Archives mensuelles : juillet 2010

De la beauté du dérisoire et autres (dés)illusions

Lorsqu’il m’a demandé si j’en voulais, j’ai accepté immédiatement. Pourtant, je n’avais pas prévu d’en prendre, car le mot est assez sulfureux pour entraîner des hésitations. Il évoque d’emblée des chansons, des poèmes, des overdoses de stars, des sujets de romans, des images de film angoissantes… bref, des histoires qui se finissent systématiquement mal. Oui mais bon, juillet et août seront les mois de tous les excès n’est-ce pas ? Il faut clore cette décennie dans l’apothéose. Alors, j’ai dit “oui” naturellement, comme si on m’avait demandé “je te ressers un verre ?”. Seule une vague sensation d’irréalité (hé Junko, tu t’apprêtes à prendre de l’héroïne, tu t’en rends compte ?) m’a traversé lorsque j’ai inhalé la poudre brune. Il m’a prévenu : “normalement ça pique les narines”, alors j’ai confirmé “oui, ça pique”, l’air soulagé… Ce ton m’a amusé, comme si je me disais : c’est sensé provoquer des picotements, alors si c’est le cas tout va bien, en quelque sorte. (C’est mortel alors si tu en meurs, tout est normal aussi, petite idiote ? ai-je ajouté intérieurement).
Ensuite, cette situation m’en a évoqué d’autres… Je me suis souvenue du jour où L. m’avait donné mon premier petit cachet magique, à Londres. Elle m’avait expliqué : “tu vas ressentir des fourmillements et de l’anxiété, ton cœur va s’accélérer, tu vas te crisper, tu peux aussi somnoler un peu – ça dépend des pilules – mais quand la montée sera achevée, tu seras bien. Si jamais tu te sens mal, tu te mets dans un endroit froid, ça fait redescendre ; si tu veux prolonger les effets, cherche les zones de chaleurs au contraire”. Quelle que soit la drogue, il y a toujours quelqu’un pour gérer la distribution (comme il a fait les lignes et roulé des cylindres de papier), et me fournir en partie le mode d’emploi. Bizarrement, je n’ai jamais joué ce rôle.

Le garçon qui plane à mes côtés maintenant est la première personne que j’ai rencontrée à Lyon, quelques jours après mon arrivée. C’était à La Fée Verte, bar dans lequel je ne suis plus allée depuis plusieurs années. Ce soir là, j’étais accompagnée d’une “amie” aixoise (enfin, je croyais qu’il s’agissait d’une amie, car l’amitié est un sentiment qui peut entraîner une certaine cécité). Nous étions venues pour boire de l’absinthe, j’en ingérais pour la première fois. Mon amoureux n’avait pas encore sa collection de véritables absinthes, celles qui ne se trouvent ni dans les bars, ni dans les supermarchés, celles qui arrivent tous les mois dans des cartons marrons estampillés “fragile” et qu’il faut extraire délicatement d’une montagne de polystyrène. De toute façon, je ne le connaissais pas encore, ou si peu, mon amoureux qui allait remplir mon existence petit à petit, prochainement. En tout cas, j’étais joyeuse devant ma pseudo-absinthe, étourdie par le début d’une nouvelle vie.
J’ai chuchoté à ma copine : “il y a deux mecs qui nous regardent derrière toi”. Elle s’est retournée pour leur faire une grimace. Après des salutations grimacières courtoises à distance, ils ont rejoint notre table. L’un deux nous a raconté : “on discutait justement de la difficulté à faire des rencontres, à parler aux inconnus, même dans les bars. On pourrait avoir des conversations intéressantes, or on s’observe de loin comme des cons”. Ce n’était pas tout à fait faux en l’occurrence, néanmoins je continue à rester essentiellement spectatrice d’autrui dans les bars, spectatrice dans l’ensemble d’ailleurs.
A la fermeture de la Fée Verte, il était trop tard pour le dernier métro, trop tôt pour le premier métro suivant, et les Vélov n’existaient pas encore, mais nous voulions prolonger la soirée. L’un de nos nouveaux amis nous a proposé d’aller chez lui. “C’est loin ?” “C’est assez loin, mais si on parle en même temps, on ne verra pas le temps passer”.
Je découvrais toutes les rues que nous traversions et je les trouvais belles, en partie grâce au contexte (l’ivresse, l’irréalité de cette marche vers un endroit inconnu avec des individus quasi étrangers), en partie parce que je souhaitais aimer cette ville autant que j’avais détesté la précédente. Le chemin me serait familier aujourd’hui et j’y prêterais sans doute moins d’attention.
L’appartement était agréable, notre hôte avait une jolie collection de vinyles, la musique s’accordait parfaitement à l’atmosphère, l’alcool remplissait nos verres et les cendriers débordaient, tandis que nous discutions de tout, de rien, surtout de tout. J’avais bêtement parlé de mon blog (et dû expliquer ce qu’était un blog, situation rare de nos jours hélas)… que je fermerai quarante huit heures plus tard. Durant cette soirée, j’ai essayé de persuader mon amie de repousser son départ (prévu le lendemain), mais elle a affirmé : “de toute façon je reviendrai”, puis elle leur a prédit : “on se reverra”. Elle n’est jamais revenue et j’ai perdu le contact avec elle, comme le garçon qui plane à mes côtés a perdu le contact avec son ami depuis.

