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Grand guignol

Même les mots n’intensifient plus rien, ils s’évaporent, absorbés dans mes veines malades, ou dans les noeuds de mon estomac. Informations, idées, projets, possibilités, tout se transforme en bouillie régurgitée ; l’absence de volonté élimine toute pensée claire. Impossible de rester droite, trop oppressée, la position foetale devient un réflexe, j’en oublierai presque d’avoir l’air. “Tu te suicides à petit feu depuis des années”, dit-il. Vous ignorez tous pourquoi, je le sais. Vos visages et vos voix me dominent, puis s’éloignent à l’infini – et je m’en fous. “Il y a un foyer infectieux dans votre corps, votre organisme lutte”. Alors j’imagine des globules rouges armés de boucliers, tentant de résister aux différents assauts que je leur inflige, petits personnages au yeux écarquillés et suppliants. J’en arrive à ricaner toute seule : allez-y mes chéris, battez-vous, je finirai par avoir votre peau. Je m’éparpille. Et dire que je ne voulais revenir ici qu’après ma renaissance, laquelle n’a jamais été envisagée. Papa, maman, copain, copine, navrée de vous décevoir mais non, ça ne va pas vraiment bien. Fière et attristée à la fois de découvrir que vous ne vous êtes rendu compte de rien, je constate que vous continuez à fuir maintenant que tout se dévoile… Le pire étant que finalement je m’en fous tout autant que vous.

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agenda suicide

“Vous remplacerez Mme M qui s’absente pendant un mois, je vais vous faire un nouveau contrat.” Je voulais une semaine sans eux, c’est tout. Mais ça va continuer… salle de repos morbide couleur hôpital – biiip “article non trouvé” – clients affolés, trop pressés – alternance de compliments et d’insultes plus ou moins dissimulées – conversations passionnantes sur le temps – climatisation pour alimenter mes infections grippales – commencer et terminer la journée exactement au même endroit, avec les mêmes personnes et le même fond sonore, baignant dans la même lumière – …- Elle dit “au moins t’as de l’argent, c’est la première fois que tu restes pendant 4 mois sans découvert bancaire”. Sauf que je n’ai ni le temps, ni même l’envie de le dépenser. C’est paradoxal, il s’avère que je ne jette l’argent que lorsque je n’en ai pas. Douche brûlante, je presse le jet contre ma gorge très douloureuse, respiration coupée, c’est presque agréable, c’est agréable, j’imagine que je m’étrangle. Il se passe des trucs bizarres dans mon corps. Il y a cet oeil rouge, pas douloureux, juste rouge sanguinolent. Tout a l’air si fragile, facile à taillader, couper, arracher. Une phrase stupide “je pars par petits morceaux” prononcé par un homme, dans ma tête, elle doit provenir d’un film, ou d’un livre. Ils sont de plus en plus nombreux à penser qu’il y a de la somatisation dans tout ça. Je bois du thé trop chaud, ça anesthésie, un peu. Simulacre de contrôle. Parce qu’il y a des horaires, des obligations, des règles, je peux me permettre de ne plus avoir le temps. Avant c’était différent, faire la larve toute la journée, pour mieux culpabiliser le soir : “j’ai rien fait alors que j’avais tout le temps de bosser”. Maintenant, ce n’est pas ma faute, c’est celle du Monoprix. L’objectif, c’était d’être indépendante et de se créer un rythme de vie. D’une certaine façon, ça fonctionne. Tant que je flotte parmi les contraintes, tout ne va pas si mal, je fonctionne machinalement… Jusqu’au moment où je me connecte à la réalité, c’est un peu comme un décollage en avion, haut le coeur et nausée. Parce qu’en bas c’est dangereux – je suis passive finalement – je ne sais même pas ce qui contrôle ma routine. Elle ose me dire que, maintenant, je suis autonome.

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