Archives mensuelles : septembre 2008

Le questionnaire avec des chiffres dedans

Il y a 10 ans : J’ai 18 ans, des cheveux noirs très courts, 6 kilos de plus, quelques cernes de moins. Je ne mets que des jeans et des pulls informes pour ne pas être remarquée. Je rêve de m’intégrer aux murs afin de tout entendre, tout voir, sans que personne ne me distingue. Je viens d’arriver à Aix en Provence et de m’inscrire en DEUG de philo. J’ai mon premier appartement (15m2, 6m2 en enlevant les meubles) au septième étage d’une résidence universitaire ; j’envisage régulièrement de sauter par la fenêtre. Dans cette ville, je n’ai pas encore d’amis, ni d’ennemis, ni d’amour, ni d’amant, je m’ennuie, mais je découvre Dostoïevski avec ravissement. J’écris mes derniers poèmes, sauf que je ne le sais pas encore. Je commence à pleurer plusieurs fois par jour, par nuit aussi, sans comprendre pourquoi. Tous les soirs je me répète que demain est un autre jour (en fait demain n’est durablement – sans rechute aux jours d’avant – arrivé que six ans plus tard). J’écoute en boucle “Empty” des Cranberries, “Si rien ne bouge” de Noir Désir, “Bachelorette” de Björk, “Stephanie Says” du Velvet Underground, “Charlotte Sometimes” des Cure, “Me and a Gun” de Tori Amos, et énormément d’albums des Cocteau Twins (entre autres). Je ne fume que très rarement, mais je mange une tablette de Crunch par jour au minimum. Je bois du thé et du Coca Light, je déteste l’alcool. Il y a 10 ans j’étais très différente et très malheureuse.

5 endroits où j’ai vécu : – Ouagadougou : baobab, mangues à volonté, charognards, couvre-feu, assassinat du Président, mendiants, lépreux, sourires resplendissants des Africains, ronronnements des climatiseurs, brousse – hyènes – éléphant – crocodile faisant le mort, visages de mes copines et voisines… Il ne me restes que des flashs, des images brèves et fixes, mais un jour j’y retournerai.

- Mauquenchy : la campagne normande, 1 jument des poules des lapins 1 chèvre ; 1 très vieille voisine qui utilise des mots étranges : bellot, bellote, ka, kien, y-es-tu p’tite mère ? ; de longues ballades en VTT dans des forêts sublimes, cueillette de myrtilles et confiture maison ; les falaises d’Etretat ; le rollers sur la jetée à Dieppe ; des orties sournoises ; des fruits et des légumes du potager, de la pluie ou du gris à peu près tout le temps…

- Londres : un squat, un homme enlevé par des extra-terrestres, des nouilles fluorescentes, des Pubs chaleureux, de la neige, des clubs où il pleut de l’ecstasy dans les toilettes, des nuits floues sous des stroboscopes, des bus qui se suicident en se jetant contre les abris, des gens étranges, de la vodka red-bull, du thé à l’anglaise (noir, un soupçon de lait, une pointe de citron), des tonnes d’amis d’un soir…

- Aix-en-Provence : Je mets toujours en évidence ce que je n’aime pas (ville trop petite en carton, snobisme de la population…), mais notons quand même que j’y ai mes souvenirs les plus intenses en terme d’amitié. Et puis n’oublions pas (dans le désordre) : les gigantesques pizzas du Palatino, les nuits gothiques au Sunset, les Lunch en fin d’après-midi au Pain Quotidien, les bières fraîches sur la Place des Cardeurs, les films indépendants du Mazarin, les glaces (en été) et les crêpes (en hiver) sur le Cours Mirabeau après les cours…

- Lyon : des ponts, des couloirs dissimulés entre les murs, des marches à gravir, une relation “je t’aime… moi non plus” fusionnelle entre un arbre sec et un toit – un coeur brisé, progressivement rafistolé, plus solide que jamais désormais -, l’envie de rester quelque part pour la première fois depuis mon départ de Ouaga.

3 plats que j’adore : Je ne me nourris pas que par besoin physique, j’adore manger. Mes repas font clairement partie de mes bonheurs de la journée, au même titre qu’une très belle musique, un livre magique, un orgasme, et autres plaisirs. Par conséquent, ne choisir que trois plats, c’est me mettre face à un choix insoutenable. Mais bon, puisqu’il faut bien le faire, je vais énumérer les premiers qui me viennent en tête :

- le poulet yassa préparé par ma mère : c’est une recette en provenance de Casamance. C’est divin, la viande et les oignons fondent sur la langue… Bon, pour l’apprécier il faut aimer le citron (l’un de mes fruits préférés, il m’arrive fréquemment d’en grignoter des rondelles.)