Nous avons une relation étrange, le garçon qui plane à mes côtés et moi. Par le passé, nous avons échangé des baisers, nous avons dormi l’un contre l’autre, mais nous n’avons jamais réussi à être ensemble, et aucun “je t’aime” n’a été échangé. Même aujourd’hui, j’ignore si nous aurions pu nous aimer ou non, ce qu’il manquait exactement, s’il y a quoi que ce soit à regretter dans ce non-évènement, mais la question ne se pose plus depuis deux ou trois ans. Je n’ai pas oublié le vinyle de Nico qu’il a déposé dans la boite aux lettres de mon premier appartement, ni la violence dont il a fait preuve un soir en tabassant la porte, ni sa méchanceté alors que je touchais le fond du chagrin amoureux, ni… Et pourtant, nous ne nous sommes pas vu souvent. Tant de souvenirs pour si peu de rendez-vous, c’est plutôt étrange. Deux, trois ou quatre fois par ans, il sonne chez moi en apportant de la bière et souvent de la drogue (de l’herbe ou de la cocaïne d’habitude) ; on boit, on fume, on bavarde, jusqu’au lendemain. J’aime cette liberté, le fait de pouvoir dormir dans le même lit que lui sans qu’il y ait le moindre contact, la possibilité de parler de tout, cette relation qui n’est plus empoisonnée par une quelconque séduction, l’éventuelle attirance passée que nous avons su étouffer. Rien de ceci n’était prévisible dans ce bar, six ans auparavant, au contraire.

J’aimerais savoir jusqu’à quel point elle a changé, la fille qui s’était assise sur la banquette de la Fée Verte, par rapport à celle qui se vautre sur ce canapé rouge cette nuit. La première, maigrichonne, avait les cheveux au carré noirs avec des mèches synthétiques violettes, un maquillage charbonneux sous sa frange, et couvrait ses vestes de badges ; elle détestait le vin rouge, buvait essentiellement de la bière ou de la vodka-orangina rouge, ne parvenait pas à tomber amoureuse, ne savait pas quel métier exercer, et tapissait son 20 m2 d’affiches d’Anna Karina, de Pulp et de Marilyn. La seconde n’a pas de frange et des cheveux longs assez clairs, se maquille très peu, écrit ses textes en buvant du vin rouge, carbure à tous les alcools car qu’importe le flacon etc., est amoureuse depuis plusieurs années, s’imagine bibliothécaire jusqu’à l’âge de la retraite ou presque, vit dans un 55 m2 aux murs blancs… et reprend de l’héro à trois heures du matin avec son plus ancien ami lyonnais.
Quelque chose m’échappe entre ces deux situations, comme si les changements s’étaient produits dans les angles morts de ma vision. En tout cas, dans chacune de ces deux “Junko”, il reste quelque chose de haïssable… que la future moi effacera peut-être ? Si seulement…

