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faiblesses et tentations – esthétique de la destruction

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J’écoute sa respiration, tour à tour puissante et ténue, le crissement des draps quand il se retourne… Il semble se déplacer dans un sommeil irrégulier, de la surface aux profondeurs des rêves… Morphée joue avec lui, l’attire puis l’écarte sans l’exclure de ses bras. Les bouteilles vides prennent toute la place autour de moi, droites sur la table, allongées sur le sol, entre des cendriers qui débordent. J’éprouve une douleur dans le poignet droit, à l’intérieur, une sorte de pulsation, comme si mes veines ne pouvaient plus contenir mon sang, comme si quelque chose désirait s’échapper de ce réseau bleuté. Avant-hier il me demandait “qu’est-ce qui t’inquiète le plus, tes poumons ou ton foie ?”, alors j’ai pensé à cette autre personne qui constatait simplement “tu ne te ménages pas”, avant d’ajouter poliment “je ne me permettrais pas de porter un jugement”. Au contraire, je juge mon comportement, froidement, impitoyablement, en visualisant parfaitement la décomposition de mes organes. Je dis “j’arrête de fumer” en allumant une cigarette ; “je ne boirai pas ce soir” en sortant la bouteille de whisky… Elle m’écrit “j’ai trop négligé voire mutilé mon corps – depuis deux ans c’est terminé. Il faut un déclencheur”. Cette nuit, en songe, je racontais l’histoire d’un homme qui était désespéré de voir sa maison brûler, tout en ne pouvant s’empêcher de rajouter de l’essence sur le brasier, par fascination pour la beauté des flammes.

[…] Je revois ces effleurements, frôlements, contacts discrets, la façon dont nos bouches se rejoignaient dés que l’Amant avait le dos tourné… C’était puéril, mais excitant. Tu ignorais qu’en réalité, je lui en avais parlé. Après ton départ, je lui ai avoué : “Ce matin, je me suis réveillée à côté de lui, toute habillée… Nous n’avons pas couché ensemble, mais nous nous sommes embrassés, caressés, et sincèrement, j’ai eu des difficultés à le repousser, j’étais réellement attirée par lui. Je préfère te le révéler franchement”. Sur l’instant, il a eu une expression que je n’avais jamais vue sur son visage. Recroquevillé, ses mains serrées entre ses cuisses, son regard si triste… Je l’ai pris dans mes bras, comme on console un petit garçon, par empathie ou par culpabilité… “Tu es libre de tes actes de toute façon…” Ensuite il m’a étonnée : “je trouve ça débile de se frustrer… Tant que tu ne me quittes pas, ce n’est pas grave.” “Tu m’encourages à coucher avec lui !?” “Non, je dis que si tu en ressens le désir alors fais-le ; ça me fera bizarre mais c’est nul d’être jaloux.” J’ai regardé le fond du verre, le sirop qui se dissociait de la vodka, le liquide brun dominant progressivement la transparence, et je ne savais pas.

Sur le canapé, je soupire “on devient pantouflard…” Je repense à cette conversation avec elle, à propos de ce tournant dans la vie d’un couple : la répartition des tâches, la monotonie, l’habitude, le foyer qui se met en place au détriment des frissons et de l’euphorie des débuts. Pourtant elle avait raison de me confier “il suffit de presque rien pour que ça revienne soudainement”. Je ressens aussi ces pics d’amour ou de désir, brusques, inattendus, comme une réminiscence de la première flamme… Je suis régulièrement étreinte par cette certitude délicieuse qu’il y a lui et moi, sentimentalement et physiquement unis. D’ailleurs, d’une certaine manière, j’aime notre routine douce, légère, chaleureuse… Néanmoins, je me souviens également du jour lointain où N. m’a avoué “finalement tu as été le déclencheur. A cause de toi, j’ai compris que je n’aimais plus V. Sans tomber amoureuse de toi, j’ai simplement su que je ne la désirais plus, elle.” Alors j’ai peur, en allant voir ailleurs, de perdre l’envie de revenir ici ; de mettre fin à notre histoire sans jamais retrouver l’équivalent de notre bulle douillette où les heurts sont devenus inexistants. Alors j’ai peur, inversement, de rester ici quand ailleurs m’attire, jusqu’à qu’il n’y ait plus entre nous qu’une amitié tendre. J’ai peut-être attrapé une forme de “bovarysme”, le désir d’une peau à découvrir, d’un baiser dont la saveur serait encore inédite…
Presque toutes les semaines, tu murmurmes rêveusement “ce sera bien quand on habitera ensemble”. Tout à l’heure, tu m’as simplement demandé “pourquoi on n’habiterait pas ensemble ?” Cet usage inhabituel des formes interrogative et négative m’a troublée… […] N’est-ce qu’une simple incartade, comme de prendre un chemin inconnu pour rejoindre une destination familière, un simulacre de fuite pour égayer le trajet quotidien, ou…? Entre deux eaux, je construis des scénarios imaginaires qui s’opposent. Comme d’habitude, je laisserai sans doute le temps et les événements me porter je ne sais où, à travers des vents contraires…

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