Archives mensuelles : novembre 2006

bière – coca – vin rouge – muscat – café au lait – jus d’orange – rires – larmes – folie – écoute – dialogues – vent – chaleur – joues rouges – yeux brillants – caresses – ivresse – happy end -

Je savais que :
Je boirais deux demis avec toi vendredi à 22 h 35, tu me dirais “tu ne veux pas être aimée ?” Pas dans l’immédiat. “Alors il faut se tourner les pouces en attendant”. Parce que tu dis toujours des choses dans ce genre là et c’est un petit peu lassant à la longue. Pour toi aussi je sais, je comprends, enfin plus ou moins. Je rentrerais seule comme je l’avais déjà décidé avant de te rejoindre. J’aurais les jambes coupées par la bière, surtout après plusieurs semaines sans en avoir bu. Je serais heureuse de m’allonger dans mon grand lit vide, le vent m’empêcherait de dormir, je n’aurais aucune envie de me lever le lendemain matin et j’arriverai en retard à mon rendez-vous, presque exprès. Je transporterais des cartons d’un appartement à l’autre, j’aurais des difficultés à trouver la bonne clé pour ouvrir la porte parce que je n’y suis pas encore chez moi, je m’émerveillerai encore et toujours en le redécouvrant, j’aurais des courbatures plus tard. Je partirais pour acheter uniquement du lait et je reviendrais avec trois sacs de provisions dont du chocolat et des bonbons. J’irais chez le disquaire en m’ordonnant de ne rien acheter et j’en sortirai avec trois disques. Je les écouterais immédiatement en lisant les livrets et je serais donc en retard à mon rendez-vous suivant. Je ferais une compilation de chansons pour une amie et j’en graverai un exemplaire pour moi parce que ces morceaux me font penser à elle. J’écrirais une note sur ce blog, conçue pour être supprimée quelques heures plus tard. J’irais à une soirée d’anniversaire samedi soir, j’enchainerais les verres et les cigarettes, je raterais le dernier métro, j’écouterai de la pop légère et entêtante en titubant dans la rue avec un léger mal de tête et une gorge avide d’eau dans une nuit chaude et venteuse, je regretterais d’avoir mis des chaussures à talons, je me cognerais au côté droit de la porte en entrant dans l’immeuble, la lumière de l’ascenseur me ferait mal aux yeux, je serais effrayée par mon visage épuisé dans la glace. Je me blottirais soigneusement sous la couette en veillant à ce qu’aucune partie de mon corps ne subisse le courant d’air du velux, je pousserais le chat de mon oreiller sans réussir à l’en déloger, je m’enfoncerai dans des rêves incohérents après l’avoir caressé d’une main très lourde en regardant les nuages défiler derrière la vitre. Je me réveillerais sans me réveiller vraiment, un peu fatiguée mais pas trop, je déjeunerais d’un café au lait avec un sucre et demi, d’oursons au chocolat, et d’un verre de jus d’orange.