Parce que la drogue me donne la nausée, je décide de prendre l’air en m’asseyant au bord de la fenêtre du salon. Puis je m’aperçois que cet acte devient un réflexe cette semaine. Enfin, j’aime passer des heures au bord d’une fenêtre en général, mais d’habitude je m’installe sur celle de la mezzanine quand je suis seule. Il n’y a pourtant pas grand chose à contempler sur ce bout d’escalier au milieu de la nuit. De plus, il est impossible de s’asseoir confortablement à deux à cet endroit là, donc cela oblige mon invité à être distant. Je souhaite probablement m’extraire partiellement d’une pièce et d’une situation ainsi, plus ou moins consciemment.
Il est 5 heures 50 du matin, mon ami se lève pour partir et me recommande : “fais gaffe à ne pas tomber de la fenêtre”. Je réponds : “ne t’en fais pas, je finis ma cigarette et je vais me coucher”. Pour lutter contre la sensation – agréable mais dangereuse dans cette posture – de sombrer dans l’inconscience, j’ouvre grand les yeux sur l’aurore. Alors, je suis prise d’un sentiment d’extase devant ce modeste pan de ciel tout à fait commun. A cet instant, j’ai la certitude d’assister à quelque chose de sublime que personne d’autre ne voit. Dans un dernier accès de lucidité, je comprends que c’est cela que je recherche de manière primordiale en prenant des drogues, quelle que soit la substance illicite absorbée… Non pas (seulement) la satisfaction, la confiance en soi, les désinhibitions, les hallucinations, etc. mais la beauté du dérisoire, sans savoir si celle-ci n’est qu’une illusion chimique, ou si elle existe réellement sans que je sois capable de la distinguer le reste du temps. C’est stupide mais c’est extraordinaire, d’être extatique devant l’ordinaire, transportée par la lumière naissante d’un jour identique à des milliers d’autres, dans une rue anodine dépourvue du moindre charme.

Je rejoins mes draps pour plonger un sommeil particulier, tour à tour léger et profond, dont je ne sors mollement que pour appuyer sur les boutons du ventilateur, puisque mon corps a décidé de changer brutalement de température au fil des heures. Lorsque je me lève enfin, tard dans l’après-midi, je trouve son message sur mon répondeur : “je suppose que tu dors mais je voulais vérifier que tout allait bien, que tu ne t’étais pas étouffée dans ton vomi en dormant ou un accident de ce genre”. Je suis touchée par cette attention. Je le rassure : “j’ai survécu”, non sans penser de toute façon, je survis toujours à tout.
Entre temps, le beau ciel du matin est devenu menaçant. Je découvre la pluie avec stupéfaction, comme s’il s’était écoulé plusieurs semaines entre l’éclat matinal et la noirceur présente. Ensuite, dans mon journal papier, j’écris : “23 juillet 2010 : prise d’héroïne”, uniquement pour mémoriser la date de l’expérience. Finalement, je réfléchis à toutes mes premières fois, et j’en conclus qu’il ne me reste plus grand chose à découvrir dans cette vie. Il est sans doute temps que j’apprenne à me contenter d’aimer ce qui a été vécu, au lieu de chercher encore et toujours ce qu’il me reste d’inédit à vivre.

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Rien ne commence jamais n’est-ce pas, tout se contente de continuer*

Si je reprenais cette photo aujourd’hui, il y aurait un gros trou en bas à gauche, entouré d’une toile d’araignée imparfaite en verre. Je prévois la caution que je perdrai en partant (il paraît impossible de réparer ce meuble), mais surtout la question que toute personne pénétrant dans cet appartement me posera à l’avenir : “comment t’as pu faire ça ?” Il me faudra confesser : “ivre morte, je suis tombée du haut de ma mezzanine en montant l’escalier et je me suis effondrée contre le placard qui n’a pas supporté mon poids” : réponse incontestablement très distinguée. Suite à cette information, mon interlocuteur me jettera un regard atterré (oh Junko franchement ça ne peut plus durer, entendrais-je si j’étais télépathe) puis il ajoutera éventuellement : “de cette hauteur et en heurtant du verre, tu as eu de la chance de ne pas te blesser davantage !” ; ce que je pourrais expliquer ainsi : “heureusement, un amas de poubelles pleines de cannettes et de paquets de cigarettes vides a amorti ma chute”, afin de parfaire encore l’aspect glamour de mon quotidien. Pour peu que j’ajoute quelques détails, comme ma nuisette tachetée de vin rouge ou encore la moisissure que j’ai pu découvrir sous les placards à cette distance du sol, je pourrais aisément conclure en annonçant : “bienvenue dans la vie d’une pochtronne, d’une adolescente attardée paumée, ou d’une vieille fille négligée, ou tout à la fois, je ne sais plus trop”.
Ceci dit, comme toujours, j’en ai parlé en m’esclaffant sans laisser mes soupirs s’échapper. “Au moins tu me racontes ça entre deux éclats de rire, c’est rassurant”. Ce n’est que la politesse du désespoir mon frère, comme dit l’autre, l’évènement est assez pathétique pour que j’évite de pleurer en public en prime. Je n’en ai pas moins honte à chaque fois que mon regard croise cette vitre brisée, c’est-à-dire plusieurs fois par jour puisque je passe l’essentiel de ma vie sur le canapé rouge qui lui fait face (à la vitre brisée, à une partie de ma vie aussi sans doute). Et encore, je ne te raconte pas le sang sur le carrelage, la couleur plutôt violette de mes bleus sur ma peau que l’alcool rend flasque jour après jour. Oui, tu l’auras compris cher lecteur, tout va très bien pour moi ces temps-ci. De toute façon, tu es habitué, tu me connais. D’ailleurs, quand tu es confronté à mes déboires en privé, tu me dis souvent : “tu es… égale à toi même”. J’aimerais beaucoup être égale à quelqu’un d’autre, finalement. Peut-être sait-on qu’un comportement est irréversible quand plus personne ne nous imagine autrement, quand on s’avère incapable de surprendre qui que ce soit…?

