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Dimanche soir (pathos, régression, et déprime musicale)

Catégories Musique, Non classé

Elle s’est penchée pour remettre de l’alcool au fond, le petit garçon s’est approché pour l’aider, mais l’appareil était encore chaud : explosion et étincelles. Il a le visage brûlé. On l’endort pour éviter qu’il ne souffre et on ignore encore la quantité de séquelles qu’il aura. Depuis il refuse de lui parler, à elle, la deuxième épouse de son père.
J. commande des poupées toutes les semaines. Ensuite elle les compte. Elle affirme avec délectation : “personne n’en aura autant que moi”.
C. fait des conneries pour attirer l’attention de ceux qui l’aiment, pour les punir de ne pas s’occuper d’avantage d’elle. Elle peut aller jusqu’à tenter de se suicider, ensuite elle arrive dans ta chambre et en pleurant elle t’annonce “comme tu m’as engueulé, j’ai avalé toute la boite de cachets”. Un jour elle risque d’y passer vraiment, par accident, parce que personne n’arrive à lui donner tout l’amour qu’elle réclame.
Il prend des hormones pour devenir une fille, il se fait appeler Sandy, il a une belle perruque et de jolies robes. Mais ses hormones le fatiguent énormément, le font transpirer, lui donnent des malaises. Alors Sandy, elle a l’air épuisée sur ses talons aiguille, pourtant elle tient toute la nuit, elle allume les hommes sans se décourager, et quand je la vois j’ai envie de pleurer.
C. prend un somnifère pour dormir, un antidépresseur pour ne pas être déprimée, beaucoup de lexo pour ne pas s’angoisser, des drogues parce qu’elle aime ça, et elle dit en riant “je suis pleine de petits cachets : un petit cachet pour dormir, un petit cachet pour se réveiller, un petit cachet pour sourire…”, mais son auto-dérision ne fait rire qu’elle.
E. vient d’être placée dans la maison de retraite d’une banlieue lyonnaise. Pendant 70 ans, elle avait vécu dans son grand appartement à Paris, celui qui était déjà loué par ses parents. Je lui demande : alors, vous vous sentez bien dans votre nouveau domicile ? “Non, personne ne me parle. Je veux rentrer chez moi.” C’est parce que vous venez d’arriver, après vous vous ferez des amis. “Non. Je vais y mourir.”

Elle, lui, eux, ceux que j’ai connu, ceux que je connais, ceux que j’ai croisé. J’égrenne des faits divers mais ils ne se réduisent pas à ça. Je les désigne par des initiales, mais quand je pense à eux il y a un prénom, un visage, une voix, une silhouette, un parfum, un style, un accent, des gestes, des échanges…
Je me sens impuissante.
Le dimanche soir me rend inerte. Collée dans mon fauteuil, je remplis mon cendrier. La fenêtre ouverte m’amène des sifflements, des roulements de voiture, des bouts de conversation, ma voisine du dessus crie au téléphone : avant aujourd’hui j’ignorais qu’elle existait.
J’écoute cette chanson et je me rappelle de tout ce qu’elle a accompagné, des soirées déprimantes aux nuits artificiellement paradisiaques. Je faisais écouter ce groupe à tous mes amis, seuls deux d’entre eux l’ont aimé, sans doute pas autant que moi. Aujourd’hui il n’existe plus.
Quand j’avais été admissible, Marion et Yann m’avaient dit : “on serait content pour toi que tu réussisses, mais quand même ça nous ferait chier que tu partes”. Je les voyais toutes les semaines cette année là. Un an après, je vivais toujours au même endroit mais ils ne me donnaient plus signe de vie. Caro était arrivée en pleurant “je suis sure que tu vas m’oublier à Lyon et je vais te perdre” : hé ma reine de la lose, est-ce que tu te rappelles de cette scène ? Finalement tu as choisi de m’oublier. J’étais consentante parce que je t’en voulais, mais je ne t’aurais pas abandonné la première : je t’avais toujours pardonné toutes tes trahisons. Est-ce que quiconque réussit à t’en vouloir définitivement de toute façon, p’tite garce ?
Finalement, vous ne m’auriez causé aucun – ou très peu de – chagrin si vous n’aviez pas promis d’être toujours présents… Si vous n’aviez pas prétendu être attachée à moi quoi qu’il advienne et ou que j’aille… Je ne demandais rien pourtant. Mais c’est vieux tout ça, il serait temps d’arrêter d’y penser. Je suis une “ressasseuse”. Surtout le dimanche soir…
Non mais je vais être sage. Je choisirai un autre disque, quelque chose de léger, qui ne draine aucun souvenir. Ensuite je finirai mon livre en essayant d’oublier que mon week-end a été aussi triste uniquement parce qu’il n’était pas là. Faire comme si je m’en foutais : des malheurs des autres, des bonheurs qui ne se reproduiront plus avec des gens que je ne connais plus, de son absence, d’avant et d’après… Parce que putain, je déteste être une ado plaintive qui se lamente. Mais pourquoi certaines pages sont-elles aussi lourdes à tourner le dimanche soir quand j’ai choisi le mauvais disque…

(Toi aussi, tu la perçois, l’angoisse qui monte, monte, monte, monte…. dans ce morceau ? Ou est-ce que je suis vraiment la seule à la ressentir à chaque fois je l’écoute ?)

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