[instantanés] nuit sereine – neige en polystyrène – potiche rebelle

* Je m’assois délicatement sur le toit. Mon verre de lait mousseux semble phosphorescent sous la lumière lunaire. Quelqu’un joue de la flûte traversière, je ne saurais dire où. Le courant d’air me fait frissonner. Je me replie sous mon pull sans quitter ma place, je n’ai pas encore froid. Et puis j’aime bien ce drôle de chatouillement qui me parcourt l’échine. J’évite de regarder l’heure car il doit être beaucoup trop tard, déjà. Je pourrais m’endormir sans difficulté mais j’ai vécu cette journée trop vite, je veux la prolonger encore un peu dans le calme nocturne…
Il disait “entendre les paroles que tu chantes est la seule chose qui me permet de savoir ce que tu penses”. A cet instant là, je chantonne tout doucement I’ve never felt so good I’ve never felt so strong Nothing can stop us now no no no no… Et j’aimerais bien le hurler sur les toits tout au-dessus de la ville endormie.

* Je suis mécaniquement le trajet quotidien travail-domicile quand des enfants crient “il neige! Regarde madame il neige ! Profite de la neige !” en émiettant du polystyrène au dessus de ma tête. Je suis tellement ailleurs que j’en oublie de réagir, l’information met longtemps à franchir le labyrinthe de mes pensées. Ils ont l’air très déçus par mon absence de réaction. Petite fille désappointée s’exclame “hé ! il neigeait madame…” Madame regrette son manque d’enthousiasme, pourtant elle se dit jalousement : ça m’aurait bien plu aussi de lancer de la neige en plastique sur les passants.

* Dans ma bibliothèque, Monsieur me dit “tu me fais ces photocopies, deux de chaque” en me tendant plusieurs feuilles. J’ai énormément de travail aujourd’hui, et d’habitude les usagers font eux-mêmes leurs photocopies, en plus il ne l’a pas demandé de manière très aimable… Mais allez, ce n’est pas dramatique non plus, soyons gentille. J’indique quand même “tu vois ce n’est pas compliqué, t’as juste à appuyer là, sur le bouton vert”. Il ne regarde même pas. Trente secondes plus tard “tu me tapes mon CV sous Word, il faut recopier la feuille là, et tu me rajoutes les encadrés et les italiques”. Pardon ? “Tu ne sais pas te servir de Word?” “Si” “Alors pourquoi tu ne le fais pas ?” “Je n’ai pas le temps.” “Bin moi non plus”. “Quoi ?” “Tu vois, je suis bibliothécaire, je ne suis pas secrétaire, donc ton CV et bien tu te le recopies toi-même. T’as 10 doigts comme moi hein, tu dois pouvoir y arriver tout seul. Je ne suis pas là pour faire le boulot des étudiants à leur place”. Tu veux pas que je te rédige ta thèse, tant qu’on y est ? ! Monsieur est éberlué. “En revanche, si tu as besoin de livres, de documents, de renseignements sur la bibliothèque, je suis à ta disposition et je te renseigne très volontiers”. Nan mais ho ! J’en ai assez d’être prise pour la potiche de service ici. Il me regarde méchamment ; je me sens profondément soulagée. Victoire.

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