Archives mensuelles : octobre 2005

Wonderful world

Quand je me suis réveillée, il faisait encore nuit. J’ai avalé ma première gorgée de café en allumant ma cigarette à la fenêtre, l’air était plutôt tiède et tout était anormalement silencieux encore, dans ma rue toujours animée. En levant les yeux, j’ai vu ma première étoile filante. Au même instant j’ai eu envie que tu sois là, près de moi. Finalement ce devait être un voeu spontané, presque inconscient. Une amie a un jour dit de moi qu’il “ne fallait pas m’adresser la parole le matin tant que je n’avais pas bu deux cafés et fumé trois cigarettes”. J’aime les réveils calmes et silencieux où je peux lentement émerger de ma nuit, sinon je suis insupportable. Mais là c’est différent, je pense à la journée qui m’attend et au week-end qui suivra, et je me sens bien. Calme à l’intérieur, sereine.

Dans le bus, Mùm me berce pendant que les façades tarabiscotées et les ponts de cette jolie ville défilent. Il n’y a presque personne, sans doute parce que c’est les vacances scolaires en ce moment. Le conducteur n’a pas mis la radio, donc pour une fois, aucune soupe sonore ne domine ma musique. Je le remercie silencieusement.

Le soleil se lève au moment où je descends du bus pour me diriger paisiblement vers mon lieu de travail. Il est encore très bas et
énorme, juste en face de moi. Comme ça m’éblouit, je baisse machinalement les yeux. Le soleil, en traversant les branches des grands cèdres agités par le vent, découpe le sol en rayures inégales et illumine les feuilles – gris – jaune – orange – vert doré… Je
regrette de ne pas pouvoir le photographier ou le mettre en peinture. Mais de toute façon, cette image restera dans ma mémoire, je le sais déjà. J’ai immortalisé cette journée dés l’instant où j’ai vu l’étoile dans le rectangle de fenêtre.

Comme toujours, pendant les 10 minutes restantes avant de commencer, je déambule à l’orée du bois en effrayant les écureuils. Je me dis qu’en ce moment, on dirait qu’il y a un truc dans mes yeux qui donne de l’éclat à tout ce que je vois. Où alors, ça a toujours été là, et je m’étais créé une réalité glauque toute seule. Je ne sais pas très bien, ça n’a pas vraiment d’importance finalement, seul maintenant compte. [And the future, well, it’s conditionnal. And the past’s a foreign land. But the present isn’t imperfect]. En regardant les sentiers colorés qui s’enfoncent de part et d’autre de moi, je pense que ma vie en ce moment elle ressemble un peu à ça. J’ai choisi un chemin, et quel que soit les croisements qui m’entourent, tous ont l’air agréables, tous donnent envie d’être empruntés.

En fouillant dans mon sac pour éteindre mon baladeur – parce qu’il est l’heure de descendre dans ma bibliothèque rejoindre le vieux monsieur érudit et attachant, celui qui me donne envie de vivre jusqu’à 87 ans pour avoir autant d’images que lui dans la tête – je vois mon relevé de notes chiffonné, la validation avec mention de cette deuxième année de Master décrite comme une torture tout au long de ce blog, ça c’est enfin derrière moi, ça ne se revivra jamais plus. En foulant les feuilles pour rejoindre le bâtiment, je me sens légère, vaguement étourdie par l’euphorie, et totalement invincible.

[J’ai été très silencieuse ce mois-ci. Pourtant, j’avais le temps nécessaire pour écrire tous les jours, je n’ai sans doute jamais été
aussi peu débordée ou stressée. Mais c’est difficile d’écrire quand tout a changé. Ce blog a un an et 10 jours, il a commencé avec la phrase “je cherche un projet professionnel”, il a continué avec “je me pose toujours la même question : qu’est-ce que je fous là”, sans oublier le récurrent “j’ai envie de m’enfuir, partir, tout recommencer”. J’ai ouvert mon premier blog il y a plus de trois ans maintenant, j’ai connu différentes communautés, des changements d’identité… Il y a eu des évolutions dans la longueur des notes, le contexte, les descriptions, etc. Mais au fond, on y retrouvait toujours le même thème, le “où suis-je où j’erre dans quel état j’erre”. Actuellement, je n’ai aucune envie de fuir et je sais très bien où j’en suis. Je ressens un sentiment d’équilibre pour la première fois depuis… (toujours ?). Et je ne sais pas très bien comment raconter ça. A la limite je ne suis même plus sure d’avoir envie d’un blog dans ce contexte. Certes, j’en avais assez d’être pathétique dans mes écrits, mais je n’ai pour autant envie de devenir bêtement nunuche-guimauve. Enfin… On verra bien.

Un soir, récemment, une phrase s’est énoncée naturellement dans ma tête, trois mots que je ne me serais jamais imaginé concevoir et qui résument toutes les lignes précédentes : je suis heureuse.]

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what do you think I see if I could walk away from me ?

J’ai une métaphore simple pour une histoire triste et compliquée. A l’origine, quelqu’un nous a tendu du papier et de la peinture en disant : “dessinez-moi vos espoirs concernant l’autre, la façon dont vous imaginez votre relation, ce que vous attendez, et tous vos sentiments”. Chacun était concentré sur ses propres fantasmes, envies, souhaits, désirs, tout ce qui s’ensuit, alors aucun des deux n’a vu ce que l’autre avait dessiné. C’était informe, difficile à distinguer, et pourtant joli et coloré dans les deux regards. Parfois quand on ne comprend pas une peinture conceptuelle, le titre éclaire le sens. En l’occurrence, celle-ci s’intitulait “nous” alors ça aurait dû être facile à comprendre d’emblée. Petit à petit, au fil des étreintes, les deux dessins se sont mêlés. Plus ils se rapprochaient et plus l’ensemble devenait obscur, absurde, et contradictoire.

La suite était prévisible, elle a déjà dû être racontée. Avec le temps, le tableau d’origine a été dissimulé derrière une vilaine grosse croûte, faite d’amertumes, d’insultes, de déceptions réciproques surtout. Au fur et à mesure que le décalage se révèle et s’accentue, les rapports s’enveniment jusqu’à anéantir toute possibilité de dialogue ou de compréhension mutuelle, car les deux protagonistes ne voient plus que l’idéal sali. Désormais il n’y a plus beaucoup d’alternatives. Il reste deux solutions pour mettre fin à ce douloureux malentendu : espérer, ou renoncer. Autrement dit, soit il faut essayer d’arracher toutes les saletés nauséabondes et blessantes qui recouvrent la toile afin de redessiner le “nous” (mais la peinture d’origine était imaginaire, alors que les sentiments négatifs qui l’ont recouverts ont été vécus et resteront, de toute façon) ; soit déchirer le tableau… puis s’éloigner, sans se retourner, en gardant la désagréable impression que tout aurait pu être merveilleux, pourtant. (Si seulement…)

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