Archives mensuelles : juillet 2004

Pourquoi est-elle si méchante ?

Leurs monologues m’entourent comme des spirales, je deviens obnubilée par leurs obsessions. Ces sentiments me contaminent et s’ajoutent à mes propres angoisses. Je souffre d’empathie chronique, ça me dévore jusqu’au fond des tripes. Sans le vouloir, j’attire les confidences, du SDF, de la cliente ou de ceux qui deviendront ultérieurement des amis. Ce n’est pas un échange, puisque je ne réponds pas réellement. Leurs phrases s’imbibent en moi, j’écoute et j’absorbe. Lorsque la phase de saturation est atteinte, j’expulse tous les corps étrangers. Comme la peau qui libère les toxines, j’utilise involontairement l’agressivité et le rejet pour éliminer les petits bouts d’autrui. Je m’en veux ensuite, mais je n’ai aucun autre moyen de me délivrer de tous ces passifs qu’il traînent derrière eux. C’est une tactique illusoire de toute façon, je n’ai jamais rien oublié. Parfois je ne sais plus très bien ce qui est à moi et ce qui leur revient. Mes propres fantômes, je les cache bien soigneusement, impossible de les connaître mis à part en me lisant. Si par hasard je parle sérieusement de moi-même à un interlocuteur, c’est l’excès de vodka ou de drogues chimiques qui en est la cause. La lucidité me rend introvertie. J’ai beau être touchée par la confiance qu’ils ont en moi, j’ai souvent envie de leur crier que je ne veux rien savoir, car derrière mes oreilles tendues et mon expression impassible (”rien ne la choque jamais”), tout est chamboulé. Je suis incapable de tout assumer, leurs maux se retourneront contre eux, en phrases assassines et blessantes. Le regard ébahi, ils découvrent alors que malgré mes traits enfantins et mon attitude calme, je ne suis pas la bonne poire qui peut tout entendre. “Tu ressembles à un p’tit chaton tombé dans une flaque d’eau” dit-il, c’est tellement trompeur que j’aurais presque envie de pousser un rire sarcastique et diabolique.

(Björk – Post Live)

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(re)commencement

Cherche locataire, appart 55 m2 Aix en Provence, 800 euros charges comprises, stylé et lumineux, disponible immédiatement – pour cause de départ imminent dans la ville de Lyon. “ça te fait plaisir au moins ? On dirait pas…” Si, mais je n’arrive pas à y croire encore vraiment. Je relis les feuilles d’admission, pour être certaine de n’avoir pas oublié le mot important, la négation qui annulerait la nouvelle. J’ai passé 3 DESS et deux concours. Même s’il me faut attendre jusqu’en septembre pour l’admissibilité aux concours, peu importe, à partir du moment où j’ai réussi les 3 DESS, puisque mon objectif était de PARTIR. 6 mois à Lyon, 3 mois à l’étranger, et après mystère. Je quitte la Méditerranée pour le Rhône, sans le moindre regret. Enfin si, je regretterai 3 personnes à Aix, rien comparé à la vingtaine de connaissances dont je me débarasse définitivement. Ma caisse, les clients, le personnel, radio Monop, j’oublie tout, je ne serais plus jamais caissière. C’est la fin de la “malédiction” comme ils disent, des journées et des nuits à errer dans ce centre-ville minuscule et étouffant. “La dernière fois on a piqué cette veine, puis celle-là, aujourd’hui on va faire celle-là… Comment on va depuis la dernière fois ? On s’est reposé, on a bien dormi ?” Je ne viens que pour la quatrième fois, mais l’infirmière me voit déjà comme une habituée, elle monologue et elle babille. Je regarde mon ombre sur le mur de l’hôpital, les cheveux ébourriffés et le bras décharné tendu, on dirait un épouvantail. J’m’en fous, toi non plus tu ne me verras plus. “Dis Junko, tu ne pars pas sans laisser un numéro de téléphone et une adresse ?” J’y pensais justement, disparaître complètement, et rayer ces années de fac de mes souvenirs, enfin. (The Cure – The Cure)

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