Archives mensuelles : septembre 2014

Le jour où tout m’a paru simple

Nous revenions d’une soirée en bâteau. Mes parents hésitaient à faire cette sortie par peur que le petit s’ennuie, lui qui avait refusé d’entrer dans la mer. En effet, il s’était peu baigné, à peine le temps de crier “non !” une quinzaine de fois. Il n’en avait pas l’air moins paisible ensuite. Il contemplait l’horizon avec ce regard pensif qui lui donnait déjà l’air d’un bébé intelligent à 6 mois, à plat ventre devant le miroir de la table à langer. Après, il y avait eu le pique-nique. Je suppose que tous les enfants aiment pique-niquer. La coupure avec la routine, le fait de manger avec les doigts et de pouvoir alterner entre la salade, le cake et les tomates cerises. Les pique-niques, les sushis et les mezzes, ont quelque chose de récréatif. A la tombée de la nuit, mon père a enclenché le moteur du bâteau et ma mère a largué ses amares. A l’aller, au soleil aoûtien de dix-huit heures, Le Boutchou n’était pas tout à fait rassuré. Je m’en apercevais à son dos raide et à la manière dont il étreignait ma main de toutes ses forces. Là, en revanche, il était calme, détendu, sur mes genoux. Il sentait un mélange de citronnelle (à cause du produit anti-moustique), de lingette nettoyante sans parfum qui évoque quand même l’agrume, et de crème solaire au parfum douçatre de fleurs et de beurre. Heureusement, il y avait un peu de sa propre odeur dans les boucles de sa tignasse (je reste persuadée que les cheveux de cet enfant poussent à une vitesse inhumaine, à la naissance il était déjà le bébé le plus chevelu de la maternité). Je me disais qu’il allait falloir lui donner un bain en arrivant alors qu’il serait déjà minuit, et que forcément il serait encore décalé en se réveillant le lendemain à midi… Ces pensées parentales qui nuisent à tellement d’instants quotidiens, finalement. L’embarcation a commencé à prendre de la vitesse et j’ai soudain été subjuguée par le contraste entre la noirceur de la mer et la blancheur de l’écume qui s’enroulait autour du moteur, par le ballet de l’écume surtout, répétitif et hypnotisant. J’avais le corps tendre du Boutchou contre moi et le bras de mon amoureux qui effleurait le mien. C’était peut-être la fatigue, l’air marin ou le  rosé. En tout cas, je me disais que ce spectacle était beau, que j’étais bien, et qu’il faudrait que je l’écrive un jour. Je pensais à la manière dont je l’éxprimerais ici. Quand je cherchais une comparaison, mon cerveau répondait “barbe à papa”. C’était agaçant. Cette réponse m’affligeait. Ce qui m’émouvait n’avait ni la texture collante ni la couleur de la Barbe à Papa. C’était plutôt de l’anisette, avec des glaçons fondants comme la neige. Ensuite, j’ai remarqué que la mer était moins inquiétante ainsi, paradoxalement. Noire, elle paraissait sans épaisseur, comme un tapis (comme un rouleau de réglisse déployé, me suis-je dit). (Inconsciemment, je devais avoir envie de sucreries ce soir là). En tout cas, j’ai renoncé à trouver la phrase juste pour exprimer ce que je ressentais. Peu importait. J’étais certaine que la vie serait moins compliquée que ce que j’imaginais, que la sérénité était un jeu d’enfant, et qu’ensemble nous irions bien, forcément, nécessairement bien, tous les trois.

 

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