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Questionnaire (Ou comment poster une note sans avoir besoin de réfléchir)

Attrapez le livre le plus proche, allez à la page 18 et écrivez la 4e ligne :
“Un certain degré de naïveté est une vertu tandis que le cynisme est l’arme des vaincus.”
(L’histoire de ma calvitie de Marek Van der Jaagt, Actes Sud, 2003.)

En fait, je préfèrerais aller à la page 65 et écrire le deuxième paragraphe :
“Depuis que ma puberté appartenait à un passé soigneusement délimité, j’avais compris que je m’étais fait une trop haute opinion de la beauté de mes poèmes et une trop basse opinion de la beauté de mes éjaculations. Les poèmes avaient acquis de plus en plus de qualité, pas encore assez, mais il y avait du progrès, mes éjaculations, elles, s’étaient de plus en plus détériorées. J’avais confondu sperme et émotion, ce qui avait parfois généré de la beauté, mais bien plus souvent des drames.”
(Je trouve que ce paragraphe – de même que ce livre dans son ensemble – est assez génial).

Sans vérifier, quelle heure est-il?
19 h 40

Après vérification?
19 h 55

Avant de répondre à ce questionnaire, que regardiez-vous ?
Trois tablettes de chocolat (noir, au lait, et au riz soufflé) en me demandant dans laquelle j’allais croquer en premier. (Les trois tablettes sont dans une jolie boite métallisée offerte par Muji qui sait m’offrir des cadeaux aussi esthétiques qu’utiles.)

Quel bruit entendez-vous à part celui de l’ordinateur ?
Des pattes félines contre le carrelage puisque Le Chat court derrière des ennemis imaginaires, et puis Piano Magic aussi (mais ce n’est pas du bruit).

Quand êtes vous sorti la dernière fois ? Qu’avez-vous fait ?
Samedi soir, je suis allée au concert de Beirut au Ninkasi Kao. Il n’y avait pas de première partie et ils étaient à l’heure, nous (moi et mon Amoureux) étions en retard, donc le spectacle a été assez bref. J’ai compensé ma déception en m’empiffrant des hamburgers, frites caramélisées et bières blondes du Ninkasi.

Avez-vous rêvé cette nuit ?
Oui, j’écrivais. En ce moment je rêve souvent que j’écris, sans doute parce que dans la réalité je n’en ai pas le courage ces derniers mois. Je ne me rappelle pas de grand chose, simplement quelques phrases et un titre (de roman ou de chapitre ?). Cette oeuvre fictive s’intitulait “Anthologie de la médiocrité”.

Quand avez-vous ri la dernière fois ?
Hier soir, en entendant les répliques du film “Pump up the volume”. Ah non, la dernière fois c’était ce matin, en entrant dans la bibliothèque. Mon Ptit Vieux Préféré écoute toujours soit Radio Classique, soit des disques de musique celtique. En ouvrant la porte à 8 h 45, des filles s’égosillaient en criant “sex with boys” (et autres paroles explicites) sur du R’n’B. Déjà, j’ai réfréné mon rire naissant provoqué par la surprise, je me suis avancée… Mon Ptit Vieux Préféré s’esclaffait et, entre deux hoquets, répétait “je crois que je ne suis pas sur la bonne station houhouhou”.

Qu’y a-t-il sur les murs de la pièce où vous êtes ?
Rien. Depuis mon emménagement, j’ai l’intention de mettre des affiches mais je ne l’ai pas encore fait. J’hésite parce que ces murs sont propres et agréables, alors à quoi bon les cacher ? Si j’avais décoré les murs, il y aurait forcément eu au moins une affiche de Marilyn et un tableau de Magritte (pas difficile de savoir lesquels, ils reviennent fréquemment sur ce blog).

Si vous deveniez multimillionnaire dans la nuit, quelle est la première chose que vous achèteriez ?
Ma réponse varierait sans doute selon le jour et l’heure. Immédiatement, j’achèterais deux allers simples (pour moi et Le Chat) vers une destination très lointaine.

Quel est le dernier film que vous ayez vu ?
“Pump up the volume”, un film de d’Allan Moyle avec christian Slater. C’est l’histoire d’un lycéen qui, en s’exprimant par le biais d’une radio pirate, met en émoi tout le campus du lycée. Il paraît que ce film est “culte”, je le qualifierais plutôt de “nanar” (ce qui n’est pas incompatible). La mise en scène et les acteurs me font penser à “Heartley coeur à vif”. Par ailleurs, quand un acteur ouvre la bouche – en particulier le héros – c’est pour prononcer une série de clichés sur la jeunesse qui va mal, la méchante société de consommation, tout ça. Bref, c’est une merde. Néanmoins, avec des copains et des bières, on rit beaucoup en le regardant.

Avez-vous vu quelque chose d’étrange aujourd’hui ?
Devant la station de bus, un homme se déhanchait en chantant du Johnny au téléphone… Ce qui n’est pas vraiment étrange en fait, surtout quand on sait qu’il avait une bière très alcoolisée à la main.

Que pensez-vous de ce questionnaire ?
Efficace pour perdre son temps.

Aimez-vous danser ?
Oui, mais je ne danse que toute seule chez moi, à moins d’ête ivre. C’est d’ailleurs le meilleur moyen, pour quelqu’un d’extérieur, de savoir que mon taux d’alcoolémie a atteint un seuil critique : je me mets à danser. Le reste du temps, je suis trop inhibée pour danser en public.