Cependant, si je reprenais cette photo aujourd’hui, elle serait peut-être plus intéressante à contempler d’un point de vue purement artistique, car le verre fendu étrangement scintillant brise et déforme l’image qu’il reflète. J’ai l’impression qu’il révèle ma difformité à travers les débris, tout ce que j’inflige à ma chair et à mon appartement sur le fil tranchant de mes jours… (Oh la la quel lyrisme ! Attends, je relis cette phrase, sommet de la littérature, avant de continuer mon récit monotone… Non, je peux faire encore mieux : “j’ai l’impression qu’il révèle ma difformité en démultipliant mon visage et mes membres comme si les cicatrices et les différents masques invisibles d’habitude découpaient ma chair, révélant les blessures causées par le temps perdu, à travers les débris” : ah voilà, c’est d’une lourdeur exquise. Bon, entamons un nouveau paragraphe et persévérons).

Si je reprenais cette photo aujourd’hui, il n’y aurait personne à côté de moi sur l’image. Je suis serais donc difforme et seule. Enfin, tâchons de ne pas y penser, à quoi bon… De toute façon, ma solitude touche à sa fin si je me fie au calendrier en papier (à défaut de pouvoir me fier au temps évanoui, immatériel).
Récemment, j’ai lu une légende chinoise : une femme va tous les soirs guetter le retour de son mari parti à la guerre. Elle grimpe au sommet d’une montagne et surveille l’horizon. A chaque fois, elle amène avec elle un tas de terre sur lequel elle monte pour le voir venir de plus haut, de plus loin, et au bout de nombreux, très nombreux jours, elle se transforme en pierre. Je me suis demandé pendant combien de temps elle avait survécu avant de se métamorphoser, plus longtemps que moi sans doute. A l’heure actuelle, je ne guette plus, je n’attends plus.
Heureusement, je crois sais que cette réaction était inévitable, il fallait bien que je continue en son absence, même si je ne me rappelle d’à peu près rien depuis son départ. J’ai simplement persévéré, remplis ma tasse de café au lait le matin, pris des bus, des métros, ou longé les quais, parlé avec des gens, aligné des montagnes de livres, écouté des centaines de disques, vu des films ou des séries, téléphoné à des amis, bu trop d’alcool le soir venu, connu des nuits de sommeil comateux ou d’insomnie, et puis recommencé comme la veille, l’avant veille, la semaine précédente, le mois antérieur, etc. Je suppose que mon café au lait n’avait pas toujours le même goût (je n’ai jamais utilisé de cuillère pour le doser, je verse le contenu au hasard), les paroles des gens ne devaient pas être identiques chaque matin, les titres des livres variaient, etc. mais tout paraissait exactement semblable puisque je ne mémorisais rien de précis.
Au fond c’est l’avantage d’une chute dans les escaliers comme de la douleur qui ceint ma cheville gauche actuellement : retrouver une présence, une réalité, le temps d’un choc, d’une fulgurance, d’une surprise fut-elle désagréable. Celle-ci permet aussi de réveiller brutalement l’instinct de survie et de se dire qu’il serait sans doute bon d’exister aussi le reste du temps.

