Archives mensuelles : novembre 2004

une histoire

Il était une fois une princesse isolée dans un village hanté. Elle se souvenait d’une époque où, petite fille, elle était joyeuse et écervelée. Quand elle se sentait la plus belle et la plus intelligente au monde grâce à ses parents. Lorsqu’elle ne connaissait ni la culpabilité ni les regrets, au moment où il toutes les choses les plus graves autour d’elle lui était encore inconnues. Ces petites filles ont le regard curieux et émerveillé, car elles sont persuadées que l’extérieur est aussi rassurant que le cocon dans lequel elles sont enfermées. Et puis en grandissant, la princesse a brisé la barrière de protection un peu trop violemment, plongeant dans la réalité avec une innocence encore enfantine. Alors elle a eu envie d’y retourner, là où tout avait un faut goût de sucre, mais c’était trop tard, les esprits l’encerclaient déjà.

La jeune fille s’évadait, dans des musiques mélancoliques et dans les vies romancées des livres, afin d’échapper aux fantômes. Lorsqu’elle en croisait un, elle fuyait, courait, les yeux fermés. Quand elle osait les rouvrir, elle s’apercevait qu’elle n’avait fait que tourner sur elle-même. Il était impossible de sortir du village ou de revenir sur ses pas. Ses parents, le Roi et la Reine, ont essayé de lui faire voir d’autres paysages, l’emmenant dans des contrées plus ou moins éloignées. Mais peu importait que la nature ou la luminosité change, les esprits la suivaient et l’immobilisaient, où qu’elle soit. Petit à petit, son caractère a commencé à changer. Tous la trouvait de plus en plus silencieuse. En réalité, l’aigreur et la haine vis à vis d’elle-même l’envahissaient à tel point qu’elle préférait se taire. La princesse se transformait en sorcière, y trouvant même une certaine volupté.

Cependant, c’est bien connu, dans les contes, même les sorcières peuvent attirer les princes charmants. Elle a essayé de les faire fuir, jouant l’insensible, devenant méchante, voire cruelle. Elle ne se sentait pas digne de leurs sentiments et surtout, elle redoutait de les voir se transformer en esprits. Pour ne pas attirer d’autres fantômes, se disait-elle, il faut éviter de vivre ; pour ne plus se percevoir soi-même, il faut fuir le regard d’autrui. Pourtant étrangement, cette attitude redoublait les sentiments affectueux dont elle était l’objet, car évidemment, les princes aiment être protecteurs et délivrer les jeunes filles perdues. Un jour, peut-être grâce à la sérénade d’un prince, la jeune fille a réalisé qu’elle avait passé toutes ces années à ruminer la liste des responsables de ses malheurs (ses parents ? Elle-même ? Lui ? Eux ?), au lieu de les affronter. Elle n’avait fait que fermer les yeux et agrandir ses plaies. Alors, après avoir camouflé la peur, elle a décidé d’attaquer les esprits.

Durant plusieurs jours, elle a fait des bilans, des listes, étalant ses souvenirs sur la table pour les trier froidement. Ainsi utilisés, ils n’en menaient pas large et tentaient de passer inaperçus. Néanmoins, pas un ne lui a échappé. Lorsqu’elle s’est réveillée, ils n’étaient plus autour d’elle. Evidemment, elle sentait encore leur présence, mais ils étaient tous bien rangés dans un petit coin de sa mémoire, ils ne gênaient plus sa vision. Folle de joie, la jeune fille a voulu se jeter dans les bras du prince en criant victoire. C’est alors qu’elle s’est aperçue qu’en étouffant les esprits, elle avait également créé un espace vide à l’intérieur d’elle même.

En général, les contes se terminent par “ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants”, mais la sorcière doit d’abord remplir le vide, compléter son histoire, avant de pouvoir éventuellement redevenir une princesse. Peut-être y parviendra-t-elle dans une prochaine suite, à moins que, par peur, elle ne se laisse envoûter par d’autres fantômes. L’héroïne de ce conte n’est pas courageuse, et les sorcières ne se transforment pas toujours en princesses.

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trip

” Il est impératif de prendre le médicament immédiatement avant le coucher et de vous mettre dans les conditions les plus favorables pour une durée de sommeil, afin d’éviter les effets suivant : troubles de la conscience, réactions paradoxales de type psychiatrique, hallucinations “. J’évite de lire les effets secondaires parce que je suis plutôt hypocondriaque. Alors la première fois, je ne savais pas. Tout a commencé avec Jarvis Cocker, il s’est mis à se multiplier, sortant littéralement de son affiche sur la porte. J’avais plusieurs Jarvis qui s’entremêlaient. Ensuite j’ai remarqué que la couleur rouge de la couette était légèrement au dessus de celle-ci, entre les deux couraient des filaments orangés et rosés. J’étais émerveillée. Le chat était entouré d’une longue aura bleutée très seyante. En regardant par la fenêtre, j’ai vu des minuscules petites fées ailées qui flottaient au dessus de la rue. La poignée de la porte dansait, ondulant avec son ombre. C’était tellement joli que je n’avais plus envie de m’allonger. Dans la musique aussi, il y avait des notes qui n’existaient pas. En plein trip, je détaillais tout ce surnaturel autour de moi. Et puis j’ai plongé dans un rêve où tout s’est confondu.

Le lendemain, je me suis décidée à lire le mode d’emploi et j’ai compris. Pourtant, je n’arrive pas à fermer les yeux après avoir pris le cachet, parce que les hallucinations sont toujours différentes. Parfois des fruits palpitent, à d’autre moment le plafond se transforme en escaliers de marbre, ils sont tellement jolis tous ces délires. Quand j’étais petite, je pensais que j’étais filmée, tout le temps. Je me sentais coupable dés que je faisais quelque chose d’interdit à cause de ce regard posé sur moi en permanence. Après j’ai compris que la culpabilité, la vraie, provenait de l’intérieur, la caméra imaginaire n’étant qu’une projection. Heureusement, parce que j’imagine l’allure que je dois avoir le soir, assise sur mon lit, les yeux grands ouverts, à fixer mes rêves avec une expression concentrée, les yeux brûlants de sommeil. J’aime passionnément les états secondaires, qu’ils annoncent un évanouissement, une fièvre ou le sommeil, mais j’essaie toujours de les arrêter juste avant les complications. Rester dans le brouillard d’irréalité, sans pour autant oublier que toutes mes perceptions ne sont pas vraies. Frôler la folie de justesse et la narguer, jouer avec la raison… ” Attention, pas plus de 14 jours les somnifères, il s’agit seulement de réguler votre cycle “. C’est là que se situe le piège, je n’ai déjà plus envie d’arrêter ce nouveau rituel. Un jour, j’espère que je me désintoxiquerai trouverai la lucidité aussi merveilleuse que mon imaginaire.

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