- Le figatelli, cuit au barbecue, puis placé en sandwich dans du bon pain (on presse un peu pour que le jus imbibe la mie), grand plaisir estival. De toute façon je pourrais presque me damner pour de la charcuterie corse. A la manière corse aussi : le fromage de chèvre avec un filet d’huile d’olive et des figues (c’est simple et c’est extraordinaire).

- Les hamburgers maison : bon pain (important), bonne viande (important aussi), oignons, mayonnaise, poivrons grillés, une feuille de salade, quelques tomates. C’est gras et mauvais pour la santé, mais c’est rapide à faire et mille fois meilleur que le McDo.

Je pourrais aussi citer : les sushis, la soupe miso, les nems, les aubergines à la parmesane, le gratin de coquilles Saint-Jacque, le saumon à l’oseille, les lasagnes, la soupe de potirons (avec un peu d’emmental c’est mieux), les tapas, les mezze libanais… Etc.

5 choses que j’ai faites aujourd’hui : l’amour, la conversation, une lessive, ma valise, la réservation d’un billet SNCF.

Ce que je ferai si j’étais riche… : Tout dépend de la somme à partir de laquelle on est censé être “riche”. S’il y avait suffisamment de zéros alignés, au point de pouvoir vivre confortablement toute ma vie, je commencerais par arrêter de travailler. Je profiterais de mes journées pour reprendre mes nouvelles ratées ou inachevées, j’irais voir des concerts en semaine sans craindre de ne pas réussir à me lever le lendemain matin, je m’achèterais des tonnes de livres et de disques pour ne jamais en manquer, je m’offrirais des voyages. J’en profiterais aussi pour régler les crédits que ma mère traîne derrière elle depuis plus de vingt ans.

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Questionnaire (le MBQ de la rentrée)

Oui bon, je sais que répondre à un questionnaire est une solution de facilité et qu’en général ça n’intéresse personne, mais j’ai la flemme de jouer à l’écrivaillon ce soir. De toute façon je n’ai pas suffisamment de temps devant moi. Et puis je trouve que les questionnaires concoctés par Milky sont plutôt meilleurs que la plupart de ceux qui circulent de blogs en blogs. Donc…

1. Le jour où il vous est arrivé un truc qui n’arrive prétendument que dans les films ?

Je peux citer le jour où, alors que j’étais caissière, tous mes clients se sont mis à chanter “The Wall” en même temps que la radio (en un sens, le fait que Radio Monop diffuse du Pink Floyd signifiait déjà que nous avions changé de dimension) : bienvenue dans une comédie musicale américaine. Il y a aussi cette anecdote familiale, sans oublier cette journée irréaliste.

2. L’habitude que vous avez prise d’un ami ?

Je suis trop influençable… Dés que je passe quelques jours avec quelqu’un, je récupère ses tics langagiers. Cela dit ça passe assez rapidement, sitôt que je m’en rends compte. Sinon, j’ai réalisé récemment que mes amies de fac m’avaient donné beaucoup de mauvaises habitudes : N. m’a fait aimé l’alcool et m’a redonné goût au tabac, L. m’a donné mon 1er somnifère mon 1er cachet d’ecstasy ma 1ere ligne (etc.), mais enfin j’étais parfaitement consciente de ce que je faisais en acceptant (si c’était à refaire, mes choix seraient les mêmes). Ah non, Violaine, elle, ne m’a donné que des habitudes musicales, inoffensives et même salvatrices (je continue à la remercier d’avoir mis un album de Belle & Sebastian entre mes mains il y a 10 ans, ce groupe est resté mon remède aux jours de tristesse).

3. Connaissez-vous un poème par cœur ? Lequel ?

J’en connais énormément. Adolescente, j’apprenais par cœur mes poèmes préférés parmi lesquels : “J’ai tant rêvé de toi” de Robert Desnos, “Le Verbe Être” d’André Breton, entre autres. Il y a aussi les poèmes récités par mon père le soir à côté de mon lit (“A ma fille Adèle” de Victor Hugo par exemple) et celui déclamé par ma mère à chaque fois que le ciel normand était gris, soit 300 jours par an environ (“Spleen” de Baudelaire). Sans compter les récitations apprises à l’école… Bref. En général je retiens très facilement les poèmes, qu’ils soient récités ou chantés.