Quelle est la dernière chose que vous ayez regardée à la télévision ?
Soit c’était il y a longtemps, soit c’était insipide, car je suis incapable de m’en souvenir.

Quel serait le prénom de votre fille si vous en aviez une ?
Je l’ai déjà écrit : ce serait Mélodie.

Quel serait le prénom de votre garçon si vous en aviez un ?
Je n’en sais rien. Je suis seulement certaine de ne pas lui attribuer un prénom américain, genre Jason. J’éviterais aussi les prénoms composés à la Louis-Marie, Charles-Edouard… Sans doute quelque chose d’assez banal finalement : Matthieu, Nicolas… Ou Rémi, afin de garder une connotation musicale.

Que portez-vous ?
Une jupe noire et un pull rouge.

Quelles sont les 4 personnes qui doivent prendre le relais sur leur blog ?
Celles qui le souhaitent et qui ne l’ont pas encore fait puisqu’il circule depuis longtemps…

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blablabla… In fact, it’s mostly cloudy

“Light rain, windy day” : c’est joli à prononcer… C’est fluide, ça ondule dans la bouche, on peut visualiser la monotonie apaisante de la pluie et le vent qui hante la ville, s’éloigne puis revient se faufiler entre les murs, dans les brêches… Il ne pleut pas et il n’y a pas de vent en réalité, mais c’est tout comme si dans mon état esprit.
Le temps et l’eau se lit “lentement, gravement” écrit l’éditeur, j’aurais plutôt dit “désespérément”. J’aime ce poème dans lequel un homme fuit dans une rue déserte la nuit, résolu à ne jamais revenir, lorsque des pas résonnent derrière lui… Aucun être visible ne le suit, alors il se retourne et s’écrie “qu’est-ce que j’ai donc fait ?” Un rire sournois lui répond “je suis la vie même et tu n’échapperas pas. C’est moi qui te pourchasse”.
Si tu me connais vaguement, lecteur invisible, tu sais déjà que je fais du remplissage, de l’étalage de caractères pour rendre plus difficile la lecture entre les lignes. Je ne suis pas de ceux qui cachent les objets en les mettant en évidence… Même si cette technique est efficace paraît-il, le courage me manque pour l’expérimenter, je préfère le secret dissimulé sous une montagne de détails inutiles…
Je recherche les oeuvres de Lars Noren et celles qui m’attirent ne sont plus éditées, c’est agaçant. Je n’ai jamais rien lu de cet écrivain tourmenté, mais ses titres me plaisent : “Résidus verbaux d’une splendeur passagère”, “Le lécheur de souterrain”, sont des expressions qui m’aimantent littéralement, je m’y arrête, les relie, et des ébauches d’histoires imagées se dessinent dans ma tête. Elle est incontrôlable, cette attirance romanesque pour le morbide, les puits au fond indiscernable, les malades rampants dans les sous-sols, le tragique… Dans les écrivains norvégiens, suédois et islandais que je découvre actuellement, il y a un peu de ce que j’aime dans l’âme russe… Sans les transports brûlants, la nervosité, l’explosion qui couve dans les pages… C’est plus givré, fixe, lancinant.
Ce matin j’ai paniqué en voyant l’heure, parce que sur le calendrier il m’aurait paru normal de lire “mardi”. J’ai perdu l’habitude des week-ends sans lui… La façon dont on s’attache à la présence d’une personne est étonnante. Je suis douée pour me créer des dépendances, oui. Ce n’est qu’un socle, quelque chose de lourd pour se sentir posée sur le sol, équilibrée. Ce garçon qui a été dans ma classe, après m’avoir énuméré son travail plaisant et son mariage récent, conclue “tu y verras peut-être une voie toute tracée vers le conformisme social ; moi, pour l’instant, j’apprécie surtout le confort de savoir où je vais.” Je m’arrête sur cette phrase, au point d’avoir immédiatement oublié les précédentes et les suivantes. S. a voulu savoir “quand est-ce que vous vous mariez ?”, plus tard il a affirmé :”ta carrière est toute tracée, tu peux rester ici jusqu’à la retraite”.
Tu trouves un poste à Lyon après ta soutenance de thèse et tu t’installes avec moi, dis-tu. Je peux travailler dans cette bibliothèque pendant encore trente années, c’est vrai. Pourquoi est-ce que, devant un chemin large et évident, je suis encore tentée par le minuscule sentier interrompu dans les fourrés ? D’où vient parfois, certains soirs, cette insatisfaction trouble… Ce n’est pourtant pas déplaisant, ils disent que c’est “sécurisant”. Sur le bâteau se dirigeant vers Dakar, ma tête arrivait à hauteur des genoux de ma mère, je hurlais quand on voulait me mettre un gilet de sauvetage, alors que j’étais très à l’aise penchée sur la rambarde face aux flots. Je voyais, dans cet arnachement de plastique gonflé qui bloquait mes membres, l’annonce de ma chute à venir. […]
Hier sur la petite place, à droite dans la Montée de la Grande Côte, trois chats pelés étaient posés : un tigré, un blanc, un roux, dans la position du sphynx, formant un large demi cercle. Au centre, deux pigeons apathiques picoraient un ciment dépourvu de miettes. J’ai failli rater la marche parce que je ne me détachais pas de cette scène. Un jeune homme s’est arrêté derrière moi pour la prendre en photo. J’ai continué ma montée en me retournant fréquemment… Je ne comprenais pas ce qui clochait précisément.

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