Archives mensuelles : avril 2004

A l’école

J’ai un petit personnage, je joue aux dés et il avance sur le nombre de cases données par le dés. “Vous jouez pour deux clients, la carte de fidélité Monoprix est payante vrai ou faux ?” Faux. “Vous gagnez deux clients”. Attention, case bonus, chance ou malchance, “vous avez oublié de faire remplir le questionnaire d’adhésion, vous perdez un client”, seconde case spéciale :”vous avez dit à la cliente “et merci pour votre fidélité”, donc vous gagnez une cliente”. J’ai été payée deux heures supplémentaires pour participer à une sorte de jeu de l’oie, ah non pardon, c’était un stage de formation. D’où me vient cette impression que les patrons prennent les caissières pour des connes (ou des gamines de maternelle) ? Radio Monop passe le générique de “Popeye”. La dame à la caisse, elle me sort ses bons de réductions soigneusement découpés avec des yeux ravis de petite fille devant un père Noël, j’ai envie de lui répondre : “bravo, vous avez assez de bons points pour gagner une image, que diriez-vous d’une pancarte “Monoprix, dans ville, il y a vie” ?” Pour m’occuper pendant ma dernière heure sans clients, je bouffe les Kinder surprises laissés par un gamin (”maman veut pas c’est pas bon pour la santé”), et je passe une heure à construire un ridicule panier de basket en plastique qui ne tient pas. Je fais des montagnes de 10 pièces dans ma caisse, afin de passer moins de temps à les compter, peut-être aussi parce que ça m’amuse un peu. Quand j’entre en salle de pause, j’éteins systématiquement la lumière parce qu’il y a déjà bien trop de néons dans le magasin toute la journée, alors il y en a une qui m’a demandé : “tu serais pas gothique ?” Pourquoi ? “parce que tu veux vivre dans le noir” Ouais, même que chez moi je ne vis qu’à la lueur de la bougie et j’ai mis un cercueil à la place de mon lit “C’est vrai ?!?” Non, je plaisante “Ah ouf.” Je me suis sentie un peu infantilisée aujourd’hui.

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She’s lost control

Assise et vacillante sur mon tabouret, sorte de cow boy grotesque, je réponds au défi de l’inconnue en face de moi – “à trois en une seule gorgée 1-2-3- tchin !” – 5 verres vides – celle-là est pour moi 1-2-3-tchin ! – “je t’imaginais pas aussi déjantée, je ne te verrai plus jamais de la même manière au Monop”, dit ma collègue – une trentaine de verre de ce mélange à base de vodka-melon plus tard, trou noir, je vis mon premier coma éthylique. Je fais moins la belle quand j’ouvre les yeux, étalée sur le carrelage, avec mes cheveux collés par le vomi. Je reste sous la douche jusqu’à ce que l’eau devienne froide, mais la honte et le dégoût restent, et ça tourne toujours. Je devais m’endormir tôt samedi soir, grâce au Donormyl, pour partager la journée de dimanche entre nettoyage et fichage de livres – j’ai refusé de rentrer chez mes parents afin d’être sure d’avoir le temps de bosser.”Je suis très déçue. J’étais tellement heureuse à l’idée que tu viennes. Je voulais t’acheter plein de chocolats et te faire un très bon repas. Ensuite nous nous serions promenés, ensemble. Si tu penses que tu dois travailler, alors tant pis… Gros gros bisous”, dit ma mère dans son mail. Je me sens conne, ridicule, irresponsable, coupable. J’ai réussi à me rendre malade, à lui faire de la peine pour rien, et à sacrifier une journée de révisions… “Il faut relativiser” disent-ils. Fermez-là un peu, un jour j’absorbe des cocktails ecstasy-méta-amphét’, le jour d’après c’est le coma éthylique, je suis sure que je pourrais faire encore pire la prochaine fois. Je sors la nuit pour faire durer la journée – retarder le lendemain pour ne plus penser à tout ce que je dois faire – fuire et m’oublier – ça me retombe dessus encore plus violemment quand je me réveille à l’aurore en pleurant. (Joy Division – en concert)

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