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Is it wicked not to care ?

Dans mon rêve, A. me faisait voir des films complètement dingues, et au fur et à mesure des séances, de gros boutons rouges bizarres énormes couvraient mon corps. Je décidais d’arrêter de regarder ces films et j’allais examiner mon corps à la lumière. Je me suis réveillée au moment où je pensais avec horreur “quelque chose grouille là dessous”. Il n’y a pas si longtemps, j’avais rêvé que ma peau démangeait, je la grattais sans faire attention, pour finalement m’apercevoir que j’avais arraché tous mes grains de beauté, à la place desquels il y avait des plaies béantes sanguinolentes. Bon, c’est un thème classique dans les films d’horreur. Il n’empêche que sans en chercher la symbolique profonde (si tant est qu’il y en ait une…), je me rappelle essentiellement de ce que je ressentais juste avant de me réveiller : tout a l’air sain en surface mais quelque chose pourrit dans les profondeurs. Comme à chaque fois que ma vie se déroule soudain parfaitement, surgit la peur hypocondriaque de découvrir de l’horreur cachée derrière le tableau trop joli. Ce n’est pas réel, ça ne peut pas durer, tout n’est qu’une illusion, rien n’est jamais aussi simple, ça va faire mal quand tu vas te ramasser la réalité de plein fouet.

Superstitieusement, je ne prononce pas mes désirs à haute voix. Je n’annonce jamais que je pense avoir réussi un examen par exemple. Pas seulement vis à vis des autres d’ailleurs, dans ma tête aussi j’étouffe profondément et méthodiquement mes espoirs tant qu’ils ne sont pas devenus une parfaite réalité tangible et irréversible. Autrement dit, je ne me satisfais jamais de rien à l’avance afin de ne pas être déçue ensuite. Mais… Est-ce pire d’être déçue ou d’avoir aussi peur de l’être ? Etre toujours méfiante vis à vis de ceux qui se rapprochent de moi – ne t’attache pas trop vite tu as déjà pris assez de claques par le passé – éliminer les rêves au profit des faits – attendre la chance par peur de mordre le sable en tentant de saisir des mirages – annihiler tout optimisme – refuser d’être instinctivement joyeuse…

Ces dernières années, je ressemblais à un spectateur malencontreusement installé sur une scène. (Il y avait de la lumière et une chaise alors je me suis assise là, un peu par hasard, et je sais que ce n’est pas ma place, mais enfin bon ici ou ailleurs… ce n’est pas comme si le spectacle m’intéressait, ici ou nulle part ça revient au même. Il n’y a rien à perdre, alors je reste là et j’attends, au cas où ça finirait par devenir intéressant). Je m’auto-détachais, m’auto-déconnectais, m’auto-lobotomisais, m’auto-vidais de tout… Accrochée aux cigarettes-de-l’ennui, celles qui se fument en attendant d’avoir envie de faire quelque chose pour tromper l’apathie, le regard dans le vague, j’examinais mon environnement comme on regarde des images défiler dans une télé, sans réel intérêt ni curiosité, juste parce qu’une télé allumée hypnotise le regard.

Mais là je sais, où marcher, quoi faire, où poser mes yeux grands ouverts, j’ai enfin l’impression d’être à l’intérieur de ce qui m’entoure… Même si des éléments parasites encore invisible se préparaient à surgir au plus mauvais moment, au moins j’aurais été bien pendant. Etre euphorique juste à l’idée que quelque chose de positif est en train de se produire – ne pas passer à côté de cette excitation par lâcheté – oublier de penser toujours d’abord au pire – se laisser porter par le courant qui m’enveloppe délicatement – ne pas éteindre l’étincelle, l’encourager à se propager…

Ce matin, l’air était refroidi par les orages de la nuit – un sentiment de beauté et de bien-être se propage lumineusement dans mon corps – parfaite adéquation entre la lumière changeante, la fraîcheur, Modest Mouse dans mes oreilles – sometimes life’s just ok / don’t worry we’ll float on alright – le parc d’un vert brillant, l’odeur sucrée autour de la boulangerie et la légère brise qui me caresse. Réconfortée, je me dis que mon cauchemar s’éloigne à l’infini pendant que le présent se fige délicieusement.

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Ephémère éternel

Le jour où, après un cours de théâtre, j’ai marché jusqu’à son appartement, je pouvais voir les manèges de la foire dans la brûme, mes mains étaient cachées dans les manches d’un pull, une petite fille jouait avec une corde à sauter bleue. Le soir où nous étions assis sur un toit, pour assister au coucher du soleil, j’ai remarqué mon prénom écrit au cutter sur l’un de ses bras. Lorsque je me dirigeais vers la salle d’examen, j’ai eu envie de ramasser une feuille morte couverte de neige. Rien de commun entre ces moments, mis à part un sentiment d’adéquation. Quand je suis très amoureuse, très angoissée, très fatiguée, ou n’importe quel “très” sentimental, il y a systématiquement un instant où chaque détail m’apparaît de façon plus lumineuse, où du vent jusqu’au bruit de mes pas, je suis soudain consciente d’un “tout”. Comme lorsque, dans un très mauvais film, il y a une scène extraordinairement belle. Ecouter un disque d’une oreille distraite et interrompre toute activité pour s’apercevoir brutalement que cet accord là est parfait. Lire un livre en diagonales et tomber par hasard sur “la” phrase qui va s’incruster dans la mémoire, naturellement, grâce à un enchaînement parfait de mots. Ce sont des moments qu’il est presque inutile d’écrire, de photographier, de mémoriser d’une quelconque manière, dans le sens où, de toute façon, ils sont déjà immortels, et pourtant tellement éphémères. Ce n’est qu’un éclair, une brève interruption du sublime dans ma banalité lourde et grise. “Pourquoi tu souris toute seule ?” Parce que je me sens bien – mais c’est tellement plus que ça en réalité.

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