Archives mensuelles : février 2004

Ici quelque part

En décalage, mes gestes sont trop lents, ou ma respiration est trop rapide. Lorsque j’essaie d’accélerer, la machine écrit “système occupé”, certainement mais à quoi ? Toute cette foule de clients qui m’étourdissent, ils me disent des phrases et je n’entends que des mots, suspendus, mal raccrochés les uns aux autres. Je décrypte et réponds cotonneusement. Je flotte ou je m’enfonce, tout est éthéré. Dans ma chambre, j’évite de justesse les miettes de verre par terre, la même phrase me traverse l’esprit depuis un mois “il faudrait que je ramasse, un jour je vais me blesser”. En attendant, elles sont toujours là. Enfant, je ramassais les bouts de verre pour les mettre dans une boîte, que j’enterrais dans la terre. Je faisais croire à mes amis que j’avais trouvé un trésor. Après, j’échangeais mon trésor contre des jouets, des billes, ou des malabars. Derrière la vitre sale du magasin, il y a des images sans le son, des couples, des enfants, un chien… C’est reposant et abrutissant de les fixer. Tous leurs gestes sont tellement familiers. Je connais ce sourire et cette façon de s’embrasser, mais je ne ressens qu’une impression de déjà-vu en les observant, aucune humanité particulière. Les phrases de mes livres sont des lieux communs sur la société, crise des valeurs, absence de communication, etc. Il est impossible de tout savoir, ni sur eux, ni sur elle, personne ne peut tout apprendre, de toute façon, alors à quoi bon… “Junko, la terre appelle la lune”, dit la caissière voisine. De la lune, on voit très bien la terre, de très loin. “A quoi tu penses ?” Le système est occupé. “Essaie d’appuyer sur Efface / Annul / Entrée, la touche à gauche”. Pourquoi pas.

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It’s time…

Dans ce rêve, je réalise que je ne suis pas allée travailler, alors que je n’avais pas de jour de congé cette semaine. Réveil angoissé, “faut que je les prévienne et que je m’excuse”, avant de comprendre que la semaine sans jour de congé commence lundi. Mon envie de démissionner est égale à ma peur d’être virée. J’erre dans les rues à 7 heures du matin, mais qu’est-ce que je fous là ? Il n’y a rien d’autre que moi. Les pavés blanchis, le froid, les cloches, je traine des Docs, leur rythme me rassure. Retour dans le cocon étouffant, rien n’a changé depuis la dernière nuit qu’ils ont passé chez moi, la semaine dernière. Le canapé lit déplié, les miettes et les taches d’alcool sur la table, les CDs sélectionnés entassés, j’ai l’impression de ne pas avoir vécu cette semaine, ni les jours qui précédaient. Trop de rituels, aller pointer, absorber des drogues, suivre les mêmes personnes, se laisser guider par le reste du troupeau. Capacités de réflexion, de décision, d’imagination, totalement absentes. J’ai préparé le décor : livres entassés à côté de l’ordinateur, théière pleine, chocolat à proximité, cigarettes éparpillées, téléphone éteint… Il ne me reste plus qu’à m’inclure à l’intérieur, pour travailler. Dans 9 jours, je passerai 8 heures dans une salle d’examen. Le déclic s’est enfin produit, sans doute trop tard, comme toujours. Retour sur les blogs prévu le 25 février au plus tôt (pourvu que j’y arrive).

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