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Cours Lola cours

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Je suis encerclée par l’ordinateur, le lit et le cendrier, asphyxiée par la bronchite asthmatiforme qui enserre mes poumons. Je réalise que je n’ai pas ouvert mes volets depuis au moins une semaine, parce que je sors de chez moi avant que le jour ne soit levé et je rentre lorsqu’il fait nuit, il n’y a aucune lumière qui puisse pénétrer ici. J’ouvre la fenêtre pour me libérer des nuages de fumée et tout un univers étranger m’envahit : les voix, le bruit des voitures, le froid, il y a de la vie là-bas. Je passe mon temps devant un ordinateur, en cours, pour travailler, pour mes recherches, tout le temps. Quand je n’y suis pas, c’est que je suis dans le métro, dans une salle devant une de ces hideuses feuilles roses ou vertes qu’ils appellent ” brouillon “, ou recroquevillée dans mon lit à compter nerveusement les heures restantes avant que le réveil ne se mette en route. Autrefois, si j’étais dans une salle d’examen, c’était pour réfléchir pendant 4 heures à un sujet du genre ” la valeur de l’idée de progrès “. Maintenant, il faut que je réponde, en une heure, à 25 questions techniques du style ” qu’est-ce qu’une page HTML statique ? Qu’est-ce qu’une page HTML dynamique ? Qu’est-ce que vous obtiendrez en cliquant sur l’URL suivante… ? Vous souhaitez connaître l’annonce du tournoi de tennis, écrivez-en l’équation ? ” etc. Je déteste me transformer en bases de données, et je sors agacée en pensant que finalement, de tout ce que j’ai pu apprendre, rien ne m’aura servi. Pourtant avant, je prenais vraiment plaisir à faire des partiels, passé le stress de la première demi-heure. J’aimais sentir la concentration qui tout doucement m’isolait complètement dans une bulle en ébullition, chercher des problématiques, organiser des idées, sentir la mise en place progressive du raisonnement, les idées et exemples qui tournent et dont je m’empare avant qu’ils ne s’échappent. J’aime écrire, même si j’ai toujours la sensation que les mots ne retranscrivent pas assez bien mes pensées, peu importe, si je pouvais j’écrirais des mots partout : exutoires dans mon journal intime, affectueux ou sincères dans mes lettres, retravaillés dans des poèmes, romancés dans des nouvelles… Mais je n’ai plus le temps ni la force, toute occupée que je suis à apprendre les définitions collant à des initiales : FTP, TELNET, ASCII, PPP, RTC, BDDR, etc. Et le plus drôle, c’est que j’ai toujours eu horreurs des initiales, c’est un peu comme lorsqu’il y a des x et des y, comme la géométrie dans l’espace aussi, il y a des choses comme ça que je ne me représente pas, alors mon cerveau s’arrête tout simplement de tourner. Je sens que le mécanisme grince et s’immobilise, il devient impossible de lui faire ingurgiter quoi que ce soit, car il ne tolère que les mots et imagés de préférence. J’avais un peu tendance à me prendre pour un ordinateur parfois, quand j’avais le sentiment qu’il manquait la disquette pour relancer le démarrage, quand je me trouvais tellement déconnectée que je m’attendais presque à entendre ” connexion impossible (721) ” dans ma tête, quand j’étais aussi immobile que la flèche de la souris sur un PC en plantage. Finalement non, il s’avère que je ne suis pas une machine.

J’ai envie de crier : dans une salle de concert étourdie par la violence des guitares, au dessus d’une falaise en Irlande quand le vent me transforme en épouvantail et que la mer embrasse les rochets. Je voudrais de l’espace, de l’oxygène, et énormément de couleurs, pas seulement du noir et du rouge, mais aussi du bleu, du vert, de l’orangé, du blanc et un tout petit peu de gris pour harmoniser l’ensemble. Il y a plein de peintures chaudes et vivifiantes à la fois, dés que je ferme les yeux. J’aimerais faire exploser mon compte en banque pour prendre un avion au hasard, ou partir en voiture façon ” Thelma et Louise ” sans carte ni boussole, braquer une banque, vivre une journée comme s’il n’y avait plus rien à perdre. Parce que là, coincée en alternance entre quatre murs, deux parois de métro, ou agglutinée avec les autres devant une machine qui fait un café dégueulasse, je me liquéfie tout doucement. Je sens mes muscles qui se crispent pendant que je suis assise sur les chaises des salles, il y a tout mon corps qui me supplie de m’échapper. Et des phrases tirées de chansons traversent ma tête, ” I want to disappear completely and never be found “, ” oh get me away from here I’m dying… ” ou parfois juste quelques mots ” run away, run away “. Alors je m’isole avec mon baladeur et je mets des chansons : nerveuses, de celles qui donnent envie de courir à perdre haleine ; vaporeuses pour se sentir ailleurs dans les distorsions de guitare ; tumultueuses comme dans un film de suspense quand la musique annonce qu’il va nécessairement se passer quelque chose là maintenant tout de suite qui va tout bouleverser et de toute façon tout le monde sait que le héros ne risque rien et n’en sortira que plus conquérant ; agressive pour libérer toute la fatigue accumulée sans avoir à chercher un bouc émissaire… Et je lis. Je n’ai jamais eu aussi peu le temps de lire alors que je n’ai plus lu autant depuis l’enfance. J’avale 5 romans à la fois, je change de style et d’histoire pour prolonger l’intrigue, toujours attristée quand j’arrive à la dernière ligne. Je déteste les obstacles qui m’empêchent de voir loin derrière. Je ne supporte pas les initiales, parce que ce sont des expressions toutes faites, déjà décidées, impossibles à modifier. Je n’aime pas le point final du roman qui signifie que l’histoire est terminée, enterrée, sans suite, alors je la prolonge allongée dans mon lit après avoir refermé et posé le livre, pour ne pas m’endormir sur quelque chose d’achevé. Et je tartine des lignes et des lignes sur ce blog, pourtant je n’ai pas l’habitude de faire des posts aussi longs. Mais c’est un peu pareil, c’est la respiration, le moment que je fais durer parce que je sais qu’ensuite, il faudra retourner dans la platitude grise et l’apprentissage binaire – vrai, faux, aucune autre alternative.

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