Archives mensuelles : juillet 2004

transition

Assise sur un coussin, adossée au mur humide, je chantonne et j’entends l’écho. Mon salon ressemble à une scène de théâtre, il y a un faux réalisme : des coussins sans chaise ni canapé, un lecteur DVD sans télévision, une chaîne sans haut-parleur… Le plus absurde étant les photos sur les murs. Des affiches dans une pièce vide, c’est aussi chaleureux que les publicités dans les stations de métro. J’ai l’impression qu’il y a une fenêtre derrière moi, alors qu’il n’y en a jamais eu. Le soir, tout devient plus étrange encore, une lumière blanchâtre dessine des contours anormaux et impersonnels sur le sol et sur le plafond. J’essaie de freiner mon imagination qui m’entraîne au coeur de contes fantastiques. Je perds mes repères. Pourtant, j’ai envie d’y rester encore, comme si je pouvais continuer à m’imprégner de l’endroit malgré tout. J’attends – que les esprits m’enlèvent et que les murs m’absorbent – l’heure de partir définitivement d’ici. Quand il entre, je dis sur un ton d’excuse : “c’est un peu glauque, tout vide comme ça”. Il répond : “non, l’air entre mieux. Tu ne le sens pas ? Toutes les mauvaises choses qui se sont passées ici disparaissent. L’air est… comme dire, plus pur ?” L’angoisse se dissipe légèrement. Installée contre lui sur la fenêtre, je sens la chaleur de sa main sur mon bras, je pense qu’il y aura toujours “du quelqu’un ou du quelque chose, des substances vitales”, malgré “eux”. Dans ma tête, l’image de maison hantée laisse la place à la vision d’une âme jetant toute la lourdeur dans le fleuve avant de partir, vers d’autres sphères… La conversation prend un autre tournant, presque imperceptiblement. “Tu sais, j’ai pointé pour la dernière fois au Monoprix hier, cette fois c’est vraiment fini”. “J’ai peut-être trouvé un appart à Lyon, en centre-ville, pas cher, il a l’air bien”. “La-bas, je…” Tout doucement, je parviens à m’éloigner. (je lis : Dave McKean – Cages, je regarde : Lain, j’écoute : TV on the radio)

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enfantillages

C’est excitant de partir, mais c’est déprimant de rassembler toutes ces années dans des cartons. Ce n’est pas tant de voir la pièce se vider qui est source d’angoisse, c’est surtout de retrouver des petits détails, flyers de soirées théoriquement inoubliables, lettres tellement vieillies que le papier se déchire lentement, et autres bribes. Rien que des restes finalement, comme les miettes au fond des assiettes qui ne révèlent rien de la qualité gustative des aliments absorbés. Dans un vieil agenda datant du collège, je retrouve une petite feuille quadrillée soigneusement pliée en 8 dans une poche invisible, on peut y lire “mes souhaits pour plus tard : – être écrivain, ou comédienne, en tout cas célèbre ; – avoir un élevage de chats, de chèvres, de chevaux, de dauphins et un phoque; – être amoureuse d’un homme qui ne ressemble pas à mon père ; – garder toujours mes ami(e) de maintenant et d’avant – être aimée et comprise…” Je souris devant tant de nunucheries, j’avais douze ans à peine. Un jour, j’ai donc été comme les gamines de certains blogs, qui collectionnent les photos de chats en rêvant à un Prince charmant. J’ai pensé que toutes mes rencontres méritaient d’être conservées, et que jamais je ne souhaitais finir seule et inconnue. L’exact opposé de mes envies actuelles. A jeter ? J’hésite encore à supprimer un papier qui a survécu 12 ans… Et si j’essayais maintenant de dresser une liste de mes souhaits pour “plus tard” ? 20 minutes plus tard, la feuille reste blanche. Il y a un “avant flou” et un “maintenant trop spontané pour être réfléchi” dans ma tête, pas d’après. Aucun souhait, seulement des envies; aucun désir si ce n’est de passer une journée agréable demain. J’étais idiote, je suis devenue vide. Je voulais être remarquée, j’aspire désormais à me transformer en ombre. Je n’ose même plus sortir parfois, parce que ma peau trop blanche et cernée et ma veste trop rouge attire systématiquement les regards. La nuit dernière était très fatigante. Dans une vieille maison qui ressemblait à celle du film Deux soeurs, j’essayais d’échapper aux responsables du Monoprix. Chaque fois que je jetais un oeil à la fenêtre, je les voyais bondir vers moi (ils se déplaçaient en faisant la roue et en voltigeant), finalement je m’apercevais qu’une vigile – la seule qui m’est sympathique – les avertissait de ma présence. Alors je fuyais chez une amie qui m’assurait que je ne craignais rien, sauf qu’en entrant dans la pièce, je découvrais un autre ennemi qu’elle avait contacté. Je partais alors chez une troisième amie, mais chez elle, il y avait mes parents qu’elle avait prévenu en douce de ma venue. Bref, dans tout mon rêve, je cherchais à être seule dans une pièce, systématiquement je comptais sur les quelques personnes fiables que je connaissais, qui à chaque fois me trahissaient. La dernière chose que j’ai dit, à haute voix, en me réveillant, était : “mais quand vont-ils tous m’oublier ?” (Bowie – Ziggy Stardust and the Spiders from Mars)

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