Je ne savais pas que :
Je buterais contre quelque chose en avançant à tâtons dans le hall à la recherche de la lumière vendredi soir. Après avoir appuyé sur l’interrupteur, je découvrirais un adolescent de 13-14 ans allongé, recroquevillé contre les poubelles, son sac à dos sous la tête et du vomi juste à côté. Je le reconnaitrais. Il habite au sixième étage avec sa mère, celle qui me déteste parce que j’ai mis dix jours à installer une plaque à mon nom sur la boîte aux lettres quand je suis arrivée dans l’immeuble. Un an après elle est toujours désagréable avec moi, les gens qui font des fixations de ce type m’effraient. Son visage respire la frustration, autant que sa démarche coincée, son parfum me donne mal à la tête quand je la croise. Elle appelle toujours l’ascenseur 10 minutes avant l’heure de partir à son travail, je l’entends s’affairer derrière la porte entrouverte et je me fais parfois un plaisir de prendre seule l’ascenseur qu’elle a si gentiment appelé pour moi, en évitant de le renvoyer au sixième, cela va de soi. Elle a une voix désagréable quand elle engueule sa fille le matin avant de l’amener à l’école. Elle fait partie de ces gens qui sont des sponsors ambulants : la marque de luxe affichée sur le tissu qui recouvre sa peau osseuse et desséchée. Je suis bien contente de ne plus l’avoir pour voisine à partir de la semaine prochaine. Je remuerais doucement l’ado ivre mort pour vérifier qu’il est en vie. En dépit de ses borborygmes, je réussirais à lui expliquer qu’il serait sans doute mieux dans son lit. Je le porterais jusqu’à son appartement et je partirais après avoir appuyé sur la sonnette. En tournant ma clé dans sa serrure, j’entendrais les hurlements maternels et je me demanderais si je n’aurais pas mieux fait de laisser le fils là où il reposait. A côté de mon nouvel immeuble, je croiserais une vieille dame tenant en laisse un caniche boiteux très mal en point. Elle me dirait : “r’gardez-moi ça comme il avance vite, ah si j’lâchais la laisse il s’rait déjà à la maison, y court y court, son maître il lui met pas d’laisse, mais hé on a toujours peur quand c’est pas à vous hein”, j’acquiescerais à cette grande vérité. Je serais très amusée en regardant s’éloigner le vieil animal qui avance difficilement et tout aussi lentement que sa maîtresse provisoire. Dans le métro, j’entendrais deux gamines se vanter d’avoir pris des substances illicites la nuit d’avant, puis ressasser longuement leurs douleurs existentielles (éloge du suicide et du parricide parce que no futur tout ça). Je penserais “ptites connes” avant de me souvenir que j’ai également été une ptite conne au même âge, plutôt fière de ses expériences chimiques, se baladant avec des T-shirts à slogan punks, et disant du mal de ses méchants parents incapables de la comprendre. Je me mettrais à pleurer à 14 h 28 en écoutant une amie en détresse, celle que j’essaierai ensuite de consoler avec un disque, des bonbons et des petits cadeaux. J’éclaterais de rire à 15 heures 56 en parlant avec une passagère de bus complètement folle mais si je retranscris le dialogue ici ce texte sera beaucoup trop long (déjà que…), alors disons juste qu’il était question d’hommes nus possédant deux pénis, de nuages dans le ciel à cause de la fumée de cigarette, et de révélations importantes sur la prochaine venue de la fin du monde. J’écouterais, surprise, 10 personnes s’exclamer : “non mais ça ne va pas, or de question que tu le revois, t’as vu le mal qu’il t’a fait, rien que pour les insultes et la façon dont il t’a trahi à la fin, non mais à quoi ça t’avancerait franchement, qu’est-ce que tu veux prouver ?” Bah rien, peut-être que je n’aime simplement pas perdre les personnes ayant fait partie de ma vie, et puis un homme avec lequel on a passé plus d’un an ne peut pas être condamné à cause des derniers mois, et tout le monde peut changer et… “Non Junko, les gens ne changent pas.” Alors je prendrais ma décision finale, puisqu’à lui je ne peux plus lui faire confiance alors qu’à vous, si. Je repenserais à mes premières soirées avec eux, chacun assis sur son petit coin de chaise sans que le ton ne monte jamais, quand nous nous contentions de parler de l’Ecole et de ce que nous ferions après. Maintenant, ça parle cul, musique, cinéma, ça crie et ça pouffe, ça dit n’importe quoi, et c’est vraiment agréable. Je partirais dans de longs fou-rires en lisant à haute voix les passages d’un livre posé sur la table, je ferais le clown en provoquant des rires autour de moi. Je manquerais m’étaler en vélo dans la rue et je me sentirais un peu dégrisée de l’alcool mais encore enivrée par cette excellente soirée. Dans mon lit, les paupières closes, je frissonnerais en sentant sa main caresser du bout des doigts ma joue, mes bras et mon dos, son souffle mentholé sur ma nuque. Je l’entendrais changer la fin triste d’un conte que j’ai inventé pour en faire une histoire où tout finit très bien. Je n’y croirais pas du tout, mais je serais rêveuse malgré tout. Il y aurait deux cafés et deux verres de jus d’orange sur la table ce matin.

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Ne quittez pas, un contrôleur de la sécurité va vous répondre

