non plus. C’est bizarre, c’est anormal, ça m’inquiète. J’espère qu’il ne lui est rien arrivé. J’aimerais bien qu’il soit là demain, avec Louis Armstrong, juste pour me sentir rassurée.

Sur une place aujourd’hui, une femme mangeait une glace à la fraise, assise sur un banc. La couleur de sa glace était la même que celle de son tailleur, le marron de ses chaussures s’accordait parfaitement au cornet ainsi qu’au banc sur lequel elle était assise. A travers son parapluie blanc, la lumière du ciel faisait une jolie auréole sur ses cheveux cendrés. Je ne pensais pas qu’il était possible d’être aussi parfaitement assortie au paysage. Si j’avais été magicienne, j’en aurais fait une statue.

Enfin, je ne peux pas exiger des gens qu’ils prennent racines sur les trottoirs comme des arbres. N’empêche, j’ai hâte de trouver de nouveau le petit homme gris sous ma fenêtre demain matin, lorsque j’ouvrirais mes volets.

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