Archives mensuelles : avril 2006

en tournant sur moi-même / j’ai continué quand même / en tournant sur moi même

[J’ai un joli blog intégralement créé par la talentueuse Muji.
J’ai une connexion Internet.
Rien ne m’empêche d’écrire…
Pourtant les brouillons s’enchaînent depuis quelques jours. Ma corbeille est un cimetière de mots.
Mais tant pis pour le résultat, ce n’est qu’une première note, un brouillon, un essai, comme de jouer du piano en n’ayant plus fait de piano depuis 6 mois. Il faut échauffer les doigts et retrouver la mélodie, quitte à encaisser quelques fausses notes. Merci d’être indulgent…]

Je regarde le ciel changer de couleur à travers le toit. Mon lit a ton odeur et mes mains sentent la cigarette à la vanille. Mr Beast fait sursauter Le Chat de temps en temps. Mon esprit erre d’image en image, rembobinant des scènes et des dialogues des mois précédents et même longtemps avant. Je repense…

A l’époque où je jouais avec C., petite fille aux cheveux blonds et lisses qui, après 15 ans de silence, désormais mariée et maman, m’annonce : « j’en ai marre de ma vie et j’ai envie de quelque chose de neuf, c’est pour ça que j’ai pensé à te retrouver ». Au début ça m’a paru ironique de vouloir refaire sa vie en remontant dans la petite enfance. En fait, finalement, il n’y a sans doute pas d’autre moyens de bouleverser les choses quand le présent est une impasse.
A une autre amie d’enfance qui me raconte sa peur de terminer vieille fille, sans mari sans enfant, sans personne à part son travail routinier.
A ma mère me racontant à quel point je suis tout ce qui compte dans sa vie, alors qu’elle semble rongée par les regrets. En arrière-fond.

Je cherche quoi leur répondre, je ne trouve rien. Moi non plus, je ne sais pas.

A mon envie de kidnapper certaines petites filles, ces derniers jours.
A la femme enceinte assise à côté de moi dans le bus. Elle avait un visage doux et mature et les deux mains délicatement posées autour de son ventre rond. J’aurais bien voulu être à sa place quelques minutes, juste pour savoir ce que ça fait.
Au fait que de plus en plus souvent, je me demande ce que ça donnerait si on vivait ensemble tous les deux , et ça ne me ressemble pas du tout d’imaginer ce genre de choses. Même si ça a l’air vraiment agréable, vu sous un certain angle.
A l’allure excentrique de ma voisine de métro. En la voyant j’ai pensé : « elle au moins, elle ne risque pas de perdre son emploi en faisant ça ». Pourtant je ne sais même plus si j’en ai vraiment envie ou si c’est surtout de la nostalgie.
Aux concerts que j’annule parce que je travaille tôt le lendemain et ça fait un petit peu mal au ventre. Parfois j’aimerais bien pouvoir sortir pendant la semaine, lire des livres avec un crayon à la main et une tasse de café à côté le matin, etc., bref le mode de vie d’étudiante tellement haï autrefois.
Au « syndrome de la vie monochrome »
Aux jours où je me sens joyeuse en sachant que j’ignore où je serais l’an prochain, si j’aurais changé d’emploi ou non, si je t’aimerais toujours ou si l’ennui et les compromis auront tout étouffé, si je serais ici ou ailleurs…

(Je ne pourrais pas ouvrir les portes si quelque chose les bloque.)

Pendant la nuit, Le Chat m’a dit « le problème c’est que tu as plusieurs ombres autour de toi, toutes différentes les unes des autres, et toutes incomplètes, tu devrais essayer de les rassembler ». Je sais que ce rêve n’aurait pas eu lieu sans la lecture de Kafka sur le rivage, mais ça ne m’empêche pas de me sentir effectivement éparpillée. Comme si j’avais les morceaux de plusieurs puzzles dans la tête. J’ai peut-être même égaré des pièces sur un chemin à sens unique.
J’ai gagné un petit peu plus de maturité, de calme, parfois même des moments de sérénité mais j’ai perdu quelque chose en route, peut-être était-ce le pire, en tout cas ça fait un vide. Il y a un bout d’ombre là-bas. Une petite moi qui ne me comprend plus au point d’essayer, parfois, de me ramener d’où je suis péniblement sortie. Il y en a une autre avec la petite fille blonde qui a partagé mes tous premiers souvenirs d’enfance. Et puis dans ces draps avec toi, dans nos engueulades stupides, dans nos réconciliations maladroites. Dans tes yeux en colère. Dans la douleur de mon ventre. Dans un squatt londonien. Dans les bras d’une fille. Dans leur regard déçu. Dans…
Et tout au bout, minuscule, il y a l’incertaine, à peine visible et toujours changeante en fonction de la direction imaginaire qui l’a créée.
C’est vraiment bizarre d’avoir 25 ans et 7 mois.

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