4. Si vous étiez cinéaste, de quel livre aimeriez-vous réaliser l’adaptation ? Avec quels acteurs pour les rôles principaux ?

Il y en aurait plusieurs car en lisant un livre, je visualise souvent le film qui n’a pas encore été tourné. J’aimerais assez adapter “La fin des temps” (Haruki Murakami), mais ce ne serait sans doute pas évident et il faudrait un gros budget en effets spéciaux… Quant aux acteurs je n’en n’ai pas la moindre idée. “L’histoire de ma calvitie” (de Marek Van Der Jagt) pourrait aussi faire un bon film tragicomique dans lequel j’imagine bien Bill Murray en acteur principal (remarquez, j’adore Bill Murray, donc j’ai tendance à le visualiser très bien dans de nombreux films imaginaires).

5. L’objet le plus inutile qui se trouve chez vous ?

Beaucoup d’objets inutiles m’entourent, il est difficile de décerner un “prix de l’objet le plus inutile dans mon appartement”. Sur ma cheminée, il y a un Elvis-Jésus dans une bulle en plastique transparente. Il a la tête d’Elvis et le Sacré Cœur de Jésus. Je n’aime pas Elvis (tous les amateurs de rock vont hurler au scandale) mais j’adore les objets kitsch, d’où sa présence. En théorie, quand on pousse un petit interrupteur en dessous, Elvis-Jésus est censé s’illuminer, puis pousser la chansonnette. Lorsque je l’ai acheté, il était livré avec des piles sauf qu’il était précisé : “si ces piles fonctionnent, ce sera un miracle d’Elvis”. J’en conclus que depuis qu’il est arrivé chez moi (il y a plusieurs années), Elvis a toujours refusé de faire un miracle. Cet objet ne sert à rien : il n’est pas beau, tout en étant trop insignifiant pour enlaidir sensiblement la pièce.

6. La lecture des blogs vous a-t-elle fait changer des choses dans votre vie ? (à part le temps dégagé pour cette lecture, évidemment)

Oui, c’est évident. Sans les blogs, je n’aurais pas connu mon amoureux il y a quatre ans, pour commencer. En règle générale, j’ai rencontré énormément de gens via la lecture des blogs et certains sont devenus des amis très proches (même s’il s’agit d’une minorité).

7. Que ferez-vous cette année que vous ne faisiez pas l’année dernière ?

Je préparerai un concours, du moins j’essaierai (on ne peut vraiment pas dire que ce projet me réjouisse). Je vais également vivre avec mon homme, ou plutôt il va vivre avec moi (quelques semaines, quelques mois, une année, ou plus, l’avenir le dira).

8. La dernière célébrité que vous avez croisée ?

Je ne fréquente ni les salons ni la Jet-set et je ne vis même pas à Paris, donc les célébrités… De toute façon, comme je ne lis pas la presse people et que je ne regarde pas la télé, je serais capable de croiser une célébrité sans la reconnaître (ce qui m’est complètement égal). Je croise beaucoup de chanteuses, chanteurs, groupes, mais ce sont ceux qui ont un public de 20 personnes dans une petite salle, donc… Cela dit, cette année j’ai rencontré le groupe dont je suis fan depuis 6 ans ; pour moi, ça vaut très largement toutes les célébrités.

9. Vous n’êtes pas fou, mais…

je tiens de longs discours à mon chat (je sais que parler à son animal familier est un comportement relativement répandu, mais à en croire mes proches – oui parce qu’en plus il m’arrive de le faire en public – je suis la seule à avoir des conversations aussi chiadées avec un chat… Je lui parle de littérature, de philosophie et de toutes sortes de questions existentielles. C’est peut-être ce qui l’a rendu fou d’ailleurs).

Mon amoureux m’a dit : “tiens, ça fait très longtemps que tu n’as pas vérifié qu’il n’y avait pas de monstre au fond du lit avant de t’endormir” ; résultat : j’ai eu un besoin irrépressible de le faire, c’est malin.

Sinon, je ne suis pas folle mais… Je suis pleine de paradoxes, mon entourage me juge donc souvent irrationnelle, or il n’y a peut-être qu’un petit pont de l’irrationalité à la folie.

(Même si je ne désigne personne, vous êtes libres de répondre aussi, ici ou sur vos blogs).

Bande-son : Tangtype

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