Réveillée par le téléphone dans la pièce à côté, sonnerie de l’appel, sonnerie du message, sonnerie du répondeur qui me rappelle, tente de replonger dans le sommeil mais second appel, second message, second appel du répondeur, troisième appel, troisième message… Qui ose m’appeler à 6 heures du matin le mercredi, c’est-à-dire le jour où mon réveil ne sonne qu’à 8 heures ? Je me lève agacée, par ce réveil brutal et puis par ma nuit aussi, trop courte et remplie de sa présence. Il ne participait pas réellement à mes rêves, il était seulement là, il apparaissait subrepticement en arrière fond, dans l’ombre. Mon répondeur est rempli de messages bizarres de ma mère qui m’explique que mon père a été blessé par mon comportement la veille au soir, il faut que je me montre très gentille avec lui parce qu’il m’en veut. Je la rappelle, et petit à petit, je ne sais plus vraiment pourquoi, je sanglote d’épuisement et de colère, mon discours incohérent comporte les mots : stress, réunions, expositions, concours, nouvelles, déménagement. Je n’ai jamais été douée en “trop plein”, je me noie déjà facilement dans les flaques, alors dans les torrents n’en parlons même pas. J’ai été agressive avec mon père la veille notamment parce qu’il a osé dire que je ne foutais rien, c’était peut-être anodin, quelques mots placés là presque par hasard, mais après une journée de surmenage je ne l’ai pas supporté. Maman abasourdie par cette explosion lacrymale imprévue bredouille des “c’est pas grave” sans aucun sens. Si ce n’est pas grave, pourquoi est-ce que tu me réveilles à 6 heures du matin en me bombardant de messages d’abord ?! “Mais euh mais ma chérie je…” Bon, je me radoucis un peu, elle ne mérite pas de prendre pour les autres. Les larmes salent mon café au lait brûlé, une merveilleuse journée s’annonce. La douche brûlante, le maquillage, et toute la panoplie nécessaire avant de sortir dans la rue, finissent par me donner une forme à peu près humaine. J’envoie un mail à mon père dans lequel je m’excuse tout en expliquant ma colère. Plus tard dans la journée je recevrais sa réponse, un mail sans excuse bourré de reproches qui se termine par “mais la polémique est close”. J’en souris presque : ma psy avait raison quand elle me disait “mais avez-vous vraiment besoin d’un deuxième papa ?” à propos de Lui. Ils sont vraiment très proches tous les deux. Ils ont notamment une même incapacité à s’excuser, et une même volonté d’avoir le dernier mot. Les circonstances atténuantes n’existent pas dans leurs esprits, seul compte le tort réel ou fictif dont ils ont été victimes.

Le mercredi, je suis un cours en auditeur libre avant de me rendre à mon travail, ma pause déjeuner consiste donc en un sandwich avalé dans le métro-bus. Aujourd’hui j’opte pour un menu Mc Do. Alors que je trempe mollement mes potatoes dans leur sauce, le métro s’arrête brusquement entre deux stations, s’éteint, et la plupart des passagers se retrouve par terre, tandis qu’une voix s’élève des hauts-parleurs : “ne quittez pas, un contrôleur de la sécurité va vous répondre”. Les gens semblent paniqués, et je m’aperçois que j’ai oublié de réagir. J’ai parfois ce sentiment de décalage, ce moment où je me dis : tiens, est-ce que je ne devrais pas éprouver la même chose que mes congénères ? Quelques uns des cheveux de ma voisine ont atterri sur mes lèvres au moment de la chute, mais à part ça, rien à signaler. Le métro repart tranquillement donc non, je n’avais aucune raison de m’affoler. Je m’assois sur un petit muret en attendant mon bus, la vue sur la route est magnifique et odorante. Une gamine crie en me montrant du doigt : “pourquoi elle a un coca elle ? Moi aussi j’aime le coca et le Mac Donald !” Sa mère répond un “de quoi j’me mêle” assez adéquate. Puis elle ajoute : “tu sais pourquoi je ne t’achète pas de coca. Si tu bois du coca, tu auras un gros ventre rempli de gaz et de pets et ton sang sera tout pourri, quand tu seras grande tu seras libre de t’acheter du coca si tu as envie d’avoir un corps dégueulasse”. Bon, merci madame, je suis ravie d’apprendre que j’ai un gros ventre plein de gaz et un sang pourri, déjà que mon Mac Do ne me semblait pas très appétissant…

Pendant l’après-midi, je rends service à quelques personnes, lesquelles me montrent leur satisfaction avec des regards illuminés (comme si j’étais une magicienne : fais ton souhait et je t’apporte l’ouvrage désiré). “Elle est vraiment très bien cette petite, aussi compétente que charmante” dit une lectrice à mon Petit Vieux Préféré qui approuve d’un hochement de tête. Lui, il ne se répand pas en compliments. Pour me montrer sa satisfaction, il me dira “heureusement que vous êtes là”, d’une toute petite voix. Ses merci sont toujours très secs aussi, comme s’il était gêné d’en arriver là. Je ne lui en veux pas, je perçois son contentement à travers des petits détails : un regard, un sourire, un chocolat, une fleur… Mais cette reconnaissance de la part des usagers me réconforte et m’encourage. Quel qu’ait été mon travail par le passé, il m’a toujours fallu ce retour positif pour trouver l’énergie et l’envie de bien faire les choses. Peut-être en partie à cause de mon maladif besoin d’être rassurée… Aussi loin que je remonte, cette approbation a été nécessaire, même lorsque j’étais petite. Par exemple, j’étais aussi nulle en maths qu’excellente en français, ça date du jour où j’ai appris à lire, à écrire et à compter. Un jour au collège, la prof de maths a été particulièrement odieuse avec moi, elle a clairement affirmé que j’étais incapable de réfléchir, je n’étais pas dotée d’un cerveau assez puissant pour faire des mathématiques. Furieuse, j’ai décidé de lui prouver qu’elle avait tort. J’ai travaillé comme une forcenée, comme je ne l’ai sans doute jamais fait auparavant ni par la suite. Le jour de l’examen j’ai eu 18/20, j’étais très fière de moi mais… La prof n’y a pas cru. Elle voyait que je n’avais pas copié (j’avais la meilleure note de toute façon), mais elle était certaine que j’avais triché. Résultat : je n’ai plus fait le moindre effort. Si j’étais nulle à ses yeux, je resterais nulle de toute façon… J’aime mon métier indépendamment des éventuelles éloges ou critiques et malgré tout, les gentillesses de la part des lecteurs me revigorent. Sentiment de satisfaction du travail utile et bien fait.