Si je reprenais cette photo dans deux mois, je ne serais plus seule normalement. Or “quand il reviendra, il y aura du renouveau, tu prendras un autre rythme, tout ira mieux”. Tu es bien gentil de me rassurer l’ami, mais qu’en sais-tu ? Est-ce que mes conneries sont réellement liées à son absence ? J’étais excessive bien avant de le connaître, et cette sensation actuelle de traverser les limbes n’est pas nouvelle. J’ai son absence pour prétexte à l’ensemble de mes erreurs, c’est tout et c’est un peu trop facile. Ceci dit, il faudra que je renouvelle mon mode de vie pour que mon amoureux reste à mes côtés, sans aucun doute. Je l’ai bien compris lorsqu’il est venu chez moi l’espace d’une nuit. Il était plutôt inquiet quand je lui ai ouvert la porte en claudiquant à cause de l’entorse, la peau parsemée d’hématomes, pour l’amener entre un miroir brisé, une étagère cassée et des trous dans les murs. “J’ai tout vu là ou tu as autre chose à m’annoncer ?” Ce sera tout pour l’instant choupinet, ai-je dit comme on répond à la boulangère (même si je n’appelle pas ma boulangère “choupinet”, malgré l’amour respectueux que je voue à son pain comme à ses pâtisseries).
Sur un ton hésitant, il a murmuré : “tu peux essayer de ne pas détruire tout l’appartement ni casser tous tes membres d’ici à ce qu’on vive ensemble hein ?” Je ne te promets rien – tu ne veux pas de mes promesses puisque tu sais comment elles se terminent de toute façon – mais “essayer” est un mot que j’emploie à longueur de temps pour moi-même quoi qu’il en soit. Sincèrement, je tiens beaucoup à essayer en général, surtout quand je me réveille (…) à l’aube. En fait, je n’ai jamais compris où disparaissaient mes projets à la nuit tombée… à la nuit tombée, donc là où naissent les rêves ? Quel paradoxe…

Non mais je vais bien au fond, mais si voyons, surtout en sachant que c’est l’été, saison que je déteste (je l’ai si souvent dit). Je rêve déjà de la rosée qui humecte les pétales des roses dans le brouillard, de la rivière partiellement gelée, de la neige qui dépose des gouttes blanche sur mon manteau rouge et du froid pour revigorer ma chair usée. A la limite, dans mon village natal au Sud, il est toujours possible de se rafraichir sous le mistral ou dans l’écume de la mer. En revanche, dans une ville comme Lyon, je me désintègre très vite sous l’odeur putride des poubelles, le poids du soleil, la léthargie des journées interminables, et la transpiration de la foule. Un jour, je ne sais plus dans quel livre, j’ai lu : “rien ne commence jamais n’est-ce pas, tout se contente de continuer”, et j’ai immédiatement associé l’été à cette phrase, à la saison des heures infinies. Non, en fait, j’ai associé cette phrase à des pans entiers de mon existence, aux ficelles des marionnettes, aux chutes répétitives, au déterminisme qui donne à l’avenir des contours vains.
Néanmoins, je m’amuse beaucoup de mes bêtises, de l’actualité, des folles qui me haïssent sans me connaître (oh magie de la blogosphère !)… Oui, il y a tant de raisons de se réjouir dans ce joli monde. Je rencontre des individus intéressants aussi, le temps d’une bière sur une place éblouissante de soleil au bord d’une fontaine, ou en arpentant les pavés du Vieux Lyon. Je joue (très mal) au Scrabble à 6 heures du matin environ en sirotant une vodka-sprite, je revois “L’important c’est d’aimer” trois fois en 72 heures et je contemple les déambulations d’une tortue sous les rosiers avec fascination (en dépit de sa taille, de sa carapace, et de ses petites pattes arquées, la vitesse des déplacements de Caroline était admirable – les tortues s’appellent toujours Caroline).
Bref, rien n’est tragique ni désespéré, même si j’ai hâte de voir venir l’automne qui, cette année, aura peut-être la saveur du printemps. (Espérons et essayons).

Modern Witch - I can’t live in a living room

* Je vais chercher le nom de l’auteur de cette phrase, mais si qui que ce soit reconnaît son origine, ce serait très aimable de me renseigner.

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