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blablabla… In fact, it’s mostly cloudy

Catégories Lectures, Non classé

“Light rain, windy day” : c’est joli à prononcer… C’est fluide, ça ondule dans la bouche, on peut visualiser la monotonie apaisante de la pluie et le vent qui hante la ville, s’éloigne puis revient se faufiler entre les murs, dans les brêches… Il ne pleut pas et il n’y a pas de vent en réalité, mais c’est tout comme si dans mon état esprit.
Le temps et l’eau se lit “lentement, gravement” écrit l’éditeur, j’aurais plutôt dit “désespérément”. J’aime ce poème dans lequel un homme fuit dans une rue déserte la nuit, résolu à ne jamais revenir, lorsque des pas résonnent derrière lui… Aucun être visible ne le suit, alors il se retourne et s’écrie “qu’est-ce que j’ai donc fait ?” Un rire sournois lui répond “je suis la vie même et tu n’échapperas pas. C’est moi qui te pourchasse”.
Si tu me connais vaguement, lecteur invisible, tu sais déjà que je fais du remplissage, de l’étalage de caractères pour rendre plus difficile la lecture entre les lignes. Je ne suis pas de ceux qui cachent les objets en les mettant en évidence… Même si cette technique est efficace paraît-il, le courage me manque pour l’expérimenter, je préfère le secret dissimulé sous une montagne de détails inutiles…
Je recherche les oeuvres de Lars Noren et celles qui m’attirent ne sont plus éditées, c’est agaçant. Je n’ai jamais rien lu de cet écrivain tourmenté, mais ses titres me plaisent : “Résidus verbaux d’une splendeur passagère”, “Le lécheur de souterrain”, sont des expressions qui m’aimantent littéralement, je m’y arrête, les relie, et des ébauches d’histoires imagées se dessinent dans ma tête. Elle est incontrôlable, cette attirance romanesque pour le morbide, les puits au fond indiscernable, les malades rampants dans les sous-sols, le tragique… Dans les écrivains norvégiens, suédois et islandais que je découvre actuellement, il y a un peu de ce que j’aime dans l’âme russe… Sans les transports brûlants, la nervosité, l’explosion qui couve dans les pages… C’est plus givré, fixe, lancinant.
Ce matin j’ai paniqué en voyant l’heure, parce que sur le calendrier il m’aurait paru normal de lire “mardi”. J’ai perdu l’habitude des week-ends sans lui… La façon dont on s’attache à la présence d’une personne est étonnante. Je suis douée pour me créer des dépendances, oui. Ce n’est qu’un socle, quelque chose de lourd pour se sentir posée sur le sol, équilibrée. Ce garçon qui a été dans ma classe, après m’avoir énuméré son travail plaisant et son mariage récent, conclue “tu y verras peut-être une voie toute tracée vers le conformisme social ; moi, pour l’instant, j’apprécie surtout le confort de savoir où je vais.” Je m’arrête sur cette phrase, au point d’avoir immédiatement oublié les précédentes et les suivantes. S. a voulu savoir “quand est-ce que vous vous mariez ?”, plus tard il a affirmé :”ta carrière est toute tracée, tu peux rester ici jusqu’à la retraite”.
Tu trouves un poste à Lyon après ta soutenance de thèse et tu t’installes avec moi, dis-tu. Je peux travailler dans cette bibliothèque pendant encore trente années, c’est vrai. Pourquoi est-ce que, devant un chemin large et évident, je suis encore tentée par le minuscule sentier interrompu dans les fourrés ? D’où vient parfois, certains soirs, cette insatisfaction trouble… Ce n’est pourtant pas déplaisant, ils disent que c’est “sécurisant”. Sur le bâteau se dirigeant vers Dakar, ma tête arrivait à hauteur des genoux de ma mère, je hurlais quand on voulait me mettre un gilet de sauvetage, alors que j’étais très à l’aise penchée sur la rambarde face aux flots. Je voyais, dans cet arnachement de plastique gonflé qui bloquait mes membres, l’annonce de ma chute à venir. […]
Hier sur la petite place, à droite dans la Montée de la Grande Côte, trois chats pelés étaient posés : un tigré, un blanc, un roux, dans la position du sphynx, formant un large demi cercle. Au centre, deux pigeons apathiques picoraient un ciment dépourvu de miettes. J’ai failli rater la marche parce que je ne me détachais pas de cette scène. Un jeune homme s’est arrêté derrière moi pour la prendre en photo. J’ai continué ma montée en me retournant fréquemment… Je ne comprenais pas ce qui clochait précisément.

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