Au retour je me retrouve avec une ancienne élève de ma promo. Nous sommes toutes les deux sur la même marche du même escalator mais nous nous en apercevons au moment de descendre. En même temps que je lui parle, je cherche à me remémorer son prénom. Il me revient en tête juste après l’avoir quittée. Pourtant j’ai dû la voir pour la dernière fois il y a exactement un an. Je me rappelle aussi par la même occasion que je ne suis jamais allée chercher ni mon diplôme, ni mon relevé de notes. Je ne sais même pas quelle moyenne j’ai obtenu à mon master 2. J’ai retardé le moment de retourner dans ces couloirs, de recroiser les profs, etc. parce que j’avais hâte d’oublier cette année de travail intensif. Maintenant que j’en arrive même à oublier les prénoms de ceux qui m’entouraient, l’heure est peut-être venue d’y retourner, ne serait-ce que par curiosité…

Dans la file d’attente d’une épicerie : “Excusez-moi, je peux prendre votre sac en photo ?” Euh oui, si vous voulez “C’est génial, c’est carrément génial”, répète-t-il plusieurs fois tout en photographiant ledit sac. J’ai lu quelque part qu’il fallait avoir un chien pour se faire aborder dans la rue. Je conteste, il suffit d’avoir un sac avec des vinyles cousus à l’intérieur. Absolument tous les jours, on m’aborde à propos de ce sac, en revanche il n’avait jamais été pris en photo auparavant. Normalement, j’entends : “Mais ce sont des disques !” (Exclamation d’une violence inouïe). Ensuite il y a ceux qui demandent “c’est quoi comme disque”. Là, c’est le moment honteux, puisque je n’ai pas choisi les disques, j’avoue timidement qu’il y a Olivia Newton John d’un côté (oui, la chanteuse de “Grease”, exactement), et les Carpenters de l’autre, plutôt kitsch. Et puis les autres qui s’interrogent : “on peut les écouter ?” Bin on pourrait en décousant le sac, mais ce n’est pas l’objectif. Bref, mon sac est surement très fier d’avoir été photographié. Dommage que ce garçon ne se soit intéressé qu’à mon sac. ..

Et puis, je n’ai pas encore prévu d’ouvrir une catégorie mots-clés sur mon blog, mais quand même ceux que je retrouve en rentrant chez moi me plaisent bien, alors… :
* éclairer mes pensées grâce à un petit rayon de lune : oh de la poésie, comme c’est mignon !
* tout n’est pas si facile tout ne tient qu’à un fil : bon courage à toi, internaute lucide
* pourquoi tu m’aimes pas ? : oh bah écoute, je ne te connais pas, pas la peine d’être parano. (entre les “amour éphémère”, les “histoires d’amour finissent mal”, etc. ce blog accueille décidément souvent des visiteurs en proie à des peines de cœur)
* maman prend mes testicules et les écrase : c’est une brutale ta maman dis donc.
* cheveux très fragiles et vulnérables : utilise un shampoing fortifiant qui viendra à bout de tes cheveux rêches et cassés comme le balai de ta maman parce que tu le vaux bien.
* épisode de junko : je ne suis pas une série
* pièce de junko : je ne joue dans aucune pièce
* manipulateur et immature : je peux te présenter quelqu’un possédant ces caractéristiques, contacte-moi en privé.
* tête polystyrène : c’est dingue tout ce qu’on peut faire avec du polystyrène !
* je fais des études de philo et travaille en même temps la nuit : tu es mal parti(e) pour valider ton année de philo. Choisis plutôt un boulot de caissière… Ou pas.
* cœur brûlant : je n’ai pas ça en stock en ce moment.
* indifférence carapace peine : j’en suis désolée, je ne connais pas de remède.
* signification lapin noir : j’aimerais bien le savoir…
* besoin de personne : un vieux rêve auquel j’ai renoncé

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